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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208280

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208280

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGIROUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 juin 2022, le 18 décembre 2022 et le 16 mars 2023, M. H F, M. D C et M. G E, représentés par Me Jean-Meire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2022 par lequel le maire du Croisic a délivré à la société Hicco un permis de construire pour la réhabilitation d'une villa et la construction d'un bâtiment, pour un total de 23 logements, sur la parcelle cadastrée section 49 AT n°21 située au 26 avenue de la Pierre Longue ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Croisic une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-l'avis de l'architecte des Bâtiments de France est insuffisant ;

-le dossier de demande de permis de construire est incomplet en l'absence d'élément quant au traitement des eaux pluviales ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 121-16 du code de l'urbanisme ;

-il porte atteinte aux espaces remarquables du littoral identifiés par le plan local d'urbanisme en méconnaissance des articles L. 123-23 et R. 121-4 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les articles 2.4 et 2.6 du règlement de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine, en ce qui concerne le jardin à recomposer et l'aire de stationnement ;

-il méconnaît l'article UR 2 relatif aux constructions autorisées en zone URb, l'article UR 3, en l'absence d'aire de retournement, l'article UR 4 s'agissant du traitement des eaux pluviales, l'article UR 10 relatif à la hauteur maximale des constructions, ainsi que l'article UR 13 du règlement du plan local d'urbanisme concernant les arbres de haute tige dans l'espace de stationnement ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est incompatible avec les dispositions du plan de prévention des risques littoraux de la presqu'île guérandaise - Saint-Nazaire.

Par un des mémoires en défense, enregistrés le 8 novembre 2022 et le 15 mars 2023, la commune du Croisic, représentée par Me Giroud, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir des requérants ;

- les moyen soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 14 octobre 2022 et le 10 janvier 2023, la société Hicco, représentée par Me Bai, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me Jean-Meire, avocat des requérants,

- les observations de Me Giroud, avocat de la commune du Croisic,

- et les observations de Me Bai, avocat de la société Hicco.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 mai 2022, le maire du Croisic a délivré à la société Hicco un permis de construire pour la réhabilitation d'une villa, dite Villa Mazy, de ses deux dépendances, et la construction d'un bâtiment de logements collectifs, pour un total de 23 logements sur la parcelle cadastrée section AT n°21, située au 26 avenue de la Pierre Longue, et classée en zone URb du plan local d'urbanisme ainsi que dans le secteur balnéaire de l'aire de valorisation de l'architecture et du patrimoine, devenue site patrimonial remarquable, de la commune du Croisic. M. H F, M. D C et M. G E, voisins du terrain d'assiette du projet, demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté et de la décision portant rejet de leur recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne () n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / (). ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet en cours de construction.

4. Les requérants sont propriétaires de maisons d'habitations contiguës au nord du terrain d'assiette du projet. Ils ont ainsi la qualité de voisins immédiats du projet. Par ailleurs, il ressort de la configuration des lieux que le nouveau bâtiment sera visible depuis leur propriété. En outre, compte tenu de l'ampleur du projet de 23 logements, le projet est susceptible d'affecter directement les conditions de jouissance de leurs biens. Dans ces conditions, les requérants justifient d'un intérêt leur donnant qualité à agir en excès de pouvoir contre le permis de construire attaqué.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le dossier de demande de permis de construire :

5. Si les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis de construire serait incomplet, faute de comprendre une étude d'infiltration des sols, un tel document n'est pas exigé pour une demande de permis de construire dont la composition du dossier est limitativement fixée par l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme, dont le dernier alinéa dispose que " aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Il en résulte que les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de l'absence de production d'une telle étude d'infiltration. De surcroît, la société pétitionnaire a en tout état de cause produite une notice hydraulique et un plan de gestion des eaux pluviales, ainsi qu'un plan du bassin de stockage enherbé. Par ailleurs, en tout état de cause, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le dossier de demande de permis comporte mention de la surface de plancher des logements locatifs sociaux créés. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de demande de permis de construire doit être écarté.

