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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208080

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208080

jeudi 21 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantANGLADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 23 juin sous le numéro 2208079, Mme D et M. B A, représentés par Me Anglade, demandent au juge des référés :

1°) d'admettre M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 21 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran (République islamique d'Iran) du 7 février 2022 refusant de délivrer à Mme A un visa de long séjour, en qualité de membre de famille d'un étranger ayant obtenu le statut de réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme A le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée a pour effet de faire éclater le noyau familial (le visa lui a été refusé par l'autorité consulaire française à Téhéran qui l'a accordé à sa mère et à ses frères et sœurs le 6 février 2022), de provoquer une dégradation de son état de santé et l'expose à un risque de renvoi, du fait de l'irrégularité de sa situation administrative en Iran, où elle vit dans des conditions précaires, vers l'Afghanistan où elle encourt un risque sérieux de traitements inhumains et dégradants en raison de sa situation de femme jeune, isolée et célibataire ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors que sa première demande de visa déposée le 6 avril 2020 durant sa dix-neuvième année, n'a pas été enregistrée en raison de l'engorgement de l'autorité consulaire française à Islamabad et de la crise sanitaire alors que le réunifiant, son père, l'a déclarée lors du dépôt de sa demande d'asile ;

* elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle l'empêche de maintenir les liens affectifs l'unissant à son père, et plus généralement, la sépare des membres de sa famille alors que l'authenticité des documents de son état civil n'est pas remise en cause par la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France ;

* elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle revient à la maintenir en Afghanistan, seul pays dont elle détient la nationalité et où elle serait exposée à un risque de traitements inhumains ou dégradants alors que la situation politique dans ce pays s'est particulièrement dégradée, notamment pour les femmes.

II. Par une requête, enregistrée le 23 juin 2022 sous le numéro 2208080, M. C et M. B A, représentés par Me Anglade, demandent au juge des référés :

1°) d'admettre M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 22 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision de l'autorité consulaire française à Téhéran (République islamique d'Iran) du 7 février 2022 refusant de délivrer à M. B A un visa de long séjour, en qualité de membre de famille d'un étranger ayant obtenu le statut de réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer un visa d'entrée à M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée a pour effet de faire éclater le noyau familial (le visa lui a été refusé par l'autorité consulaire française à Téhéran qui l'a accordé à ses frères et sœurs le 6 février 2022) et l'expose à un risque de renvoi, du fait de l'irrégularité de sa situation administrative en Iran, où il vit dans des conditions précaires, vers l'Afghanistan où il encourt un risque sérieux de traitements inhumains et dégradants en raison de sa situation d'homme jeune, isolé et dont les membres de la famille résident en Europe ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors que dès lors que sa première demande de visa déposée le 6 avril 2020 durant sa dix-neuvième année, n'a pas été enregistrée en raison de l'engorgement de l'autorité consulaire française à Islamabad et de la crise sanitaire alors que le réunifiant, son père, l'a déclaré lors du dépôt de sa demande d'asile ;

* elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle l'empêche de maintenir les liens affectifs l'unissant à son père et ses frères et sœurs, qui, tous, se trouvent en France, et l'en sépare définitivement alors que l'authenticité des documents de son état civil n'est pas remise en cause par la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France ;

* elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle revient à le maintenir en Afghanistan, seul pays dont il détient la nationalité, où il serait exposé à un risque de traitements inhumains ou dégradants en raison de l'occidentalisation de son profil familial et dont la situation politique s'est nettement dégradée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet des requêtes.

Il soutient que :

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

* elles ne méconnaissent pas les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que les requérants étant âgés de plus de dix-neuf ans, le 6 avril 2020, lorsqu'ils auraient déposés des demandes de visa auprès de l'autorité consulaire française à Islamabad, ce qui, au demeurant, n'est pas établi par le seul courriel, incomplet (identité de son auteur masquée), produit (en tout état de cause, M. A étant né d'une première union de son père, l'âge requis pour qu'il soit éligible à la réunification familiale est de dix-huit ans, ainsi que le prévoit l'article L. 343-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile), n'étaient pas éligibles à la réunification familiale alors qu'ils ne justifient d'aucune circonstance particulière permettant de comprendre les raisons pour lesquelles leurs demandes de visa n'auraient pas pu être sollicitées plus tôt ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'il n'est pas établi que les requérants sont dans l'impossibilité de solliciter le renouvellement de leur visa auprès des autorités iraniennes, ni que ces autorités auraient refusé la prorogation de leur séjour, que si Mme A a tenté de mettre fin à ses jours, cela relève de son propre fait, qu'en tout état de cause, les requérants ne sont pas éligibles à une demande de visa et que les raisons pour lesquelles leurs demandes de visas n'ont été sollicitées que le 21 décembre 2021 à Téhéran ne sont pas clairement définies, alors que, comme dit, leurs précédentes demandes auraient été déposées au mois d'avril 2020.

Par un mémoire en réplique enregistré le 6 juillet 2022, les requérants persistent en leurs conclusions initiales et font valoir que la circonstance que leurs demandes de visas n'ont été déposées qu'en décembre 2021 devant l'autorité consulaire française à Téhéran ne leur est pas imputable (après le dépôt de leurs demandes de visas au mois d'avril 2020 auprès de l'autorité consulaire française à Islamabad, ils ont effectué des relances les 28 juillet et 24 novembre suivants, qui sont restées sans réponse ; le 2 août 2021, ils ont été invités à se rapprocher de l'autorité consulaire française à Téhéran à laquelle ils ont transféré leurs dossiers, alors qu'après la prise de pouvoir par les talibans le 15 août 2021, une demande de rapatriement était adressée à la cellule de crise mise en place par le ministère de l'intérieur) et que si M. B A n'a pas sollicité dès son admission à la protection internationale en France, le 13 mai 2013, la réunification familiale, c'est en raison de sa situation de précarité qui ne lui permettait pas d'accueillir sa famille.

Mme A et M. C ont été admis, chacun en ce qui le concerne, à l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 7 juillet 2022.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- les requêtes par lesquelles M. A, demandent l'annulation des décisions attaquées.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chauvet, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 juillet 2022 à 11h :

- le rapport de Mme Chauvet, juge des référés,

- et les observations de Me Anglade, représentant Mme A et MM. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la jonction :

1. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2208079 et 2208080 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens invoqués par Mme D, M. C et M. B A, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions des 21 et 22 mai 2022 par lesquelles la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté les recours formés contre les décisions de l'autorité consulaire française à Téhéran (République islamique d'Iran) du 7 février 2022 refusant de délivrer à Mme D, M. C des visas de long séjour, en qualité de membre de famille d'un étranger ayant obtenu le statut de réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire.

4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions à fins de suspension présentées par les consorts A, ainsi, par voie de conséquence, que leurs conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes des consorts A sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D, M. C et M. B A ainsi qu'au ministre de l'intérieur et à Me Anglade.

Fait à Nantes, le 21 juillet 2022.

La juge des référés,

Claire Chauvet

La greffière,

Gaëlle PeignéLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N° 2208079

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