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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2207759

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2207759

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2207759
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP BARBARY MORICE L'HELIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juin 2022 et le 15 décembre 2022, M. F G B, représenté par Me L'Helias, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de la Mayenne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel la même autorité l'a assigné à résidence pendant une durée maximale de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Mayenne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 435-2, L. 423-23 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 août 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1.M. F G B, ressortissant guinéen né le 24 avril 1992, déclare être entré irrégulièrement en France le 27 janvier 2013. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 avril 2014 et par la Cour nationale du droit d'asile du 19 novembre 2014. Le 8 octobre 2020, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du préfet de la Mayenne du 10 juin 2022 portant également obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur le territoire français de 12 mois et assignation à résidence pour une durée de six mois. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2.En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A E, directeur de la citoyenneté de la préfecture de la Mayenne, qui disposait, aux termes d'un arrêté du 3 mai 2022 régulièrement publié, d'une délégation octroyée par le préfet à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions dans le cadre de ses attributions, et notamment ceux relatifs à l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

3.En deuxième lieu, l'arrêté attaqué ne se fondant pas sur un motif tiré de l'état civil du requérant, ce dernier ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

5.Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompue dans un organisme de travail solidaire, qu'un rapport a été établi par le responsable de l'organisme d'accueil, qu'il ne vit pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

6.S'il ressort des pièces du dossier que M. B est présent au sein de la communauté Emmaüs de la Mayenne et du Castelbriantais depuis le 21 juillet 2017, qu'il a effectué plusieurs formations de courte durée au sein de cette communauté et s'est investi en tant que bénévole dans diverses associations. Toutefois, les seules pièces produites, et notamment le rapport du 8 octobre 2020 du directeur d'Emmaüs de la Mayenne et du Castelbriantais ne suffit à justifier d'un projet ni de tout autre élément de nature à caractériser de réelles et solides perspectives d'intégration socio-professionnelle. Dans ces conditions, le préfet de la Mayenne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7.En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8.Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9.M. B se prévaut de la durée alléguée de son séjour en France et fait valoir qu'il entretient une relation de couple avec une ressortissante française, qu'un de ses oncles réside en France, et qu'il est bien intégré et investi au sein de la communauté Emmaüs. Toutefois, alors que son épouse et leur fils mineur résident en Guinée, où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de M. B en France, que ce dernier aurait noué des liens particulièrement anciens, intenses et stables en France. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour ne méconnaît pas l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Pour les mêmes motifs, les décisions attaquées portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, et interdiction de retour sur le territoire ne portent pas au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ne méconnaissent pas par suite les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10.En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. M. B soutient qu'il risque d'être exposé en cas de retour en Guinée au risque de faire l'objet de traitements inhumains et dégradants. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément concret et probant permettant d'établir la réalité et l'actualité des craintes qu'il invoque alors que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la situation de l'intéressé, le préfet n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de destination.

12. En septième lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle portant obligation de quitter le territoire français.

13.Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ".

14.Ainsi qu'il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué assignant l'intéressé à résidence, cette mesure a été prise par le préfet de la Mayenne sur le fondement de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle portant assignation à résidence.

15.Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F G B, à Me L'Helias et au préfet de la Mayenne.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. C de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

S. D

Le président,

A. C DE BALEINE

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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