En ce qui concerne la consultation de l'architecte des bâtiments de France :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 631-1 du code du patrimoine : " Sont classés au titre des sites patrimoniaux remarquables les villes, villages ou quartiers dont la conservation, la restauration, la réhabilitation ou la mise en valeur présente, au point de vue historique, architectural, archéologique, artistique ou paysager, un intérêt public () ". Aux termes de l'article L. 632-1 de ce code : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. / () L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable ". Aux termes de l'article L. 632-2 du même code : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. () Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. / () le permis de démolir () tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du présent code si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, dans les conditions prévues au premier alinéa du présent I. () ". Aux termes de l'article R. 425-2 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 632-1 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine, dans sa rédaction issue de la loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine : " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords (). / II. (). La protection au titre des abords n'est pas applicable aux immeubles ou parties d'immeubles protégés au titre des monuments historiques ou situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable classé en application des articles L. 631-1 et L. 631-2 ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette est situé au sein d'un site patrimonial remarquable et que le permis de construire attaqué a été délivré après avis favorable de l'architecte des Bâtiments de France émis le 13 avril 2022 en application des dispositions des articles L. 631-1 et L. 631-2 du code du patrimoine. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir du régime de protection au titre des abords de monuments historiques mentionné à l'article L. 621-30 de ce même code. De surcroît, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'architecte des Bâtiments de France n'aurait pas, lors de son examen, pris en compte la présence du monument historique dit du menhir de la Pierre Longue. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère irrégulier de la consultation de l'architecte des Bâtiments de France ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme :

9. Aux termes de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage ou des plus hautes eaux pour les plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement ". Ne peuvent déroger à l'interdiction de toute construction sur la bande littorale des cent mètres que les projets réalisés dans des espaces urbanisés, caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions, à la condition qu'ils n'entraînent pas une densification significative de ces espaces.

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, desservi par l'avenue de la Pierre Longue, est bordé de maisons individuelles, situées au nord, à l'est et à l'ouest, dans la bande littorale de cent mètres, et s'insère dans un espace d'habitat individuel et collectif qui présente un front continu face à la mer et se caractérise par un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte que cet espace, au sein duquel se trouve le projet contesté, est urbanisé au sens des dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme. D'autre part, il ressort du dossier de demande de permis de construire, que le projet autorisé, qui réhabilite le bâtiment existant en y créant 12 logements, prévoit un bâtiment nouveau de 11 logements sur la partie est du terrain d'assiette, au nord de maisons d'habitations existantes, et maintient une surface libre de 3 014 m2, n'est pas de nature à entraîner une densification significative de l'espace urbanisé dont il relève. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne les dispositions de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine :

11. Aux termes de l'article UR 13 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UR : " () Lorsque l'unité foncière est comprise dans le périmètre de l'AVAP, les constructions devront respecter les dispositions particulières du règlement de l'AVAP applicable en plus du présent règlement ". Aux termes du point 2.4 du règlement l'AVAP concernant le secteur balnéaire dans lequel se situe le terrain d'assiette du projet : " tout projet sur la parcelle doit donc être l'occasion de mettre en valeur à la fois le jardin en lui-même (essences remarquables, sujets exceptionnels, vues) et l'architecture qu'il accompagne. Ces espaces ne doivent pas être divisés. Le déboisement et la construction de nouveaux bâtiments principaux (hors extensions et annexes) y sont interdits, à moins qu'un projet global à l'échelle de la parcelle garantisse une insertion et une composition qui mette en valeur le jardin et le ou les édifices protégés(s). Seules des constructions de taille modeste, à savoir des extensions mineures ou des annexes, peuvent être acceptées si elles sont compatibles avec l'esprit du lieu et ne mettent pas en péril la qualité de l'ensemble et la présentation du bâti. () ". Aux termes du point 2.6 de ce règlement : " Le stationnement doit être traité avec le souci de rendre les véhicules les moins perceptibles possibles à partir de l'espace public. La création de nouveaux stationnements privés visibles de l'espace public peut être interdite sur certaines parcelles particulièrement sensibles. Dans l'objectif de mieux intégrer la voiture dans cet environnement, une composition spatiale, un traitement particulier du sol ou/ et des plantations peuvent être imposés. Un maximum de perméabilité des sols doit être assuré. La suppression d'une clôture pour créer un espace de stationnement ouvert sur la rue peut être interdite ".

12. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la création d'un parking de 26 places de stationnement en front de mer le long de l'avenue de la Pierre Longue, accessible depuis cette voie, au sud du jardin du terrain d'assiette identifié par l'AVAP comme un jardin composé ou à recomposer. D'une part, le projet, qui ne comporte aucune division foncière, ne prévoit ni de division du jardin par rapport à l'ensemble architectural des constructions du projet accompagnant ce jardin, ni, de surcroît, de divisions de chacun de ces espaces. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 2.4 du règlement de l'AVAP doit être écarté.

13. D'autre part, la notice architecturale et l'étude paysagère du projet prévoient qu'une haie de tamaris double le muret existant le long de l'avenue de la Pierre longue. Le prolongement de cette haie tout le long de ce muret puis perpendiculairement à l'avenue, jusqu'à l'entrée de l'aire de stationnement, tel qu'il ressort des plans présentés dans la demande de permis, est propre à rendre les véhicules appelés à stationner sur cette aire non visibles ou à peine perceptibles depuis l'espace public et, dans ces conditions, permet de répondre, de façon suffisante, aux dispositions précitées de l'article 2.6 du règlement de l'AVAP. Il en résulte que l'arrêté attaqué, en tant que le projet qu'il autorise, prévoit la réalisation d'un tel aménagement, ne méconnaît pas cet article.

