jeudi 6 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2208157 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le numéro 2208157, le 24 juin 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 28 février 2023, M. A C, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Il soutient que :
Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :
- l'arrêté litigieux est entaché d'un défaut de compétence de son signataire ;
- il n'est pas suffisamment motivé ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de son admission exceptionnelle au séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le délai de départ ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne l'illégalité de la décision fixant le délai de départ ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par une décision du 5 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 23 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée au 23 février 2023.
II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2208158, le 24 juin 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 28 février 2023, Mme E B épouse C, représentée par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.
Elle soutient que :
Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :
- l'arrêté litigieux est entaché d'un défaut de compétence de son signataire ;
- il n'est pas suffisamment motivé ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de son admission exceptionnelle au séjour ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît l'article 6 de la directive retour du 16 décembre 2008 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision fixant le délai de départ ;
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne l'illégalité de la décision fixant le délai de départ ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraîne l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Par une décision du 18 juillet 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), Mme E B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 23 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée au 23 février 2023.
Vu :
- les jugements, n°1806679 et n°1806680 du 5 octobre 2018 du Tribunal ;
- l'ordonnance n°1812289 du 17 janvier 2019 du juge des référés du Tribunal ;
- les arrêts n°18NT03948 et 18NT03951 du 16 mai 2019 de la Cour administrative d'appel de Nantes ;
- les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, dite " Directive retour " ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Caro a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant marocain né à Taghjijt (Maroc) le 7 avril 1977, et son épouse, Mme E B, ressortissante marocaine née le 10 janvier 1983 dans la même ville que son époux, déclarent être entrés en France, respectivement, les 19 janvier 2013 et 11 juin 2016 sous couvert de visas Schengen de court séjour. Le 8 août 2016, ils ont déposé des demandes d'asile auprès de la préfecture de police de Paris, lesquelles ont été rejetées, le 29 septembre 2017, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (l'OFPRA), puis le 18 mai 2018 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 24 juillet 2017, Mme B a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant mineur malade. Suite à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), du 8 avril 2018, selon lequel l'état de santé de son enfant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du Maroc, l'enfant pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine, le préfet de la Vendée, par un arrêté du 9 mai 2018, a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité. Par deux autres arrêtés du 27 juin 2018, ce même préfet a édicté à l'encontre des époux C, consécutivement au rejet définitif de leurs demandes d'asile, des obligations de quitter le territoire français. La légalité du refus de séjour et des deux mesures d'éloignement opposés aux époux C a été confirmée par des jugements du tribunal administratif du 5 octobre 2018 et par des arrêts de la Cour administrative d'appel de Nantes du 16 mai 2019 et du 23 novembre 2021. Mme B et M. C ont déposé, à la préfecture de la Vendée, des demandes d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 18 mai 2022, le préfet de la Vendée a rejeté leurs demandes, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par les présentes requêtes, les époux C demandent l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction des requêtes :
2. Les requêtes nos 2208157 et 2208158, présentées par Mme B et M. C, qui concernent la situation d'un couple de ressortissants étrangers au regard de leur droit au séjour en France, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
3. En premier lieu, les arrêtés attaqués ont été signés par Mme Anne Tagand, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée, qui dispose d'une délégation, consentie par un arrêté du préfet de la Vendée du 8 avril 2022 régulièrement publié le 11 avril suivant, à l'effet notamment de signer " toutes les décisions en matière de droit au séjour et d'éloignement des étrangers pris dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, y compris tous les recours formés devant le juge administratif ou judiciaire et tous les mémoires transmis devant le juge administratif ou Judiciaire ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des actes manque en fait.
