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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208028

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208028

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208028
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAsile - 15 jours
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I, Par une requête enregistrée le 23 juin 2022 sous le n° 2208028, M. A D, représenté par Me Roulleau, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé de son transfert vers la Lituanie ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Roulleau, son avocat, de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité compétente ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 23 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle (section administrative) près le Tribunal judiciaire de Nantes a admis M. D à l'aide juridictionnelle totale.

II, Par une requête enregistrée le 23 juin 2022 sous le n° 2208029, Mme C E, représentée par Me Roulleau, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé de son transfert vers la Lituanie ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Roulleau, son avocat, de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité compétente ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Par une décision du 23 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle (section administrative) près le Tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme E à l'aide juridictionnelle totale.

Le président du tribunal a désigné M. Huin, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant du contentieux des décisions de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 5 juillet 2022 à 10 heures :

- le rapport de M. Huin, magistrat désigné,

- et les observations de Me Dazin substituant Me Roulleau, avocat de M. D et de Mme E, en leur présence, assistés de Mme B interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2208028 et n° 2208029, présentées par M. D et Mme E présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. A D et Mme C E, ressortissants de nationalité azerbaïdjanaise, nés respectivement les 17 juillet 1987 et 12 juin 1986, sont entrés en France le 14 mars 2022, accompagnés de leurs deux enfants mineurs nés le 24 mai 2016 et le 24 avril 2021. Le 29 mars 2022, ils ont déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture de la Loire-Atlantique. Suite au relevé de leurs empreintes décadactylaires, il a été constaté qu'ils étaient titulaires de visas délivrés par les autorités lituaniennes valables du 27 février 2022 au 20 mars 2022. Consécutivement à leur saisine le 4 avril 2022, les autorités lituaniennes ont implicitement accepté de reprendre en charge M. D et Mme E. Par deux arrêtés du 10 juin 2022, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de remettre M. D et Mme E à ces autorités. Par les présentes requêtes, M. D et Mme E demandent l'annulation desdits arrêtés.

3. Aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 visé ci-dessus : " Clauses discrétionnaires/ 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La mise en œuvre par les autorités françaises de l'article 17 doit être assurée à la lumière des exigences définies par le second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, aux termes duquel : " les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ".

4. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que les deux parents de Mme E ainsi que son frère et l'épouse de ce dernier résident régulièrement en France où ils se sont vu reconnaître la qualité de réfugié, par des décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 20 avril 2022 pour les premiers et de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 15 décembre 2020 pour les seconds, à raison des opinions politiques du père et du frère de Mme C E. Si le préfet de Maine-et-Loire fait valoir que les requérants ne sont exposés à aucun risque, il résulte toutefois du compte-rendu d'entretien des parents de Mme E que celle-ci et son mari ont décidé de quitter leur pays en raison des opinions politiques de M. D et de celles du père de Mme E. D'autre part, il n'est pas contesté que les requérants, accompagnés de deux jeunes enfants dont un enfant en bas âge, n'ont aucune attache familiale en Lituanie. Enfin, il ressort des attestations versées aux débats que la famille de Mme C E s'est engagée, dès l'arrivée sur le territoire français des requérants et au plus tard le 1er avril 2022, à prendre ceux-ci en charge et à les accompagner dans leurs demandes d'asile. Dans les circonstances particulières de l'espèce, alors même que la mise en œuvre de cette clause dérogatoire ne constitue pas un droit, les requérants sont fondés à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire a entaché ses décisions de transfert d'une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage au bénéfice des intéressés des " clauses discrétionnaires " prévues à l'article 17 du règlement UE n° 604/2013.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens des requêtes, que M. D et Mme E sont fondés à demander l'annulation des arrêtés du 10 juin 2022 par lesquels le préfet de Maine-et-Loire a décidé leur transfert aux autorités lituaniennes.

6. Les requérants ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, Me Roulleau, leur avocat, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Roulleau d'une somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 10 juin 2022 par lesquels le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de M. D et de Mme E vers la Lituanie sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à Me Roulleau la somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, Mme C E, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

F. HUIN

La greffière,

G. PEIGNE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

2, 2208029

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