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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208772

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208772

mercredi 8 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantPOINSIGNON

Résumé IA

La décision concerne un recours en excès de pouvoir formé par la société Eqiom SAS devant le Tribunal Administratif de Nantes, visant à annuler la décision ministérielle du 11 mai 2022 ayant refusé l'autorisation d'un licenciement économique d'un salarié protégé. Le tribunal a rejeté la requête de l'entreprise, considérant que la ministre du travail était compétente pour retirer la décision implicite de rejet du recours hiérarchique et pour réexaminer le dossier, et que les moyens soulevés par la société (tardiveté, violation du contradictoire, réalité du motif économique) n'étaient pas fondés. Les textes appliqués sont principalement l'article R. 2422-1 du code du travail et l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 juillet 2022, 30 novembre 2022 et 29 juin 2023, la société Eqiom SAS, représentée par Me Leleu-Eté, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 11 mai 2022 par laquelle la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion a retiré la décision de rejet du recours hiérarchique formé par M. B... A..., annulé la décision du 9 septembre 2021 de l’inspectrice du travail autorisant le licenciement de ce dernier, et a refusé d’autoriser ce licenciement pour motif économique ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’illégalité dès lors qu’elle est tardive :
- elle est entachée d’illégalité dès lors qu’elle est fondée sur des pièces sollicitées plus de quatre mois après que le recours hiérarchique de M. B... A... a été formé ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors que seules les pièces produites par M. A... au soutien de son recours hiérarchique ont été transmises à l’entreprise, et qu’elle n’a pas été destinataire des pièces complémentaires éventuellement transmises par l’intéressé ultérieurement ;
- la ministre du travail a méconnu son obligation d’informer le tribunal qu’elle souhaitait proroger le délai imparti pour produire ses observations, qu’elle était en cours d’étude du dossier et qu’elle entendait prendre une décision explicite :
- la réalité du motif économique du licenciement de M. A..., fondé sur la sauvegarde de la compétitivité de l’entreprise, est établie ;
- les dispositions applicables en matière d’ordre des licenciements n’ont pas été méconnues ;
- la décision attaquée est entachée d’illégalité dès lors que la société n’a pas méconnu son obligation de reclassement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7 septembre 2022 et 31 juillet 2025, M. B... A..., représenté par Me Poinsignon, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit statué sur les frais et les dépens.

Il fait valoir que :
- la réalité du motif économique de son licenciement n’est pas établie ;
- l’administration ne pouvait légalement autoriser son licenciement dès lors que la société Eqiom SAS a méconnu les critères d’ordre des licenciements ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2025, la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Eqiom SAS ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Bernard,
- les conclusions de M. Cormier, rapporteur public,
- et les observations de Me Larmat, substituant Me Leleu-Eté, représentant la société Eqiom SAS.


Considérant ce qui suit :


La société Eqiom SAS est une filiale française du groupe CRH, spécialisée dans les matériaux et produits de construction. M. A... a été recruté le 2 novembre 2012 par la société Holcim, devenue Eqiom SAS, aux termes d’un contrat de travail à durée déterminée puis d’un contrat à durée indéterminée, comme ouvrier, en qualité d’opérateur au sein de centre de broyage de Grand-Couronne (Seine-Maritime). Il a par ailleurs la qualité de salarié protégé au titre de son mandat de membre titulaire du comité social et économique (CSE) de cet établissement. Dans le cadre de la réorganisation de son activité « ciment », la société Eqiom SAS a suspendu l’activité de production et supprimé l’ensemble des postes de son site de Grand-Couronne. Le 12 juillet 2021, après avoir convoqué M. A... à un entretien préalable qui s’est déroulé le 1er juin 2021 et avoir recueilli le 21 juin 2021 un avis défavorable du CSE, la société Eqiom SAS a sollicité l’autorisation de licencier l’intéressé pour motif économique. Par une décision du 9 septembre 2021, l’inspectrice du travail de l'unité de contrôle n°2 du département de la Seine-Maritime a accordé cette autorisation. Par courrier du 5 octobre 2021, M. A... a formé contre cette décision un recours hiérarchique, reçu le 11 octobre 2021, qui a été rejeté par une décision implicite née le 11 février 2022. Par une décision du 11 mai 2022, dont la société Eqiom SAS demande l’annulation, la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion a, d’une part, retiré sa décision implicite rejetant le recours hiérarchique formé par M. A..., d’autre part, annulé la décision de l’inspectrice du travail du 9 septembre 2021, et, enfin, refusé d’autoriser le licenciement de M. A....

