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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208356

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208356

lundi 10 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208356
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantCESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juin 2022, Mme B C, représentée par Me Cesse, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 3 juin 2022 par lesquelles le préfet de la Sarthe l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office à défaut de se conformer à cette obligation ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe à titre principal de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler ou à titre subsidiaire de réexaminer sa situation et de lui délivrer le temps de cet examen une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la compétence du signataire n'est pas justifiée ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation particulière ;

- le droit d'être entendu avant l'édiction d'une décision défavorable, découlant de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;

- la décision est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ; elle justifie de circonstances exceptionnelles permettant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ; la décision méconnait l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la compétence du signataire n'est pas justifiée ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête de Mme C.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit

1. Mme B C, ressortissante érythréenne née en janvier 1981, est entrée en France en juillet 2021. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 janvier 2022. Son recours contre la décision de l'Ofpra a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 mai 2022. Par des décisions du 3 juin 2022, le préfet de la Sarthe l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office à défaut de se conformer à cette obligation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".L'article L. 612-1 du même code dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

3. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet de la Sarthe, par M. D A, directeur de la citoyenneté et de la légalité. Par un arrêté du 19 avril 2022, régulièrement publié, le préfet de la Sarthe a donné une délégation à M. A pour signer notamment les arrêtés entrant dans le cadre de la direction de la citoyenneté et de la légalité. L'article 1er de cette délégation précise que la délégation s'étend aux décisions dans un certain nombre de matières énumérées dont, pour le bureau du droit au séjour, les " arrêtés portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai " et les " arrêtés et décisions portant fixation du pays de renvoi ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 3 juin 2022 manque donc en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". La décision du 3 juin 2022 obligeant Mme C à quitter le territoire français comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision manque donc en fait et doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté du 3 juin 2022 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Sarthe n'aurait pas procédé à un examen de la situation de Mme C.

6. En quatrième lieu, dans le cas prévu au 4° du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision faisant obligation de quitter le territoire français fait suite au constat de ce que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou de ce que celui-ci ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L.542-2 du même code, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande d'asile à l'occasion de laquelle l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié ou accordé le bénéfice de la protection subsidiaire et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, laquelle doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Mme C qui, au demeurant, ne pouvait ignorer que, depuis le rejet devenu définitif de sa demande d'asile, elle était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, n'établit ni même n'allègue qu'elle aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'elle ait été empêchée de présenter des observations avant que ne soit prise la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu qu'elle tient du principe général du droit de l'Union européenne, tel qu'il est notamment exprimé à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

7. En cinquième lieu, il n'est pas contesté que la demande d'asile de Mme C a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 mai 2022. Dans ces conditions, l'intéressée, qui n'est pas par ailleurs titulaire d'un titre de séjour, entrait bien dans le champ d'application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions n'est pas fondé et doit être écarté.

8. En sixième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Il en résulte que Mme C ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français alors qu'elle n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article. Les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacherait l'obligation de quitter le territoire français contesté en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile doivent donc être écartés.

9. En septième lieu, l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée en France en juillet 2021, moins d'un an avant la décision contestée, après avoir vécu jusqu'à l'âge de quarante ans dans son pays d'origine. Elle ne fait état d'aucune attache familiale ou privée sur le territoire français où elle n'a vécu qu'environ onze mois en qualité de demandeur d'asile. Dans ces conditions, en obligeant Mme C à quitter le territoire français, le préfet de la Sarthe n'a pas porté une atteinte excessive à son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, le préfet de la Sarthe n'a apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de Mme C.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes de l'article L. 612-12 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 que Mme C n'est pas fondée à invoquer, à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement, l'illégalité de la décision par laquelle le préfet de la Sarthe l'a obligée à quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au 3 du jugement.

14. En troisième lieu, la décision fixant le pays de destination, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation manque donc en fait et doit être écarté.

15. En quatrième lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacheraient cette décision ne sont pas assorties des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

16. En dernier lieu, l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Mme C dont la demande d'asile a été définitivement rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 mai 2022 n'apporte aucune précision quant à la nature des risques qu'elle encourrait en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées pour Mme C doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Cesse et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 202La magistrate désignée,

M. E

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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