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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208122

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208122

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208122
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistréee lee 25 juin 2022, complétée par la production d'une pièce le 30 juin 2022, M. B A et Mme D C, épouse A, représentés par Me Rodrigues Devesas, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 mars 2022 par laquelle l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) a refusé de délivrer à M. A un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissant français ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer à M. A le visa sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au profit de leur conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été saisie du recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision litigieuse ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée porte une atteinte grave à leur vie privée et familiale et a un impact sur leur vie quotidienne en ce que les problèmes de santé que rencontre Mme A, suite à son accident de travail du 23 avril 2021, entrainent des difficultés pour réaliser des tâches quotidiennes induites notamment par la prise en charge de ses deux enfants, rendant la présence à ses côtés de M. A indispensable ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : l'interdiction de retour sur le territoire français dont fait l'objet M. A a pris fin le 29 juin 2022 et l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre n'est plus exécutoire depuis le 11 août 2020 ; leur intention matrimoniale est établie dès lors que leur mariage a été célébré le 12 décembre 2020 et n'a fait l'objet d'aucune opposition, qu'ils justifient que leur communauté de vie a débuté le 5 août 2020, avant leur mariage et s'est, ensuite, poursuivie, notamment par les nombreux voyages en Tunisie effectués par Mme A pour rendre visite avec M. A depuis son retour dans ce pays, le 28 juin 2021 ; l'absence de contribution aux charges du ménage ne figure pas parmi les motifs de refus prévus par l'article L. 312-3 ; ils ont entamé un parcours de procréation médicalement assisté suite aux fausses couches de Mme A survenues en avril 2020 et avril 2022, pour lequel la présence de M. A en France est indispensable ; M. A est titulaire d'une licence en technique des sciences et de la technologie, option " Génie mécanique " de sorte qu'il pourra trouver un emploi en France ;

* elle porte une atteinte disproportionnée à leur droit de mener une vie privée et familiale normale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chauvet, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". En vertu de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

2. Dans le cas où une décision administrative ne peut, comme en l'espèce, être déférée au juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, une requête tendant à la suspension de cette décision peut être présentée au juge des référés dès que ce recours préalable obligatoire a été formé, la mesure ordonnée en ce sens valant, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé. Le requérant doit toutefois démontrer l'urgence particulière qui justifie la saisine du juge des référés avant même que l'administration ait statué sur le recours introduit devant elle.

3. M. B A et Mme D C, épouse A, ont saisi le 5 mai 2022 la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'un recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 29 mars 2022 par laquelle l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) a refusé de délivrer à M. A un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissant français française à Islamabad (Pakistan) a refusé de lui délivrer un visa de long séjour " retour ". Sans attendre que cette commission ait statué, ils demandent au juge des référés de suspendre l'exécution du refus de visa opposé par l'autorité consulaire.

4. Pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence à statuer sur le refus opposé à la demande de visa litigieuse dès avant l'intervention d'une décision de la commission, qui est destinée à se substituer totalement à la décision consulaire, M. et Mme A se prévalent des difficultés quotidiennes que rencontre Mme A du fait de son accident de travail du 23 avril 2022, qui rendrait la présence de M. A à ses côtés indispensable et de l'atteinte grave à leur vie privée et familiale qui serait portée par la décision qu'ils attaquent. Toutefois, le délai de deux mois au terme duquel interviendra, le cas échéant, une décision implicite de rejet de la commission des recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être regardé comme ayant commencé à courir le 6 mai 2022 pour s'achever le 6 juillet 2022. Il en résulte que la condition d'urgence particulière, rappelée au point 2, justifiant la saisine du juge des référés avant l'intervention de la décision de la commission des recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du code de justice administrative, les conclusions à fins de suspension présentées par M. et Mme A, ainsi, par voie de conséquence, que celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Mme D C épouse A, et à Me Rodrigues Devesas.

Fait à Nantes, le 8 juillet 2022.

La juge des référés,

Claire Chauvet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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