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article R. 2422-1 du code du travail : « Le ministre chargé du travail peut annuler ou réformer la décision de l'inspecteur du travail sur le recours de l'employeur, du salarié ou du syndicat que ce salarié représente ou auquel il a donné mandat à cet effet. / Ce recours est introduit dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de l'inspecteur. / Le silence gardé pendant plus de quatre mois sur ce recours vaut décision de rejet. ». Aux termes de l’article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : « L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ».

En vertu des dispositions précitées de l’article R. 2422-1 du code du travail, le ministre chargé du travail peut annuler ou réformer la décision de l’inspecteur du travail sur le recours de l’employeur, du salarié ou du syndicat que ce salarié représente. Un silence gardé pendant plus de quatre mois par le ministre sur un tel recours vaut décision de rejet. Toutefois, en application de l’article L. 242-1 du code des relations entre le public et l’administration, le ministre peut, par une décision expresse prise dans le délai de quatre mois, retirer sa décision implicite de rejet si celle-ci est illégale et faire droit au recours hiérarchique par une décision expresse.

Il ressort des pièces du dossier que le recours hiérarchique de M. A... a été reçu le 11 octobre 2021. En l’absence de décision expresse, le rejet implicite de ce recours est, en application des dispositions de l’article R. 2422-1 du code du travail, intervenu le 11 février 2022. Le délai de quatre mois prévu par les dispositions de l’article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration n’était, par suite, pas expiré le 11 mai 2022, date à laquelle la ministre du travail a statué expressément sur ce recours en prenant la décision attaquée. Par suite, la société Eqiom SAS n’est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle la ministre a retiré sa décision implicite rejetant le recours hiérarchique de M. A... est illégale du fait de la tardiveté de ce retrait.

En deuxième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits (…) ». Aux termes de l’article L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. »

Il résulte de ces dispositions qu’il appartient à l’autorité administrative compétente pour adopter une décision individuelle entrant dans leur champ de mettre elle-même la personne intéressée en mesure de présenter des observations. Il en va de même, à l’égard du bénéficiaire d’une décision, lorsque l’administration est saisie par un tiers d’un recours gracieux ou hiérarchique contre cette décision. Ainsi, le ministre chargé du travail, saisi sur le fondement des dispositions de l’article R. 2422-1 du code du travail, d'un recours contre une décision autorisant ou refusant d’autoriser le licenciement d'un salarié protégé, doit mettre le tiers au profit duquel la décision contestée a créé des droits – à savoir, respectivement, l’employeur ou le salarié protégé – à même de présenter ses observations, notamment par la communication de l’ensemble des éléments sur lesquels le ministre entend fonder sa décision. Cette obligation revêt le caractère d’une garantie pour le tiers au profit duquel la décision contestée a créé des droits. Il en est de même lorsque l’administration, après avoir rejeté implicitement le recours, retire ladite décision implicite de rejet, qui est créatrice de droits, et fait droit audit recours.

D’autre part, lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre compétent doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision.

La société Eqiom SAS soutient que l’administration a entaché sa décision d’illégalité en sollicitant d’elle la production de pièces par courrier du 16 mars 2022, dès lors qu’aucune disposition réglementaire ne permettrait au ministre chargé du travail de solliciter la transmission de pièces et d’éléments complémentaires postérieurement à la naissance d’une décision implicite de rejet du recours hiérarchique dirigé contre une décision de l’inspecteur du travail. Alors au demeurant que la société requérante ne précise pas les dispositions qui auraient été ainsi méconnues, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que par son courrier du 16 mars 2022, la ministre chargée du travail, en invitant la société Eqiom SAS à présenter ses observations avant de retirer par la décision attaquée sa décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé par M. A..., s’est seulement conformée aux dispositions citées au point 5, dans les conditions mentionnées aux points 6 et 7. Par suite, le moyen doit être écarté.

En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la ministre chargée du travail aurait omis de communiquer à la société Eqiom SAS des éléments sur lesquels elle entendait fonder sa décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

En quatrième lieu, si la société Eqiom SAS soutient que la ministre chargée du travail a méconnu son obligation d’informer le tribunal qu’elle souhaitait proroger le délai imparti pour produire ses observations, était en cours d’étude du dossier et entendait prendre une décision explicite, elle n’assortit pas le moyen des précisions nécessaires pour permettre d’en apprécier le bien-fondé.

En cinquième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour retirer sa décision implicite rejetant le recours hiérarchique formé par M. A..., annuler la décision de l’inspectrice du travail du 9 septembre 2021 et refuser d’autoriser le licenciement sollicité, la ministre chargée du travail s’est fondée sur le motif tiré de ce que la société Eqiom SAS ne peut être regardée comme ayant satisfait à son obligation de reclassement. Dans ces conditions, la société Eqiom SAS ne peut utilement se prévaloir de ce que la réalité du motif économique du licenciement de M. A... est établie, dès lors que la décision attaquée n’est pas fondée sur ce motif. Par suite, le moyen doit être écarté.

