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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208675

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208675

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208675
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCHAUTEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022, M. B A, représenté par

Me Schauten, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure : l'absence de production de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne permet pas de s'assurer de sa régularité, il n'est pas établi le rapport médical devant être réalisé par le médecin rapporteur ait été réalisé et communiqué au collège de médecins de l'OFII avant leur délibération sur son état de santé ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen en ce que le préfet n'a pas examiné sa demande sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

25 juillet 2022.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rimeu a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 2000, demande l'annulation de l'arrêté du 2 mai 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les éléments de droit dont il fait application et notamment le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise également les éléments déterminants qui ont conduit le préfet de Maine-et-Loire à refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. A, notamment le contenu de l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 9 mars 2022, ainsi que ses conditions d'entrée et de séjour en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort des pièces du dossier ni que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A avant de prendre l'arrêté attaqué, ni que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée au regard de l'avis de l'OFII du 9 mars 2022.

4. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, lequel avait fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis du 9 mars 2021, n'a pas sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais seulement demandé la protection contre l'éloignement prévue par le 9° de l'article L. 611-3 du même code. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en examinant pas sa demande sur le fondement de cet article l'article L. 425-9.

5. En cinquième lieu, dès lors que M. A n'avait pas sollicité son admission au séjour mais seulement une protection contre l'éloignement, la commission du titre de séjour n'avait, en tout état de cause, pas à être saisie.

6. En sixième lieu, aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 611-2 du même code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () "

7. Selon l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

8. D'une part, le préfet de Maine-et-Loire produit l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII relatif à l'état de santé de M. A. Il ressort des pièces du dossier que cet avis du

9 mars 2022 a été rendu par trois médecins du service médical de l'OFII. Par ailleurs, il est établi que le médecin ayant rédigé le rapport médical du requérant n'était pas au nombre des médecins formant ce collège. Cet avis mentionne que le collège des médecins de l'OFII a émis cet avis

" après en avoir délibéré ". Il est en outre revêtu des signatures des trois membres de ce collège. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de l'avis du 9 mars 2022 doit, en toutes ses branches, être écarté.

9. D'autre part, les pièces produites par M. A, si elles établissent le caractère inéluctable de la maladie génétique dont il est atteint, ne permettent pas de remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'OFII, que le préfet s'est approprié, selon laquelle le défaut de prise en charge médicale de M. A ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Enfin, si M. A soutient que sa compagne vit en France, où elle a déposé une demande de titre de séjour, et que le couple a un enfant né en 2020, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, le couple, qui est de même nationalité, ne pourrait pas vivre ensemble dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet Maine et Loire du 2 mai 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Schauten.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La présidente,

S. RIMEUL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

X. JEGARD

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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