mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2207888 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | PERROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 20 juin et 4 juillet 2022, M. C D, représenté par Me Perrot, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et décidé qu'à l'issue de ce délai, il pourrait être reconduit à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pour lequel il établit être légalement admissible ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de sa situation et de le munir, le temps de cet examen, d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du préfet de la Loire-Atlantique le versement d'une somme de 1 500 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée a des conséquences graves et immédiates sur sa situation : elle le place en situation irrégulière, l'urgence étant d'ailleurs, de ce fait, présumée satisfaite ; elle l'empêche de poursuivre son activité professionnelle alors qu'il travaille depuis un an et cinq mois pour le même employeur, d'abord comme intérimaire à compter du mois de janvier 2021, puis sur le fondement d'un contrat à durée indéterminée à plein temps conclu le 11 mars 2022 ; l'affaire au fond ne sera pas enrôlée avant neuf mois ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* il n'est pas établi que son auteur avait compétence pour la prendre ;
* elle est entachée de vices de procédure qui l'ont privé de garanties : il n'est pas démontré que le médecin qui a établi le rapport médical sur son état de santé n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a émis l'avis sur lequel s'est fondé le préfet pour se prononcer ; il n'est pas démontré non plus que cet avis a été rendu à la suite d'une délibération collégiale ; à défaut pour le préfet de communiquer les éléments permettant de s'assurer que la collégialité a été effective, il sollicite du tribunal que soit ordonné à ce préfet de transmettre ceux sur lesquels il s'est fondé pour vérifier cette effectivité ;
* elle est insuffisamment motivée au regard de sa situation : il n'est pas expliqué pourquoi, alors qu'il était titulaire d'une carte de séjour temporaire pour raisons de santé, un refus de titre sur ce fondement, lui est refusé ; à supposer que le préfet ne se considère pas lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII, auquel cas il aurait commis une erreur de droit, il lui appartient de démontrer qu'il peut bénéficier en Guinée des soins que son état de santé requiert dès lors qu'elle a pris une position contraire à celle adoptée précédemment ;
* elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'un défaut d'examen de sa situation au regard de cet article et d'une erreur de droit dès lors qu'il conteste pouvoir bénéficier en Guinée des soins nécessités par son état de santé et que rien ne permet d'expliquer que l'administration considère que tel est désormais le cas ; la documentation récente fait apparaître que les infrastructures de santé guinéennes sont très insuffisantes, et ne lui permettent pas de bénéficier d'une prise en charge effective ;
* elle porte une atteinte disproportionnée au droit de mener une vie privée normale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation à ce titre dès lors qu'il est bien fondé à se prévaloir de sa vie privée fixée sur le territoire français, compte-tenu de son intégration professionnelle, pour les raisons expliquées précédemment et alors qu'il exerce un métier (tueur en abattoir) difficile et dangereux que peu de personnes acceptent et pour lequel il s'est vu remettre, le 22 avril 2021, un certificat de compétence " protection des animaux dans le cadre de leur mise à mort " et que cette intégration par le travail n'est aucunement prise en compte par le préfet.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'il n'est pas établi que M. A se trouverait dans une quelconque situation de précarité du fait de la décision qu'il attaque (il n'est pas établi qu'elle risquerait de le priver d'emploi ; en tout état de cause, cette seule circonstance ne saurait suffire à caractériser l'urgence ; il est, par ailleurs, impossible de s'assurer que ce contrat de travail serait la seule source de revenus de M. A ; M. A est hébergé par une association pour le lancement des jeunes, dont il n'est pas établi qu'il devrait la quitter de manière imminente) ; la circonstance que les délais d'enrôlement de sa requête au fond sont lointains est sans incidence ;
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* ceux tirés de l'incompétence de son auteur et de son insuffisante motivation manquent en fait ;
* l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII n'est entaché d'aucune irrégularité : le médecin rapporteur n'en faisait pas partie ; l'application Thémis étant un document de travail interne à l'Office qui ne lui est pas communiqué, il n'a pas à en transmettre des extraits dans le cadre de la présente instance, de tels extraits constituant, en tout état de cause, une preuve insuffisante pour remettre en cause la mention qui y est portée (" Après en avoir délibéré, le collège des médecins émet l'avis suivant ") et qui fait foi jusqu'à preuve du contraire ; il n'est pas démontré que le nombre de médecins qui ont siégé serait insuffisant ; le délai de trois mois à compter de la transmission des éléments médicaux pour qu'il se prononce n'est pas prescrit à peine de nullité et, à supposer que tel fût le cas, cette circonstance, qui n'est pas susceptible d'avoir exercé une influence sur le sens de la décision, est sans incidence ; il n'appartient pas au préfet de s'assurer de cette régularité, dès lors que la procédure conduite devant lui et celle conduite devant l'OFII sont indépendantes ;
* l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été méconnu et elle n'est entachée d'aucun défaut d'examen de la situation du requérant et d'aucune erreur manifeste d'appréciation : s'il a tenu compte de l'avis du collège des médecins de l'OFII, il a considéré, au vu des éléments dont il disposait, que M. A n'avait pas droit au séjour en raison de son état de santé (M. A ne démontre pas qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance du collège des médecins des éléments qui n'auraient pas été pris en compte) ; l'incompétence des médecins n'est pas démontrée ; la circonstance qu'il a obtenu un précédent titre de séjour pour raisons de santé, dont le collège avait considéré qu'elle nécessitait des soins en France durant six mois, est sans incidence ; le nouvel avis, émis neuf mois plus tard que le premier, ne le contredit pas ; M. A ne rapporte pas la preuve par les documents qu'il produit qu'il ne pourra pas bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine ; en tout état de cause, l'offre de soins dans son pays d'origine lui permettra de recevoir ceux qui lui sont nécessaires ;
* il n'est porté aucune atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale :
** M. A est célibataire et sans enfant et ne démontre pas avoir développé en France, où il n'est présent que depuis quatre ans, des attaches d'une particulière intensité ;
** il n'avait pas à être examiné d'office si M. A pouvait prétendre se voir délivrer une autorisation sur le fondement d'une autre disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (ici sous l'angle du travail) que celle sur laquelle il a sollicité son titre de séjour ; au jour de la mesure en litige, son insertion professionnelle était récente (une année) ; son droit au travail était l'accessoire du titre dont il bénéficiait ; il n'est pas démontré que le poste occupé par M. A se trouverait dans un secteur géographique tendu ou caractérisé par des difficultés de recrutement.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 17 juin 2022 sous le numéro 2207911 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 4 juillet 2022 à 10 heures :
- le rapport de Mme Chauvet, juge des référés,
- les observations de Me Perrot, représentant M. A. Me Perrot soulève, à la barre, un moyen nouveau tiré du défaut d'examen actualisé et circonstancié de la situation de M. A dès lors que le préfet de la Loire-Atlantique aurait dû saisir l'OFII et non pas prendre une décision huit mois après l'avis du collège des médecins de l'Office.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
2. Aucun des moyens invoqués par M. C D, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et décidé qu'à l'issue de ce délai, il pourrait être reconduit à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pour lequel il établit être légalement admissible.
3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence ni de solliciter du préfet de la Loire-Atlantique la communication des éléments permettant de s'assurer que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été rendu de façon collégiale, que les conclusions à fin de suspension de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, au ministre de l'intérieur et à Me Perrot.
Copie en sera transmise à préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 13 juillet 2022.
La juge des référés,
Claire BLa greffière,
Marie-Claude Minard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026