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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207553

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207553

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantPRONOST

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 juin 2022, 7 mars et 7 avril 2023 Mme A E épouse B, représentée par Me Pronost, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er mars 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce que les stipulations de l'accord franco-algérien n'interdisaient pas au préfet de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article 6 5) de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle assure une aide quotidienne à son époux qui présente plusieurs problèmes graves de santé, elle-même étant suivie pour des problèmes de santé ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des stipulations de l'article 7 bis b° de l'accord franco-algérien notamment quant à la régularité de son séjour et la nécessité d'être en possession d'un visa de long séjour ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation en ce qu'elle satisfait aux conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité d'ascendant à charge en application l'article 7 bis b° de l'accord franco-algérien eu égard aux preuves de versements de son fils et de la circonstance que sa retraite n'est plus versée en raison de sa présence en France ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des considérations humanitaires qui auraient dû conduire à régulariser sa situation compte tenu de la présence de ses attaches familiales en France et de son soutien auprès de son époux et de son fils ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé et sollicite la neutralisation des motifs du refus de séjour au regard des stipulations de l'article 7 bis b° de l'accord franco-algérien tiré de l'irrégularité du séjour et du détournement de l'objet du visa pour ne retenir que la condition de ressources.

Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 mai 2022.

La clôture de l'instruction est intervenue le 4 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Echasserieau, rapporteur,

- et les observations de Me Pronost représentant Mme E en sa présence.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante algérienne, née le 20 décembre 1952, est entrée en France le 22 décembre 2019 munie d'un visa de court séjour. A l'issue de trois attestations provisoires de séjour, délivrées en raison de la crise sanitaire, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles 6-5 et 7 bis b° de l'accord franco-algérien et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er mars 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, prononcé à l'encontre de Mme E une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désigné le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus de délivrer un titre de séjour vise l'accord franco-algérien modifié et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait notamment référence aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte également des éléments concernant la biographie et la situation personnelle de Mme E et notamment le fait que sa vie commune avec son époux résidant en France n'est pas établie, ce dernier étant par ailleurs sous les effets d'une obligation de quitter le territoire, de l'absence d'intensité et de stabilité de ses liens familiaux en France et de la circonstance qu'elle n'est pas à charge de ses enfants en France. Elle est, par suite, suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Mme E soutient qu'elle réside en France depuis plus de deux ans en France où vivent son époux, fortement handicapé à la suite d'un accident vasculaire cérébral et de diverses autres pathologies qui nécessitent de nombreux soins en France, et deux de ses enfants. Toutefois d'une part il est constant que M. B réside alternativement à Nantes chez son fils et en région parisienne chez sa fille où il a déclaré vivre et a déposé sa demande de titre de séjour qui a été rejetée par le préfet des Hauts-de-Seine avec une obligation de quitter le territoire, aucun élément autre que déclaratif n'attestant d'une quelconque vie commune sur le territoire français. Si la requérante évoque également la présence de deux de ses enfants en France, eu égard à la durée de sa présence en France depuis décembre 2019 et au fait qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 67 ans en Algérie où elle dispose de ressources, nonobstant qu'elles soient pour l'instant suspendues, à l'absence de droit au séjour en France de son époux au-delà de la notification de la mesure d'éloignement du 26 janvier 2022, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation en France et en Algérie, Mme E ne justifie pas de liens personnels intenses, anciens et stables en France, tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus. Dans ces conditions, Mme E n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet aurait méconnu le point 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

7. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet a exercé son pouvoir discrétionnaire, qui existe même sans texte, pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Dès lors, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'erreur de droit en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation exceptionnelle.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années () Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées () au b) () :/ b) () aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge () ".

10. Mme E est entrée en France pour la dernière fois le 22 décembre 2019, sous couvert d'un visa de type touristique d'une durée de 90 jours à entrées multiples et valable du 24 mars 2019 au 23 mars 2020. Par suite, la condition de résidence ininterrompue de trois ans n'étant pas remplie à la date de la décision attaquée, et dès lors que compte tenu des moyens financiers dont elle disposait, l'intéressée, entrée sous couvert d'un visa " ascendant non à charge ", n'établit aucunement être ascendant à charge d'un ressortissant français, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien et de l'erreur d'appréciation au regard desdites stipulations doivent être écartés. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur le motif tiré de l'irrégularité du séjour de l'intéressée.

11. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 10 ci-dessus, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme E tendant à l'annulation de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Le préfet de la Loire-Atlantique, par un arrêté du 31 août 2021 régulièrement publié le lendemain, lui a consenti une délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par ailleurs cette délégation n'est pas conditionnée à l'absence ou l'empêchement du préfet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 ci-dessus que, l'illégalité du refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé par voie d'exception à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

15. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 à 10 ci-dessus, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination fait référence à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait état de ce que Mme E n'a pas sollicité l'asile et n'a produit aucun élément pour justifier des risques encourus dans l'hypothèse de son retour dans son pays d'origine. Elle est, par suite, suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

17. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme E ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 1er mars 2022 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E épouse B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Pronost.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le rapporteur,

B. ECHASSERIEAU

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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