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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208696

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208696

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantSCP ATLANTIQUE AVOCATS ASSOCIES (SAINT-HERBLAIN)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 6 juillet 2022 et 17 mars 2023, M. C A, représenté par Me Salquain, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 juin 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour et de le munir, dans l'attente, d'un récépissé valant autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 20 janvier 1994, déclare être entré en France le 5 mai 2013. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 31 mars 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 5 octobre 2015. Il a bénéficié d'un titre de séjour valable jusqu'au 15 mars 2022 en qualité de parent de deux enfants français, nés les 28 décembre 2017 et 15 décembre 2020. Il a sollicité le renouvellement de ce titre auprès du préfet de la Loire-Atlantique qui a rejeté sa demande par une décision du 16 juin 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai et lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 11 avril 2022, régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé à Mme B D, attachée, cheffe du bureau du séjour, signataire de l'arrêté attaqué, une délégation à l'effet de signer, notamment, tout acte ou décision relatifs aux attributions de l'Etat dans ce département, à certaines exceptions limitativement énumérées au rang desquelles ne figurent pas les décisions attaquées de refus de séjour et d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. Cette obligation ne cesse "de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ". En enfin, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE "".

4. D'une part, pour refuser de faire droit à la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A en qualité de parent d'enfants français, le préfet de la Loire-Atlantique s'est notamment fondé sur l'absence de contribution effective du requérant à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et sur la circonstance qu'il ne justifie pas avoir créé des liens affectifs et effectifs avec ces derniers. Pour contester cette décision, M. A soutient qu'il effectue régulièrement des virements bancaires destinés à l'entretien de ses deux enfants, nés en 2017 et 2020, et produit à cet égard des justificatifs d'achats de vêtements et de jouets, des relevés bancaires, des récépissés de demandes de virement ainsi que les copies de ses bulletins de salaire. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, par un jugement du 10 juin 2021, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Nantes, saisi par la mère de ses enfants dont il est désormais séparé, a déchu M. A de l'autorité parentale, lui a interdit d'entrer en contact avec son ex conjointe, lui a fait obligation de quitter le domicile familial et lui a donné la possibilité de voir ses enfants dans un lieu neutre. En outre, si le requérant soutient voir régulièrement ses enfants et être retourné en Guinée avec eux pendant deux mois durant l'été 2022, il produit seulement, à l'appui de ses allégations, des billets d'avion sur lesquels ne figure pas son nom. Par conséquent, les éléments produits sont insuffisants pour justifier d'une contribution effective à l'entretien et à leur éducation de ses enfants, notamment depuis son départ contraint du domicile familial.

5. D'autre part, le préfet de la Loire-Atlantique a également fondé sa décision sur la circonstance que M. A représentait une menace à l'ordre public dès lors que l'intéressé a été condamné à deux reprises pour des faits récents, répétés et d'une certaine gravité. Il ressort des pièces du dossier que M. A a en effet été condamné une première fois le 2 juin 2021 à une peine d'emprisonnement de deux mois avec sursis pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivis d'incapacité n'excédant pas huit jours avec l'obligation d'accomplir un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple et sexistes. Il a été condamné une seconde fois, le 28 juillet 2021, à une peine d'emprisonnement d'une durée d'un an et trois mois dont neuf mois avec sursis probatoire pendant deux ans, également pour des faits de violence suivis d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un enfant mineur, par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et survenus le 26 juillet 2021, pour des faits de violence sans incapacité par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité survenus le 12 avril 2021, pour des faits de violence suivis d'incapacité n'excédant pas huit jours, par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité survenus le 28 décembre 2020 et le 2 février 2021, ainsi que pour non-respect d'obligation ou interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection d'une victime de violences familiales ou de menace de mariage forcé survenus du 30 juin 2021 au 26 juillet 2021. Compte tenu de la nature, de la gravité et du caractère réitéré des infractions commises par le requérant, comme du caractère encore récent de certaines, le préfet de la Loire-Atlantique a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public et, pour cette raison, lui refuser la délivrance du titre de séjour en qualité de parent d'enfant français prévu à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce, alors même que l'intéressé a exécuté ses condamnations et a réalisé un stage de responsabilisation pour auteur de violences conjugales, un tel comportement étant celui normalement attendu d'une personne condamnée à une telle peine d'emprisonnement et à une telle obligation de réparation et ne suffisant pas, eu égard en particulier à la réitération des infractions commises par l'intéressé, à écarter toute menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées au point 3 ni qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En outre, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, célibataire, est arrivé en France à l'âge de dix-neuf ans, qu'il est présent depuis dix ans sur le territoire français et qu'il est le père de deux enfants français nés les 28 décembre 2017 et 15 décembre 2020. Au titre de son intégration professionnelle, il produit des attestations de travail pour des missions réalisées entre mai 2019 et mars 2022 dans des entreprises de découpe de viande. Toutefois, M. A a fait l'objet de condamnations pour des faits de violences conjugales sur la mère de ses enfants. Eu égard tant à la gravité des faits pour lesquels M. A a été condamnés qu'à leur caractère répété et récent, le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public justifiant que le préfet ait pu légalement lui refuser le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfants français sans méconnaître les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4, concernant l'absence de contribution du requérant à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, la décision attaquée ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de ces derniers. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. La décision attaquée n'est pas davantage entachée d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Bertrand Salquain.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELON

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILIN

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

cc

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