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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207632

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207632

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207632
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2022 Mme C C, représentée par Me Philippon, demande au juge des référés :

1°) de lui octroyer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 24 mai 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a déclaré irrecevable sa demande d'autorisation provisoire de séjour de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'instruire sa demande de titre de séjour, sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut, de lui verser directement cette somme en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que le refus d'instruction de sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'empêche de présenter une nouvelle demande de titre en application des articles L. 431-2 et D. 431-7 du même code, et l'expose ainsi, en cas de rejet de sa demande d'asile, à un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, alors que son fils est gravement malade et qu'il peut bénéficier de soins en France ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les dispositions des articles R. 431-10 et L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'étant demanderesse d'asile, elle est dispensée de l'obligation de présentation de documents justifiant son état civil et sa nationalité, et alors qu'il a produit, lors de sa demande de titre de séjour, une attestation de demandeur d'asile qui comporte une photographie permettant de l'identifier conformément aux préconisations de l'annexe 10 de la partie règlementaire du même code ;

* elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle fait obstacle à la régularisation des parents d'un enfant insusceptible d'être renvoyé dans son pays d'origine ;

* pour le même motif, elle méconnaît les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire-Atlantique, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La demande d'aide juridictionnelle de Mme C a été rejetée par une décision du 4 juillet 2022.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 14 juin 2022 sous le numéro 2207618, par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Barbier, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 juin 2022 à 9h30 :

- le rapport de Mme Le Barbier, juge des référés,

- et les observations de Me Philippon, avocat de Mme C, présente à l'audience, qui insiste à la barre, d'une part, sur l'urgence, non contestée par le préfet, caractérisée par le risque d'éloignement auquel elle serait exposée en cas de rejet de sa demande d'asile alors pourtant que la gravité de l'état de santé de son fils interdit un retour au Tchad, ainsi que l'a estimé le médecin de l'OFII et, d'autre part, sur l'erreur de droit au regard des articles L. 431-2 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ayant toujours la possibilité d'autoriser le séjour y compris en l'absence de justification de l'identité des intéressés, condition impossible eu égard à son statut de demandeur d'asile, ainsi que sur la méconnaissance du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Le préfet de la Loire-Atlantique a produit une note en délibéré, enregistrée le 30 juin 2022, par laquelle il conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'il a décidé de délivrer à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour sous réserve de la présentation des originaux des documents demandés et l'a invitée à prendre rendez-vous avec ses services deux mois avant la fin de l'expiration de l'avis de l'OFII, munie des documents demandés.

Mme C a produit un mémoire complémentaire, enregistré le 1er juillet 2022, par lequel elle conclut aux mêmes fins précédemment.

Elle soutient en outre que, contrairement à ce qu'affirme le préfet, le courrier du 30 juin 2022 joint au mémoire de la préfecture, qui ne constitue qu'une simple décision confirmative puisque le préfet se borne à réitérer son refus de délivrance d'autorisation provisoire de séjour sauf à ce qu'elle parvienne à transmettre des documents permettant de justifier pour elle-même et son enfant de leur état civil et de leur nationalité, n'a pas abrogé la décision attaquée du 24 mai 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 juillet 2022 à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante tchadienne née le 1er janvier 1991, a été informée par un courrier du préfet de la Loire-Atlantique du 12 avril 2022 de ce qu'elle se verrait délivrer une autorisation provisoire de séjour sous réserve qu'elle soit en mesure de justifier, pour elle et son enfant B F né le 5 avril 2021, de leur état civil et de leur nationalité. Par la présente requête, Mme C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 24 mai 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de déclarer irrecevable sa demande d'autorisation provisoire de séjour.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Contrairement à ce que fait valoir le préfet en défense, la circonstance qu'aurait été substituée à la décision attaquée une nouvelle décision, fondée sur des motifs identiques et qui conditionne de nouveau la délivrance de l'autorisation provisoire de séjour sollicitée, qui n'est pas contestée dans son principe, à une formalité impossible eu égard au statut de demandeur d'asile de l'intéressée, ne prive pas d'objet les conclusions de la présente requête.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. La demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme C ayant été rejetée par une décision du 4 juillet 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

6. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que l'état de santé du fils de A C, dont la demande d'asile est en cours d'examen, nécessite la poursuite des soins dont ce dernier bénéficie en France. Dans ces conditions, la décision attaquée porte ainsi atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doive être regardée comme remplie.

7. En second lieu, les moyens invoqués par Mme C à l'appui de sa demande de suspension et tirés de l'erreur de droit et de ce que le préfet lui opposerait une formalité impossible sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation par le juge du fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif qui la fonde, la présente ordonnance implique nécessairement que la demande de Mme C soit instruite. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'y procéder, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Compte tenu de ce qui précède et du rejet de la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme C, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 24 mai 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a déclaré irrecevable la demande d'autorisation provisoire de séjour de Mme C est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'instruction de la demande de Mme C dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 4 : L'Etat versera à Mme C la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C C, au ministre de l'intérieur et à Me Philippon.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 7 juillet 2022.

La juge des référés,

M. E

Le greffier,

J-F. MerceronLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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