En ce qui concerne les dispositions du plan local d'urbanisme applicables à la zone URb :

14. En premier lieu, selon l'article UR 2 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone URb, les constructions à usage de logements sont autorisées à condition que pour les opérations portant sur la construction ou la réhabilitation de 500 m2 de surface de plancher, au-delà, 25% de la surface créée doit être réalisée sous forme de logements locatifs sociaux. Il ressort du tableau des surfaces de plancher des logements que le projet développant une surface totale de 1 364 m², prévoit une surface de plancher réalisée sous forme de logements sociaux de 342,41 m². Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UR 2 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article UR 3 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone URb, relatives aux règles relatives aux voies créées sur les parcelles pour la desserte des constructions projetées : " Les voies créées sur les parcelles pour desservir les constructions ou les parkings doivent être de dimension suffisante pour répondre, dans des conditions satisfaisantes de confort et de sécurité, aux besoins générés par le programme de construction projeté. Les voies nouvelles destinées à être ouvertes à la circulation doivent avoir une largeur minimale de mètres. Les voies doivent être conçues et aménagées de manière à garantir la sécurité des piétons et des cyclistes. Les voies en impasse doivent être aménagées de telle sorte que les véhicules puissent tourner, notamment les véhicules d'enlèvement des ordures ménagères (voies publiques) et de secours ". Contrairement à ce que soutiennent les requérants, si le projet prévoit une voie suffisante pour la desserte des places de stationnement, il ne crée aucune voie en impasse, qui nécessiterait l'aménagement d'une aire de retournement. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UR 3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article UR 4 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone URb : " Pour le traitement des eaux pluviales doivent être privilégiées les techniques destinées à favoriser la gestion des eaux de pluie à la parcelle : stockage, infiltration, réutilisation pour des usages domestiques. Seul l'excès de ruissellement peut être rejeté dans le réseau public d'eaux pluviales après qu'aient été mises en œuvre, sur la parcelle, des solutions susceptibles d'infiltrer ou de stocker les apports pluviaux dans le respect des prescriptions fixées par le SAGE et par le SCOT. En cas de rejet des eaux pluviales dans le réseau public, le débit de fuite doit être limité à 1l/s/ha (pour des occurrences de pluie allant jusqu'à la pluie décennale). Les eaux issues des surfaces imperméabilisées des parkings et voiries doivent être traitées (débourbées et déshuilées) avant l'infiltration à la parcelle ou rejet dans le réseau public. Cette obligation concerne les parkings d'une taille supérieure à 20 places pour véhicules légers ou 10 places pour véhicules type poids lourds. Toute installation industrielle, artisanale ou commerciale doit être équipée d'un dispositif de traitement des eaux pluviales adapté à l'importance de la nature de l'activité et assurant une protection efficace du milieu naturel ".

17. Il ressort des pièces du dossier que le projet, qui est assorti d'une étude hydraulique, prévoit la réalisation d'un bassin enherbé à sec, équipé d'une vanne de fermeture d'un dispositif de fuite dont le débit est gal à 1 l/s/ha, ainsi que de trois puisards d'infiltration, pour la gestion des eaux pluviales. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en l'absence de production d'une étude d'infiltration qui ne pouvait être exigée par les services instructeurs de la demande de permis de construire, l'arrêté attaqué méconnaîtrait l'article UR 4 précité.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article UR 10 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone URb : " () Dans une bande de 50 mètres mesurée de part et d'autre de la route du Tour de Cote (RD45) la hauteur est fixée à 3,50 mètres à l'égout du toit, soit un rez-de-chaussée et des combles, les combles pouvant être habitables sur un seul niveau. ". Aux termes du lexique du règlement : " Le comble est constitué de l'espace compris entre le plancher haut et la toiture d'un bâtiment ".

19. Il ressort des pièces du dossier que le nouveau bâtiment D situé à l'ouest du terrain d'assiette est inclus dans la bande de 50 mètres mesurée à partir de la route départementale RD45. Il ressort du plan de coupe AA que ce bâtiment, d'une hauteur de 3,05 mètres à l'égout du toit, présente un toit à deux pentes. L'angle entre les versants du toit et le plancher du dernier niveau est de 45°, et la hauteur au droit des façades entre ce plancher et l'égout du toit est inférieure à un mètre. L'espace aménagé au-dessus du rez-de-chaussée, présentant des ouvertures en chien-assis percées dans la toiture, est d'une hauteur de 1,80 mètre et séparé du faîte de la toiture par une couche d'isolant dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il s'agirait également d'un plancher haut au sens du règlement du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, en dépit des mentions contradictoires de la notice faisant état d'un bâtiment D en R+1, ce bâtiment est composé, au vu des plans, d'un rez-de-chaussée surmonté d'un seul niveau habitable sous les pentes du toit, qui constituent un comble au sens du règlement du plan local d'urbanisme. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UR 10 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

20. En cinquième lieu, aux termes de l'article UR 13 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone URb : " Les aires de stationnement doivent être plantées à raison d'un arbre de haute tige au moins pour deux places ".