En sixième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour établir que la société Eqiom SAS ne peut être regardée comme ayant satisfait à son obligation de reclassement, la ministre chargée du travail a considéré, d’une part, que l’entreprise n'est pas en mesure de justifier de la recherche des postes disponibles au sein de l’ensemble des entreprises du groupe CRH présentes sur le territoire national, d’autre part, que la liste des postes disponibles au sein de la SAS Eqiom, de la SAS Eqiom Bétons et de la SAS Eqiom Granulats portée à la connaissance de M. A... ne répond pas aux conditions légales en raison de l’absence des mentions relatives au niveau de rémunération, au descriptif du poste, aux critères de départage et au délai de présentation de la candidature écrite, et, enfin, que le courrier du 23 août 2021 par lequel la société Eqiom SAS a proposé un poste à M. A... ne peut être regardé comme satisfaisant à l'obligation personnalisée de reclassement dès lors qu’il ne mentionne pas l’ensemble des postes disponibles correspondant aux compétences du salarié. Dans ces conditions, la société Eqiom SAS ne peut utilement se prévaloir de ce qu’elle n’a pas méconnu l’ordre de reclassement, dès lors que la décision attaquée n’est pas fondée sur ce motif. Par suite, le moyen doit être écarté.

En septième lieu, aux termes de l’article L. 1233-4 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : « Le licenciement pour motif économique d'un salarié ne peut intervenir que lorsque tous les efforts de formation et d'adaptation ont été réalisés et que le reclassement de l'intéressé ne peut être opéré sur les emplois disponibles, situés sur le territoire national dans l'entreprise ou les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. / (…) L'employeur adresse de manière personnalisée les offres de reclassement à chaque salarié ou diffuse par tout moyen une liste des postes disponibles à l'ensemble des salariés, dans des conditions précisées par décret. / Les offres de reclassement proposées au salarié sont écrites et précises. ».

Aux termes de l’article D. 1233-2-1 du même code, dans sa rédaction résultant du décret du 21 décembre 2017 relatif à la procédure de reclassement interne sur le territoire national en cas de licenciements pour motif économique : « I.- Pour l'application de l'article L. 1233-4, l'employeur adresse des offres de reclassement de manière personnalisée ou communique la liste des offres disponibles aux salariés, et le cas échéant l'actualisation de celle-ci, par tout moyen permettant de conférer date certaine. / II.- Ces offres écrites précisent : / a) L'intitulé du poste et son descriptif ; / b) Le nom de l'employeur ; / c) La nature du contrat de travail ; / d) La localisation du poste ; / e) Le niveau de rémunération ; / f) La classification du poste. / III.- En cas de diffusion d'une liste des offres de reclassement interne, celle-ci comprend les postes disponibles situés sur le territoire national dans l'entreprise et les autres entreprises du groupe dont l'entreprise fait partie. / La liste précise (…) le délai dont dispose le salarié pour présenter sa candidature écrite. / Ce délai ne peut être inférieur à quinze jours francs à compter de la publication de la liste, sauf lorsque l'entreprise fait l'objet d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire. / Dans les entreprises en redressement ou liquidation judiciaire, ce délai ne peut être inférieur à quatre jours francs à compter de la publication de la liste. / L'absence de candidature écrite du salarié à l'issue du délai mentionné au deuxième alinéa vaut refus des offres. ».

En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d’une protection exceptionnelle dans l’intérêt de l’ensemble des travailleurs qu’ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l’inspecteur du travail. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est fondée sur un motif de caractère économique, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si la situation de l'entreprise justifie le licenciement du salarié, en tenant compte notamment de la nécessité des réductions d'effectifs envisagées et de la possibilité d'assurer le reclassement du salarié.

Pour apprécier si l’employeur a satisfait à son obligation en matière de reclassement, l’autorité administrative doit s’assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu’il a procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié protégé, tant au sein de l’entreprise que dans les entreprises du groupe auquel elle appartient, ce dernier étant entendu, à ce titre, comme les entreprises dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation permettent, en raison des relations qui existent avec elles, d’y effectuer la permutation de tout ou partie de son personnel, en tenant compte de l’ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment de ce que les recherches de reclassement ont débouché sur des propositions précises de reclassement, de la nature et du nombre de ces propositions, ainsi que des motifs de refus avancés par le salarié.

Il résulte des dispositions des articles L. 1233-4 et D. 1233-2-1 du code du travail citées aux points 2 et 3 que l’autorité administrative doit, au titre de son contrôle de la précision des offres de reclassement, s’assurer que celles-ci comportent l’ensemble des mentions prévues au II de cet article D. 1233-2-1 et, lorsque l’employeur communique une liste des postes disponibles aux salariés, que ces mentions sont aisément accessibles.

