vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2207701 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | FRERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 14 juin 2022, le 2 août 2022, le 2 janvier 2023 et le 6 février 2023, non communiqué pour ce dernier mémoire, Mme G E, M. H C, agissant en leur nom et en qualité de représentants légaux de l'enfant Mahinul A, et Mme F B, représentés par Me Fréry, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française au Bangladesh refusant de délivrer à Mme E, à Mme B et à l'enfant Mahinul A des visas de long séjour en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de délivrer à Mme E, à Mme B et à l'enfant Mahinul A les visas de long séjour sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer les demandes de visas dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 700 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- la situation des demandeurs de visa n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;
- la décision est entachée d'erreur de droit ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation s'agissant du lien matrimonial entre Mme E et M. C et du lien de filiation entre M. C et les deux enfants ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense du 26 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens des requérants sont dépourvus de fondement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant bangladais né en 1968, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, a obtenu du préfet du Rhône le 18 février 2020 une autorisation de regroupement familial pour faire venir en France son épouse alléguée, Mme E et leurs enfants allégués F B et D A. Par leur requête, M. C, Mme E et Mme B, jeune majeure, demandent au tribunal d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française au Bangladesh refusant de délivrer des visas de long séjour à Mme E, à Mme B et à l'enfant Mahinul A en qualité de bénéficiaires de la procédure de regroupement familial.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort de la lecture de la décision du 31 mars 2022 que la commission a rejeté le recours formé contre les décisions de refus de délivrance des visas de long séjour sollicités aux motifs, d'une part, que le lien familial allégué entre Mme E et M. C n'était pas établi et que les documents produits, non conformes à la législation locale, révélaient une intention frauduleuse, et d'autre part qu'il n'était pas justifié du maintien de liens entre M. C, Mme E et leurs enfants allégués.
3. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".
4. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de lien conjugal ou de lien de filiation entre le demandeur de visa et le membre de famille que celui-ci entend rejoindre.
5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil qui dispose : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Les requérants versent à l'instance une copie conforme d'un nikah nama, contrat de mariage bangladais, établi le 13 août 2017 ainsi que sa traduction en français par un expert judiciaire, indiquant que H C, né le 1er janvier 1968 et G E née le 6 février 1973 se sont mariés le 10 avril 1995 et que leur mariage a été enregistré le 18 avril 1995. La commission relève dans les motifs de sa décision que l'acte de mariage des époux allégués " n'a pas été signé par l'épouse " et n'est ainsi " pas conforme à la législation locale ", et le ministre se réfère dans ses écritures en défense à un rapport d'enquête locale diligenté par le consulat relevant que cette absence de signature de l'épouse prive l'acte d'authenticité et se référant à une jurisprudence de la Cour suprême du Bangladesh " 7LG(HC)2010, P-114.50DLR(HCD)1998, P-181 ". Le ministre ne produit cependant aucun extrait de cette décision et ne cite notamment aucune disposition législative ou réglementaire imposant, à la date du mariage allégué, la signature des deux époux. Il ressort de la traduction du nikah nama versé à l'instance que celui-ci est revêtu de la signature du " tuteur matrimonial de l'épouse " et ne comporte pas celle de l'épouse. Les requérants produisent une attestation du " qazi " ayant enregistré le mariage, établie le 27 janvier 2022, ainsi que sa traduction en français par un expert judiciaire, d'après laquelle le qazi indique qu'une loi bangladaise de 2003 a rendu obligatoire la signature de l'épouse sur l'acte de mariage mais qu'elle ne l'était pas avant cette loi et que le mariage de M. C et Mme E a été régulièrement enregistré le 18 avril 1995 avec l'accord du tuteur matrimonial de l'épouse. Les requérants joignent également à leurs écritures des copies certifiées conformes d'actes de mariage bangladais célébrés en 1994, 1995, 1996 faisant également apparaître la seule signature du représentant de l'épouse. Par ailleurs, s'il ressort du " birth certificate " de M. C que ce document a été délivré le 14 octobre 2015, soit postérieurement à l'enregistrement de son mariage, cette circonstance ne suffit pas à priver le nikah nama de tout caractère probant. Enfin, s'il ressort des dispositions du " Muslim marriage and divorce registration act " de 1974 citées par le ministre en défense que " lorsqu'un mariage est officialisé par l'officier d'état civil, celui-ci doit l'enregistrer immédiatement ", il ressort du nikah nama versé à l'instance que le mariage des intéressés a été officialisé et enregistré par l'officier d'état civil le 18 avril 1995. Il s'ensuit que les requérants sont bien fondés à soutenir que leur acte de mariage n'est pas dénué de caractère probant. Ils produisent par ailleurs un document intitulé " marriage certificate ", daté du 20 août 2017, ainsi que sa traduction en français par un expert judiciaire traducteur, d'après laquelle l'officier d'état-civil musulman au Bangladesh, ou qazi, a certifié que M. H C, né le 1er janvier 1968, et Mme G E, née le 6 février 1973, se sont mariés le 10 avril 1995 et que leur mariage a été enregistré au bureau des mariages et divorces musulmans le 18 avril 1995. M. C et Mme E versent en outre les " birth certificate " des enfants F B, née le 29 juillet 2004, et Mahinul A, né le 27 octobre 2006, assortis de leur traduction en anglais et en français, dont il ressort qu'il s'agit de leurs deux enfants, ce que ni la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, ni le ministre ne contestent. Les requérants produisent par ailleurs les justificatifs de nombreux versements d'argent effectués par M. C au profit de Mme E de 2012 à 2016, en 2016 et de 2018 à 2022. Dans ces conditions, les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en refusant de tenir pour établi le lien matrimonial entre Mme E et M. C ainsi que le lien entre M. C et ses deux enfants, la commission a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 31 mars 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant le recours formé contre les décisions de refus de visa.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme E, à Mme B et à l'enfant Mahinul A les visas de long séjour sollicités. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur faire délivrer ces visas dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les mêmes circonstances, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme globale de 1 200 euros à verser aux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 31 mars 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Mme G E, à Mme F B et à l'enfant Mahinul A les visas de long séjour sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera aux requérants une somme globale de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E, à M. H C, à Mme F B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 février 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026