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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207511

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207511

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207511
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP GALLOT LAVALLEE IFRAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2022, M. A B, représenté par Me Ifrah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 mai 2022 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer le titre de séjour sollicité et de lui remettre un récépissé valant autorisation de séjour et de travail, renouvelé le temps de la délivrance dudit titre ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que les décisions attaquées ont été signées par une autorité compétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure, en ce que le préfet n'a pas statué sur l'ensemble des motifs au titre desquels il pouvait bénéficier d'un droit au séjour et n'a pas respecté les procédures particulières applicables à chacun de ces motifs ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 423-22 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle sont entachées d'erreur de fait, faute pour le préfet de désigner les falsifications et contrefaçons dont seraient entachées ses documents d'état civil, dont les mentions sont au demeurant concordantes ;

- elle sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaissent l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est intervenue en méconnaissance du droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 décembre 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Livenais, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien, déclare être né le 10 décembre 2003 et être entré irrégulièrement en France le 24 décembre 2018. A compter du 6 septembre 2019, il a été confié à l'aide sociale à l'enfance de la Sarthe dans le cadre d'une mesure de tutelle. Le 19 novembre 2021, l'intéressé a sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 mai 2022, le préfet de la Sarthe a rejeté la demande de l'intéressé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. D'une part, l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ". Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

3. D'une part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

4. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B, le préfet de la Sarthe, indiquant se fonder sur deux rapports simplifiés d'analyse documentaire, datés du 7 juin 2021, de la police aux frontières jugeant les documents d'état civil de M. B illégaux aux motifs que l'acte de naissance est contrefait et que les extraits d'acte de naissance et le jugement supplétif sont falsifiés, a estimé que l'intéressé avait fourni un dossier dénuant de force probante l'identité, notamment en ce qui concerne son âge, dont se prévaut M. B.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. B a produit un extrait d'acte de naissance n° 81-CRD du 7 février 2019 ainsi que le volet n° 3 de l'acte de naissance n° 81-CRD du 6 février 2019 pris l'un et l'autre par l'officier d'état-civil de la commune de Diema, ainsi que le jugement supplétif d'acte de naissance n° 494 du 25 janvier 2019 du tribunal de paix de Diema dont la transcription a été assurée par l'acte de naissance précité. Contrairement à ce qu'affirme le préfet de la Sarthe, la date figurant sur le jugement supplétif en cause est antérieure à la transcription de cette décision dans les registres d'état-civil de la commune de Diema, quand bien même l'acte de naissance et l'extrait d'acte de naissance de M. B indiquent à tort que ledit jugement aurait été rendu le 25 février 2019. En outre, si les rapports émis par la police aux frontières indiquent que l'acte de naissance et l'extrait d'acte de naissance produits ne respecteraient pas les dispositions des articles 124 et 126 du code de la personne et de la famille malien, que le numéro NINA n'y figure pas, en méconnaissance de la loi n° 06-040 du 11 août 2006, et que la qualité du signataire n'est pas conforme aux articles 93 et 94 de la loi 2011-087 du 30 décembre 2011, il n'est pas établi que ces manquements, alors que les mentions du jugement supplétif et des actes de naissance produits sont identiques, seraient de nature à priver les documents en cause de toute valeur probante, le préfet de la Sarthe ne critiquant d'ailleurs pas la validité et la force probante du jugement supplétif précité. Dans ces conditions, le préfet de la Sarthe n'établit pas que ces documents seraient irréguliers, falsifiés, inexacts ou frauduleux, M. B est ainsi fondé à soutenir que, d'une part, le préfet a méconnu les dispositions des articles R. 431-10 et L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, a commis une erreur manifeste d'appréciation du caractère probant des actes d'état civil produits.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 mai 2022 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard aux motifs sur lequel il se fonde pour annuler l'arrêté attaqué, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer un titre de séjour à M. B sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'y procéder dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sous réserve de l'absence de changements de circonstances de droit et de fait dans la situation de l'intéressé. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ifrah renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 juin 2022 du préfet de la Sarthe est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer un titre de séjour à M. B sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de justice administrative dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Ifrah la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Ifrah renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ifrah et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAISL'assesseure la plus ancienne

Dans l'ordre du tableau,

V. ROSEMBERGLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

ell

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