Il est constant que la société Eqiom SAS appartient au groupe CRH, lequel détient également les entreprises Stradal et « l’Industrielle du Béton » (IB) établies en France. D’une part, pour établir qu’elle n’a pas méconnu son obligation de reclassement en ne recherchant pas si des postes disponibles au sein des sociétés Stradal et IB pouvaient être proposés à M. A..., la société Eqiom SAS soutient que les activités de ces entreprises n’assuraient pas la permutation de tout ou partie de son personnel. Pour l’établir, la société Eqiom se borne toutefois à produire trois fiches de postes existant au sein des sociétés Stradal et IB pour des emplois d’« agent de préfabrication », d’« agent de précontrainte », et de « conducteur de centrale », et à soutenir que les postes d’« opérateur de production » offerts par ces entreprises ne peuvent être occupés par un opérateur de production exerçant au sein de la société Eqiom SAS sans une formation complète et spécifique. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la société Eqiom SAS, la société Stradal et la société IB agissent toutes trois, au sein du groupe CRH spécialisé dans la production et le commerce de matériaux de construction, dans le secteur des « produits lourds », et que, au sein de ce secteur, la société Eqiom SAS produit et commercialise des matériaux de construction, notamment des ciments, granulats et bétons, quand les sociétés Stradal et IB produisent des éléments préfabriqués en béton. Dans ces conditions, à supposer même que les sociétés Stradal, IB interviendraient dans des secteurs différents de celui de la société Eqiom SAS, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’activité de ces entreprises du groupe CRH ne se prêtait pas à la permutation, au sens des dispositions de l’article L. 1233-4 du code du travail citées au point 13, du personnel licencié par la société Eqiom SAS.

D’autre part, il ressort des pièces du dossier, et il par ailleurs constant, que si M. A... a pu prendre connaissance de listes de postes disponibles au sein de la société Eqiom SAS et de ses filiales, ces listes ne comportaient pas les mentions obligatoires en application des dispositions de l’article D. 1233-2-1 du code du travail cité au point 14 relatives au niveau de rémunération, au descriptif du poste, aux critères de départage et au délai de présentation de la candidature écrite. La société Eqiom SAS soutient cependant qu’elle aurait pu, sans méconnaître son obligation de reclassement, ne proposer à M. A... aucun des postes disponibles dans ses filiales, dès lors que la permutation des personnels entre elle et ces sociétés était impossible. Il ressort des pièces du dossier que la société Eqiom SAS organise son activité en distinguant la « branche ciment », comprenant notamment le centre de broyage au sein duquel M. A... était employé, des branches « granulats » et « béton prêt à l’emploi », respectivement confiées à ses filiales Eqiom Granulats SAS et Eqiom Bétons SAS. Toutefois, alors que la société Eqiom SAS se borne à soutenir que ces sociétés relèvent d’autres activités et d’une autre convention collective que la sienne, et que l’activité de broyage pour la production de ciment à laquelle était employé M. A... est très spécialisée, il ne ressort pas des pièces du dossier que l’activité de ses filiales ne se prêtait pas à la permutation du personnel licencié par la société Eqiom SAS.

Par suite, en se bornant à proposer à M. A... une unique offre individualisée sans avoir sollicité les sociétés Stradal et IB pour savoir si elles étaient en mesure de lui offrir d’autres possibilités de reclassement, et à porter à sa connaissance une liste de postes disponibles au sein de ses filiales ne comportant pas les mentions rendues obligatoires par les dispositions citées au point 14, la société Eqiom SAS n’a pas procédé à une recherche sérieuse des possibilités de reclassement du salarié protégé et le moyen doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par la société Eqiom SAS doivent être rejetées.

Sur les dépens :

22. Aux termes de l’article R. 761-1 du code de justice administrative : « Les dépens comprennent les frais d’expertise, d’enquête et de toute autre mesure d’instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l’Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l’affaire justifient qu’ils soient mis à la charge d’une autre partie ou partagés entre les parties. L’Etat peut être condamné aux dépens ». La présente instance n’ayant donné lieu à aucun dépens, au sens et pour l’application de l’article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées par M. A... au titre de cet article doivent, par conséquent, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société Eqiom SAS au titre des frais exposés par elle. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la société Eqiom SAS la somme demandée par M. A... au titre de ces mêmes dispositions.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Eqiom SAS est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. A... au titre des frais liés au litige et au titre des dépens sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Eqiom SAS, à M. B... A... et au ministre du travail et des solidarités.


Délibéré après l'audience du 9 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Penhoat, président,
Mme Guillemin, première conseillère,
M. Bernard, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2026.


Le rapporteur,

E. Bernard
Le président,

Penhoat

La greffière,




Voisin

La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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