4. En deuxième lieu, les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour visent les textes dont elles font application, notamment les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précisent les éléments déterminants qui ont conduit le préfet de la Vendée à refuser à Mme B et M. C la délivrance de titres de séjour, notamment leur maintien irrégulier en France, le rejet de leurs demandes d'asile par l'OFPRA et la CNDA, les précédentes obligations de quitter le territoire prises à leur encontre, qu'ils n'ont pas exécutées, malgré la reconnaissance de la légalité de celles-ci par le Tribunal puis par la Cour administrative d'appel de Nantes, et le fait qu'ils ne remplissent pas les conditions d'une admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, ces décisions sont motivées comme, en conséquence des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les obligations de quitter le territoire français qui les accompagnent. En outre, en ce qui concerne le délai de départ volontaire de trente jours accordé à Mme B et M. C, les arrêtés attaqués, après avoir rappelé les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indiquent que les requérants ne justifient d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours leur soit accordé. Enfin, les arrêtés visent notamment les dispositions des articles L. 612-12 et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constatent qu'il est fait obligation aux requérants de quitter le territoire français, qu'ils sont de nationalité marocaine et qu'ils ne produisent aucun élément qui justifierait d'un risque en cas de retour dans leur pays d'origine. Les décisions fixant le pays de renvoi sont, dès lors, régulièrement motivées, le préfet n'étant pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle des intéressés. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement Mme B et M. C en mesure de discuter les motifs de ces décisions et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des arrêtés doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C et Mme B, parents de cinq enfants de nationalité marocaine, nés les trois premiers au Maroc en mai 2005, octobre 2006 et février 2011 et les deux derniers en France en mai 2017 et août 2021, ont déclaré être entrés en France, respectivement en 2013 et 2016. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'OFPRA le 29 septembre 2017 puis par la CNDA le 18 mai 2018. Si les requérants font valoir leur durée de présence sur le territoire français, de huit ans pour Monsieur et six ans pour Madame à la date des arrêtés contestés, celle-ci est essentiellement liée à la durée d'instruction de leurs demandes d'asile et à leur maintien en situation irrégulière sur le territoire français, suite aux obligations de quitter le territoire dont ils ont fait l'objet, validées par le Tribunal administratif le 5 octobre 2018 et la Cour administrative d'appel de Nantes le 16 mai 2019, et auxquelles ils n'ont pas déféré. M. C a, par ailleurs, obtenu que lui soient délivrés en Espagne des titres de séjour, sur la base de renseignements contradictoires, dont un titre de séjour délivré le 6 septembre 2021, mentionnant une adresse à Grenade chez sa sœur, en cohérence avec un passeport en cours de validité, établi par les autorités marocaines en Espagne, valable de mars 2021 à mars 2026, alors que lors du dépôt de son dossier d'admission exceptionnelle au séjour à la préfecture de la Vendée, le 23 novembre 2021, il a produit un autre passeport établi par les autorités marocaines en France, mentionnant une adresse à Fontenay-le-Comte, valable d'août 2019 à août 2024. Si les requérants se prévalent de la scolarisation de leurs quatre premiers enfants et de leurs propres efforts pour s'insérer socialement, notamment par le suivi de cours de français au sein d'un centre municipal, il est constant qu'ils ont vécu respectivement jusqu'à l'âge de trente-six et trente-trois ans dans leur pays d'origine. Si M. C justifie avoir travaillé depuis 2017, sous couvert de contrats à durée indéterminée ou en intérim, en tant que maçon, agent d'entretien, agent de production et, en dernier lieu, agent de préfabrication, il ne fournit aucune explication sur les motifs lui ayant permis d'obtenir des titres de séjour de la part des autorités espagnoles. Il ressort des termes de son dernier contrat de travail à durée indéterminée conclu avec la société Soriba, qui l'a recruté en tant qu'agent de préfabrication en février 2020, qu'il a prétendu à cet employeur être de nationalité espagnole. Ainsi l'insertion professionnelle de l'intéressé repose pour une part sur des déclarations frauduleuses. Il ne ressort pas, par ailleurs, des pièces versées au débat que la famille des requérants ne pourrait se reconstituer au Maroc dont M. et Mme C ainsi que leurs cinq enfants ont la nationalité, ni que ceux-ci ne pourraient y être scolarisés. Dans ces conditions, les époux C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions de refus de séjour et d'éloignement dont ils font l'objet méconnaissent les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, ils ne sont pas davantage fondés à soutenir que le préfet aurait entaché ces décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article 3 de cet accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ".
8. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui reprend les dispositions de l'article L. 313-14 du même code, n'institue pas une catégorie de titre de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
9. Ainsi qu'il l'a été dit, l'insertion professionnelle de M. C repose pour partie sur des déclarations frauduleuses de l'intéressé. La circonstance que les deux époux soient présents sur le territoire français depuis 2013 et 2016 ne saurait, à elle seule, être regardée comme une considération humanitaire ou un motif exceptionnel de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, M. C et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre du pouvoir de régularisation dont il dispose au bénéfice des ressortissants marocains en refusant de délivrer à M C un titre de séjour portant la mention " salarié ". Il n'a pas davantage commis une telle erreur en refusant aux intéressés de leur délivrer des titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application de l'article L. 435-1 dudit code.
10. En troisième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit et de la possibilité de reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine des intéressés, il ne ressort pas des pièces du dossier que les décisions en litige auraient méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, l'illégalité des refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué à l'encontre des obligations de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
12. En deuxième lieu, M. C fait valoir qu'à la date de la mesure d'éloignement prise à son encontre, il était titulaire d'un titre de séjour espagnol, valable jusqu'au 9 mai 2023, qui lui donnait droit à séjourner sur le territoire espagnol. Il soutient qu'en l'obligeant d'emblée à quitter le territoire français sans lui laisser la possibilité de partir dans l'Etat membre qui lui avait délivré un titre de séjour, alors même qu'il ne constituait pas une menace pour l'ordre public ou la sécurité nationale, le préfet de la Vendée a violé le point 2 de l'article 6 de la directive " retour " du 16 décembre 2008 et l'a privé de la garantie essentielle le protégeant d'un éloignement immédiat à destination du pays dont il possède la nationalité au détriment de son droit au séjour sur le sol d'un Etat membre de l'Union européenne.