21. Il ressort des pièces du dossier que, si le projet prévoit la plantation de 13 arbres de haute tige pour l'aménagement de 26 places de stationnement, la notice paysagère comme le plan de masse localisent ces arbres, non sur les aires de stationnement, en particulier entre elles, mais, sur le pourtour de l'espace dévolu à ces 26 places. En particulier, la notice paysagère indique que le talus séparant cette aire du reste du jardin sera planté " de petites cépées (ex Fusain, Pittosporium) et que seront plantés à la limite nord-est de cette aire des " plantations arbustives en massifs ". Un tel aménagement ne permet pas d'assurer la plantation des aires de stationnement. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le permis de construire attaqué méconnaît les dispositions de l'article UR 13 du règlement du plan local d'urbanisme.

En ce qui concerne le moyen tiré d'uneerreur de droit :

22. Lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation.

23. Les requérants soutiennent que l'annexe accolée au nord-ouest de la Villa Mazy, de plus de 20 m2, et dont le projet prévoit la modification par la construction en rez-de-chaussée de deux logements, aurait été édifiée sans autorisation d'urbanisme. Toutefois, cette annexe a fait l'objet d'un permis de construire délivré le 25 avril 1986. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ne ressort pas des pièces du dossier que le bâti existant ne correspondrait pas dans son intégralité aux travaux autorisés par ce permis de construire. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux autorisés par l'arrêté attaqué sur cette annexe porteraient sur une construction édifiée sans autorisation ou en méconnaissance de ce permis de construire.

En ce qui concerne la préservation des espaces remarquables du littoral :

24. Dès lors que le terrain d'assiette du projet est classé en zone URb du plan local d'urbanisme de la commune, les seuls travaux intervenant en zone Na résident dans le raccordement du projet au réseau de distribution d'électricité enterré le long de l'avenue de la Pierre Longue, classée en zone Na du plan local d'urbanisme dont il n'est pas établi qu'ils porteraient atteinte aux espaces remarquables identifiés par le PLU. Dans ces conditions, les requérants ne sont en tout état de cause pas fondés à soutenir que le permis de construire délivré méconnaîtrait les dispositions du règlement du PLU applicables à cette zone, ainsi que les articles L. 121- 23 et R. 121-4 du code de l'urbanisme relatifs aux espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral ainsi qu'aux milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques.

En ce qui concerne le plan de prévention des risques littoraux de la presqu'île guérandaise :

25. Si les requérants font valoir que le raccordement du projet au réseau de distribution d'électricité impliquerait des travaux d'affouillement et d'enfouissement non autorisés par le règlement du plan de prévention des risques littoraux de la presqu'île guérandaise, il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux d'extension du réseau enfoui d'électricité existant pour le raccordement au projet qui est situé en dehors des zone ERC et BC de ce plan, seraient en tout état de cause contraires au règlement de celui-ci. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de sa méconnaissance.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont seulement fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article UR 13 du règlement du plan local d'urbanisme.

27. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

28. Il résulte de ce qui précède que la méconnaissance de l'article UR 13 du règlement du plan local d'urbanisme affecte une partie identifiable du projet de construction autorisée, résidant dans l'absence de plantation des aires de stationnement à raison d'au moins un arbre de haute tige pour deux places, et peut être régularisée par un permis de construire qui n'apporterait pas au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Il y a lieu, en conséquence, de limiter à cette partie l'annulation de l'arrêté attaqué. Il y a lieu de fixer à trois mois à compter de la notification du présent jugement le délai dans lequel la société Hicco pourra, en application des dispositions précitées, en demander la régularisation.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge des requérants, qui n'ont pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, les sommes que la commune du Croisic et la société Hicco demandent au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Croisic le versement aux requérants de la somme globale de 1 500 euros à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 mai 2022 portant délivrance d'un permis de construire est annulé en tant qu'il méconnaît les dispositions de l'article UR 13 du règlement du plan local d'urbanisme.

Article 2 : La société Hicco dispose d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement pour présenter une demande de permis de construire de régularisation.

Article 3 : La commune du Croisic versera la somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. H F, à M. D C, à M. G E, à la commune du Croisic et à la société Hicco.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

S. B

Le président,

A. A DE BALEINELa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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