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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207648

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207648

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPRATICCO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 14 juin 2022, le 16 décembre 2022 et le 2 février 2023, M. B D, représenté par Me Ruggirello puis par Me Praticco, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 19 mai 2022 par laquelle le consul général de France à Tananarive (Madagascar) a refusé de lui délivrer un visa de court séjour en vue de se marier, ensemble la décision du 18 août 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer le visa de court séjour sollicité dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de visa est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'y a aucun doute sur l'objet du visa et qu'il dispose de ressources suffisantes pour garantir le financement de son séjour ;

- la décision de refus de visa est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle viole la liberté du droit au mariage.

Par un mémoire, enregistré le 10 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a produit un mémoire, enregistré le 7 février 2023, qui n'a pas été communiqué.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rosier, rapporteur,

- et les observations de Me Vérité substituant Me Praticco.

Considérant ce qui suit :

1.M. B D, ressortissant malgache, a déposé le 5 janvier 2022 une demande de visa de court séjour pour visite touristique qui lui est refusé, puis le 16 mai 2022 une seconde demande de visa de court séjour en vue de se marier auprès des autorités consulaires françaises à Tananarive (Madagascar) qui a été rejetée le 19 mai 2022. Saisie d'un recours contre cette décision, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, le 18 août 2022, rejeté son recours et confirmé la décision de refus des autorités consulaires françaises. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cette dernière décision.

2.En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 18 août 2022 s'est substituée à la décision du consul général de France à Tananarive du 19 mai 2022. Il en résulte que les conclusions de la requête de M. D doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision expresse de la commission de recours et que les moyens dirigés contre la décision de l'autorité consulaire doivent être écartés comme inopérants.

3.En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer à M. D le visa sollicité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'il existe un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires.

4.Aux termes de l'article 21 du règlement (CE) du 13 juillet 2009 visé ci-dessus : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. () ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ".

5.Il ressort des pièces du dossier que M. D souhaite se rendre en France pour que soit célébré son mariage, initialement prévu le 8 juin 2022 à la mairie de Toulon, avec M. C A, de nationalité française. Il ressort de la copie de la réservation des billets d'avion achetés par le requérant et de l'assurance souscrite qu'il devait venir en France du 2 au 17 juin 2022, date de son retour à Tananarive. Les bans ont fait l'objet d'une publication à partir du 30 mars 2022. Un certificat de non-opposition a été délivré le 9 avril 2022. Le requérant rappelle que la réalité de leur projet de mariage n'a jamais été remise en cause. Sur ce point, l'intéressé produit une facture d'hôtel pour la période concernée. Si le ministre fait valoir que le requérant ne fait état d'aucun intérêt économique dans son pays, il ressort cependant des pièces du dossier qu'il est employé en qualité de policier municipal. Enfin, l'administration n'a par ailleurs pas sérieusement remis en cause la sincérité de l'intention matrimoniale. A cet égard, les intéressés ont été auditionnés par les autorités compétentes, entretien au cours duquel ils ont fait état de circonstances de leur rencontre. Au vu de ces éléments, et de ceux exposés au point précédent, la sincérité de l'intention matrimoniale est établie. Dans ces conditions, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à M. D le visa de court séjour sollicité au motif qu'il existe un risque de détournement de l'objet de ce visa à des fins migratoires.

6.L'administration peut toutefois, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7.Pour établir que la décision contestée était légale, le ministre de l'intérieur fait valoir dans son mémoire en défense, communiqué au requérant, que le demandeur de visa ne dispose pas de ressources suffisantes.

8.Aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 32 du règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 : " 1. Sans préjudice de l'article 25, paragraphe 1, le visa est refusé: / a) si le demandeur: () iii) ne fournit pas la preuve qu'il dispose de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans son pays d'origine ou de résidence, ou pour le transit vers un pays tiers dans lequel son admission est garantie, ou n'est pas en mesure d'acquérir légalement ces moyens () ". Aux termes de l'article 6 du règlement (CE) n° 2016/399 du 9 mars 2016 : " 1. Pour un séjour prévu sur le territoire des États membres, d'une durée n'excédant pas 90 jours sur toute période de 180 jours, ce qui implique d'examiner la période de 180 jours précédant chaque jour de séjour, les conditions d'entrée pour les ressortissants de pays tiers sont les suivantes: () justifier l'objet et les conditions du séjour envisagé, et disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée du séjour envisagé que pour le retour dans leur pays d'origine ou le transit vers un pays tiers dans lequel leur admission est garantie, ou être en mesure d'acquérir légalement ces moyens ; () 4. L'appréciation des moyens de subsistance se fait en fonction de la durée et de l'objet du séjour et par référence aux prix moyens en matière d'hébergement et de nourriture dans l'État membre ou les États membres concernés, pour un logement à prix modéré, multipliés par le nombre de jours de séjour. / Les montants de référence arrêtés par les États membres sont notifiés à la Commission conformément à l'article 39. / L'appréciation des moyens de subsistance suffisants peut se fonder sur la possession d'argent liquide, de chèques de voyage et de cartes de crédit par le ressortissant de pays tiers. Les déclarations de prise en charge, lorsqu'elles sont prévues par le droit national, et les lettres de garantie telles que définies par le droit national, dans le cas des ressortissants de pays tiers logés chez l'habitant, peuvent aussi constituer une preuve de moyens de subsistance suffisants. () ". Et aux termes de la mise à jour des montants de référence requis pour le franchissement des frontières extérieures, publiée au journal officiel de l'Union européenne C 224/05 du 15 juillet 2014 : " Le montant de référence des moyens de subsistance suffisants pour la durée du séjour envisagé par un étranger, ou pour son transit par la France s'il se dirige vers un pays tiers, correspond en France au montant du "salaire minimum interprofessionnel de croissance" (SMIC) calculé journellement à partir du taux fixé au 1er janvier de l'année en cours. () Les titulaires d'une attestation d'accueil doivent disposer d'un montant minimal de ressources pour séjourner en France équivalant à un demi-SMIC. () ".

9.M. D produit un relevé de compte bancaire présentant un solde créditeur au 3 mai 2022 d'environ 1 433 euros constitués principalement par les trois versements effectués en février, mars et mai 2022 par M. A pour un montant total de 1 150 euros. Il justifie ainsi disposer de moyens de subsistance suffisants pour la durée prévue de dix-sept jours pour son séjour en France. La demande de substitution de motif ne peut donc être accueillie.

10.Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11.Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. D le visa de court séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12.Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 200 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 août 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. D le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 200 euros (mille deux cents) en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

Le rapporteur,

P. ROSIER

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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