vendredi 30 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2208061 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 7ème chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2022, A D B, représentée par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la compétence du signataire de la décision n'est pas démontrée ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et a été prise sans un examen suffisant de sa situation personnelle ;
- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;
- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de l'arrêté attaqué ;
- deux de ses enfants ont la nationalité portugaise, ce qui lui confère le droit au séjour en France ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision accordant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie de conséquence ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à A B par décision du 10 août 2022.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Kaczynski, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 septembre 2022 à 14H00 :
- le rapport de M. Kaczynski, magistrat désigné ;
- et les observations de A B, en l'absence de Me Kaddouri.
A B regrette de ne pouvoir être assistée d'un interprète, ce que son avocat, absent, a omis de demander. Elle fait état de documents médicaux relatifs au suivi médical de ses enfants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o ".
2. La demande d'asile de A D B ressortissante angolaise, née le 3 septembre 1980, entré irrégulièrement en France le 31 janvier 2020, a été rejetée par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 5 juillet 2021, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 4 mai 2022. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire en application du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a en conséquence fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré.
3. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par A Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par arrêté du 7 septembre 2021 publié le
9 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents à l'exception de certains actes au titre desquels ne figurent pas les décisions critiquées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, s'agissant tant de la décision portant obligation de quitter le territoire que de la décision fixant le pays de destination. Le moyen tiré du caractère insuffisant des décisions attaquées manque en fait. La circonstance que l'arrêté attaqué comporterait une erreur sur la nationalité des enfants de la requérante n'a pas d'incidence sur le caractère suffisant de la motivation formelle. Par ailleurs il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucun autre élément du dossier que cet arrêté aurait été pris sans un examen suffisant de la situation personnelle de A B, ni que le préfet se serait à tort crû en situation de compétence liée.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. En particulier, lorsqu'il demande l'asile, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
6. En l'espèce, A B, qui ne pouvait ignorer, depuis le rejet de sa demande d'asile, qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, n'établit ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'elle aurait été empêchée de s'exprimer avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire français contestée et ne fait pas état, dans le cadre de la présente instance, d'éléments qui n'auraient pas déjà été transmis à l'administration dans le cadre de sa demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant malade, qui, s'ils avaient été connus du préfet, auraient pu le conduire à prendre une décision différente. Par suite le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit être écarté.
7. En quatrième lieu, A B fait valoir que deux de ses enfants ont la nationalité portugaise, ce qui lui confère le droit de demeurer en France pour une période supérieure à trois ans. Toutefois, alors que la requérante précise avoir demandé la nationalité portugaise pour elle-même ainsi que pour son fils C, et que, en l'état du dossier, elle ne l'a pas obtenue, le préfet remet en cause le lien de filiation entre A B et les deux personnes dont elle produit les pièces d'identité portugaise. A B n'a pas répondu à ce moyen du préfet. Par suite, il ne peut être retenu, au vu des éléments du dossier tels qu'ils se présentent le jour de l'audience, que A B serait la mère de ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne.
8. En cinquième lieu, A B soutient que l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'elle est ainsi entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Au soutien de son moyen, la requérante fait valoir la présence en France de ses enfants, dont deux connaissent des problèmes de santé. Toutefois, comme il a été dit au point 7, le préfet conteste la filiation entre A B et deux de ses trois enfants allégués. En tout état de cause, les enfants de A B ont vocation à l'accompagner dans son retour en Angola. En outre, il n'est pas même soutenu que les enfants ne pourront pas recevoir les soins dont ils ont besoin dans leur pays. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En sixième lieu, en se bornant à dire que ses enfants sont scolarisés et intégrés en France, A B ne démontre pas, notamment eu égard au caractère récent de la présence de la famille en France, que la mesure d'éloignement porterait à l'intérêt de ses enfants une atteinte prohibée par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
10. En septième lieu, si A B affirme courir le risque de subir des traitements prohibés par l'article 3 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays, elle ne juge pas même utile de préciser la nature et l'origine de ces risques et ne produit à l'appui de sa requête aucun élément de nature à en établir la réalité. Par ailleurs, l'intéressée n'ayant pas démontré que deux de ses enfants auraient la nationalité portugaise, elle n'établit pas l'erreur de droit que le préfet aurait commise en excluant les Etats membres de l'Union européenne comme pays de destination.
11. En huitième et dernier lieu, n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, A B n'est pas fondée à en exciper pour contester la légalité de la décision lui accordant un délai de départ volontaire et celle de la décision fixant le pays de renvoi.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de A B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à A D B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
D. KACZYNSKI La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au préfet de la Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026