13. D'une part, aux termes de l'article 6 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 : " 1. Les État membres prennent une décision de retour à l'encontre de tout ressortissant d'un pays tiers en séjour irrégulier sur leur territoire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 à 5. / 2. Les ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier sur le territoire d'un État membre et titulaires d'un titre de séjour valable ou d'une autre autorisation conférant un droit de séjour délivrés par un autre État membre sont tenus de se rendre immédiatement sur le territoire de cet autre État membre. En cas de non-respect de cette obligation par le ressortissant concerné d'un pays tiers ou lorsque le départ immédiat du ressortissant d'un pays tiers est requis pour des motifs relevant de l'ordre public ou de la sécurité nationale, le paragraphe 1 s'applique. / () ".
14. D'autre part, l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. (). ". En outre, l'article L. 621-2 du même code dispose : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ".
15. Aux termes de l'arrêt du 16 janvier 2018, C-240/17, la Cour de Justice de l'Union européenne a dit pour droit, en son point 46, que : " dans une situation dans laquelle un ressortissant de pays tiers, titulaire d'un titre de séjour délivré par un État membre, est en séjour irrégulier sur le territoire d'un autre État membre, il y a lieu de lui permettre de partir pour l'État membre qui lui a délivré le titre de séjour plutôt que de l'obliger d'emblée à retourner dans son pays d'origine, à moins, notamment, que l'ordre public ou la sécurité nationale ne l'exigent ".
16. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, suite à la décision des autorités espagnoles du 28 mars 2022 d'accepter de réadmettre M. C en Espagne, le préfet de la Vendée a, le 15 avril 2022, informé M. C qu'il envisageait d'édicter à son encontre un arrêté ordonnant sa réadmission dans cet Etat et l'a invité à lui faire part de ses observations quant à cette réadmission. Dans un courrier reçu le 6 mai 2022, M. C a indiqué au préfet son souhait de demeurer en France auprès de son épouse et de ses enfants. Il soutient que le courrier du préfet l'informant de son intention d'édicter un arrêté de réadmission ne saurait être considéré comme une injonction de retour en Espagne au sens du point 2 de l'article 6 de la directive retour, tel qu'interprété par la Cour de Justice de l'Union européenne. En tout état de cause, le préfet de la Vendée, en accordant à M. D un délai de départ volontaire de trente jours, a permis au requérant de partir pour l'Etat membre qui lui avait délivré un titre de séjour et ne l'a pas obligé d'emblée à retourner dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la violation de l'article 6 de la directive retour, cité au point 13, doit dès lors être écarté.
17. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même s'agissant du moyen tiré par les requérants de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions litigieuses sur leur situation personnelle.
18. En quatrième lieu, les mesures d'éloignement en litige n'ont pas pour effet de séparer les requérants de leurs enfants. Il ne ressort pas des pièces versées au débat que l'intérêt supérieur de ces enfants ferait obstacle à ce que cette famille soit éloignée à destination du Maroc dont M. C, son épouse et leurs cinq enfants ont la nationalité. Les requérants ne sont dès lors pas fondés à soutenir que les arrêtés qu'ils contestent méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions fixant un délai de départ volontaire de trente jours :
19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les décisions portant obligation de quitter le territoire ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, M. C et Mme B ne sauraient se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation des décisions fixant le délai de départ volontaire.
20. En deuxième lieu, M. C et Mme B se sont vu accorder le délai de départ de droit commun de trente jours. En se bornant à soutenir que leurs enfants sont scolarisés en France, ils ne font pas état de circonstances de nature à justifier qu'un délai plus long devrait leur être accordé. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
21. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision fixant le délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
22. En premier lieu, les décisions faisant obligation à M. C et Mme B de quitter le territoire français n'étant pas annulées, les intéressés ne sont pas fondés à demander l'annulation par voie de conséquence des décisions désignant le pays de renvoi.
23. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions fixant le pays de destination.
24. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
25. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C et Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés aux litiges :
26. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. C et Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme E B épouse C, au préfet de la Vendée et à Me Kaddouri.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Martin, président,
M. Labouysse, premier conseiller,
Mme Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.
La rapporteure,
N. CARO
Le président,
L. MARTINLa greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
V. Malingre
Nos 2208157-2208158
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026