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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207707

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207707

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207707
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2022, M. F D, représenté par Me Poulard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le mois de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien est méconnu ;

- l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 202Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A de Baleine, président,

- les observations de Me Poulard, avocate du requérant, en présence de Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né en 2002, est entré sur le territoire français muni d'un passeport en cours de validité et, selon ses déclarations, le 12 juin 2019. Par l'arrêté du 30 mars 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 31 août 2021, publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la Loire-Atlantique, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique et, en son absence ou son empêchement, à M. B, son adjoint, à l'effet de signer un arrêté de la nature de celui dont le requérant demande l'annulation et, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de l'une comme de l'autre et dans la limite des attributions du bureau du séjour, à Mme E, cheffe du bureau du séjour, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un tel arrêté. Les décisions refusant un titre de séjour, assorties d'une obligation de quitter le territoire français fixant le pays de renvoi sont au nombre de ces attributions. Il ne ressort pas du dossier que cette directrice et son adjoint n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Il en résulte que le moyen de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est âgé de vingt ans à la date de l'arrêté attaqué. S'il allègue être entré en France le 12 juin 2019 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités italiennes à Alger et valable du 8 juin au 7 juillet 2019, les pages du passeport qu'il présente dans le cadre de l'instruction contradictoire, si elles comportent un visa de type C à entrées multiples valable pour 30 jours du 17 juillet au 30 août 2018 délivré par l'autorité italienne en Algérie le 6 mai 2018, ne comportent pas le visa dont fait état le requérant, ni ne comporte mention d'une entrée sur le territoire français à la date du 12 juin 2019, non plus qu'à une autre date. Il résulte du passeport présenté lors de l'audience qu'il comporte le visa dont fait état le requérant et que, muni de ce passeport, il est arrivé en Italie, à Milan, par voie aérienne, le 12 juin 2019. A supposer que le requérant serait entré en France en provenance directe d'Italie sous couvert de ce visa de court séjour, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'aurait été souscrite la déclaration d'entrée sur le territoire mentionnée aux articles L. 621-3 et R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte qu'ainsi qu'en fait état l'arrêté attaqué, le requérant ne justifie pas d'une entrée régulière sur ce territoire. Son séjour en France, qui, au vu des pièces du dossier, n'est établi qu'à compter du 19 décembre 2019, est, en tout état de cause, récent. M. D est célibataire et n'a aucune tierce personne à charge. S'il se prévaut de la présence sur le territoire français de sa mère adoptive, cette dernière y séjourne toutefois irrégulièrement. Il ne justifie pas d'attaches personnelles, notamment familiales, anciennes, intenses et stables sur le territoire français et s'il y a été scolarisé dans un lycée professionnel à Châteaubriant en classe de première en 2019/2020 et en classe de terminale en 2020/2021, a obtenu en France le diplôme du baccalauréat professionnel en juin 2021 et a pu s'inscrire en première année de licence à l'Université de Nantes au titre de l'année 2021/2022, de telles circonstances ne suffisent pas à ouvrir droit au séjour à un ressortissant algérien majeur entré irrégulièrement en France, alors que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et son protocole annexé subordonnent la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'étudiant à une entrée régulière, sous couvert d'un visa de long séjour. En outre, le requérant peut poursuivre des études dans le pays dont il est le ressortissant. Par ailleurs, le requérant, âgé de vingt ans, ne justifie pas de ressources lui permettant d'assurer son séjour sur le territoire français et il ressort des pièces du dossier qu'avec sa mère adoptive, ils sont à divers titres pris en charge en France par une association d'utilité publique. Dès lors, eu égard à la durée comme à l'ensemble des circonstances caractérisant le séjour de M. D en France, le préfet de la Loire-Atlantique ne s'est pas livré à une inexacte application du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord du 27 décembre 1968 en estimant que les liens personnels et familiaux de l'intéressé en France ne sont pas tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus. Pour les mêmes raisons, il n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant obligation de quitter le territoire français.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Ces dispositions ne s'appliquent pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. D, le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il n'y avait pas lieu de le faire bénéficier en opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus quant à la légalité du refus d'admission au séjour, le requérant n'est pas fondé à prétendre que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

8. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie ou la liberté du requérant seraient menacées en Algérie ou qu'il risquerait d'être soumis dans ce pays à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il en résulte que la décision fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office, en ce qu'elle compte l'Algérie au nombre des destinations possibles d'un tel éloignement, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction qu'il présente ne peuvent, dans ces conditions, être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ces titres.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Poulard.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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