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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208212

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208212

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPrésident 1 : M. DURUP DE BALEINE - R. 222-13
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 juin 2022, le 25 novembre 2022 et le 2 février 2023, M. B C, représenté par Me Pollono, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui communiquer de manière dématérialisée le dossier de sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de communiquer sous format numérique le dossier demandé, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la requête est recevable eu égard à son objet ;

- le dossier dont la communication a été demandée est un document administratif ;

- quant aux modalités de la communication, le principe est celui du choix du demandeur, conformément à l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet de la Vendée ne propose que la consultation sur place, de sorte que le principe du libre choix du demandeur n'est pas respecté, l'administration n'offrant aucune autre alternative sur l'ensemble des possibilités pourtant prévues par les textes ;

- l'administration a la possibilité technique de numériser le dossier demandé et la seule limite au principe du choix du demandeur est la limite des possibilités techniques de l'administration ;

- l'absence alléguée d'un logiciel de gestion électronique des documents constitue en réalité un prétexte fictif dont le comportement quotidien de l'administration établit l'inexactitude ;

- la demande de déplacement sur place est disproportionnée ;

- le requérant, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, se verrait dans l'obligation de payer pour des frais qui correspondent à une action nécessaire à l'exercice de sa défense ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

Par des mémoires en défense, enregistrés le10 octobre 2022 et le 31 janvier 2023, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, l'administration n'ayant pas refusé la communication du dossier demandé ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 août 202Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A de Baleine en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 4 avril 2023 :

- le rapport de M. A de Baleine, président,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me Pollono, avocate de M. C.

Une note en délibéré, enregistrée le 4 avril 2023, a été présentée par M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a, par un courrier électronique du 18 février 2022, demandé au préfet de la Vendée de lui communiquer, par retour de ce courrier, copie de son entier dossier concernant son séjour en France. Par une décision du 22 février 2022, le préfet a répondu à l'intéressé que ce dossier peut être consulté sur place et dans ses services et, ce faisant, nécessairement refusé de le communiquer sous la forme dématérialisée demandée par M. C. Le préfet a confirmé ce refus le 16 mars 2022, refus dont, le 25 mars 2022, M. C a saisi la Commission d'accès aux documents administratifs, qui a rendu son avis le 12 mai 2022. Le préfet de la Vendée n'a pas, à la suite de cet avis, communiqué le dossier demandé par M. C sous la forme dématérialisée sollicité par ce dernier. De cette circonstance est née, le 25 mai 2022, la décision de refus prévue aux articles R. 343-4 et R. 343-5 du code des relations entre le public et l'administration, laquelle décision est, pour l'application des dispositions du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, une décision administrative susceptible de recours, propre par suite à lier de manière recevable le contentieux devant le juge.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article 15 de la Déclaration de 1789 : " La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration ". Est garanti, par cette disposition, le droit d'accès aux documents administratifs. Il est loisible au législateur d'apporter à ce droit des limitations liées à des exigences constitutionnelles ou justifiées par l'intérêt général, à la condition qu'il n'en résulte pas d'atteintes disproportionnées au regard de l'objectif poursuivi.

3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs. ". Aux termes de l'article L. 300-2 de ce code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. ".

4. Aux termes de l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration : " L'accès aux documents administratifs s'exerce, au choix du demandeur et dans la limite des possibilités techniques de l'administration : / 1° Par consultation gratuite sur place, sauf si la préservation du document ne le permet pas ; / 2° Sous réserve que la reproduction ne nuise pas à la conservation du document, par la délivrance d'une copie sur un support identique à celui utilisé par l'administration ou compatible avec celui-ci et aux frais du demandeur, sans que ces frais puissent excéder le coût de cette reproduction, dans des conditions prévues par décret ; / 3° Par courrier électronique et sans frais lorsque le document est disponible sous forme électronique ; / 4° Par publication des informations en ligne, à moins que les documents ne soient communicables qu'à l'intéressé en application de l'article L. 311-6. ". Aux termes de l'article R. 311-10 du même code : " Lorsqu'un document est détenu par l'une des administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sur un support électronique et que le demandeur souhaite en obtenir copie sur un support identique ou compatible avec celui utilisé par cette administration, celle-ci indique au demandeur les caractéristiques techniques de ce support. Elle lui indique également si le document peut être transmis par voie électronique. ". Selon l'article R. 311-11 de ce même code : " A l'occasion de la délivrance du document, des frais correspondant au coût de reproduction et, le cas échéant, d'envoi de celui-ci peuvent être mis à la charge du demandeur. / Pour le calcul de ces frais sont pris en compte, à l'exclusion des charges de personnel résultant du temps consacré à la recherche, à la reproduction et à l'envoi du document, le coût du support fourni au demandeur, le coût d'amortissement et de fonctionnement du matériel utilisé pour la reproduction du document ainsi que le coût d'affranchissement selon les modalités d'envoi postal choisies par le demandeur. / Les frais autres que le coût de l'envoi postal sont établis dans des conditions fixées par arrêté conjoint du Premier ministre et du ministre du budget. Ils ne peuvent excéder des montants définis dans les mêmes conditions. / L'intéressé est avisé du montant total des frais à acquitter dont le paiement préalable peut être exigé. ".

5. Les dispositions de l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration, non plus que celles de l'article 15 cité au point 2 ci-dessus, ne font pas obligation à l'administration de communiquer sous forme électronique les documents dont elle ne dispose pas déjà sous cette forme, ou de numériser un document disponible sur un support papier.

6. Il résulte de l'instruction que la préfecture de la Vendée détient sur un support papier le dossier concernant le requérant et dont ce dernier a demandé la communication. Dès lors que l'administration ne détenait pas déjà ce document sous forme électronique, les dispositions du 3° de l'article L. 311-9 précité ne lui faisaient pas obligation de le communiquer au requérant par courrier électronique. Alors même qu'elle en aurait eu la possibilité matérielle, elle n'avait pas l'obligation de numériser ce document pour pouvoir le communiquer au requérant sous la forme électronique sollicitée par ce dernier. Il en résulte que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît cet article.

7. Dès lors que le dossier dont le requérant a demandé la communication peut être gratuitement consulté sur place et qu'une copie, sur support papier, peut, aux frais du demandeur, lui en être délivré, le cas échéant par voie épistolaire, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de le numériser à l'effet de le lui communiquer sous une forme dématérialisée, lequel refus n'a en tout état de cause ni porté atteinte à sa " situation personnelle " ni n'a fait obstacle à ce qu'il puisse utilement frapper d'un recours contentieux la décision du préfet de la Vendée du 1er décembre 2021 dont il fait état, serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Les conclusions à fin d'injonction qu'il présente ne peuvent, dans ces conditions, être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pollono.

Copies en seront adressées au préfet de la Vendée et à la Commission d'accès aux documents administratifs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

Le magistrat désigné,

A. A de BALEINELa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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