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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208844

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208844

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juillet 2022 et le 26 juillet 2022, M. M D et Mme J I, épouse D, représentés par Me Lenfant, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 12 mai 2022 par laquelle le maire de l'Ile d'Yeu a préempté les parcelles cadastrées section AM n°s 100, 101, 102 et 103 d'une surface de 1 171 m2 situées à Port Joinville (" Petit Chiron ") ;

2°) de mettre à la charge de la commune de l'Ile d'Yeu le versement de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont la qualité d'acquéreur évincé et dès lors la condition d'urgence est satisfaite, quand bien même les vendeurs auraient renoncé à la vente ;

- les articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme sont méconnus, dès lors que :

- si la décision litigieuse est motivée par une volonté de lutter contre les inondations, cet objectif ne constitue pas une politique d'aménagement au sens de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme ;

- il a ainsi été jugé qu'une décision de préemption destinée à réduire le risque d'inondation était illégale, alors que la décision contestée set bien une politique de gestion du risque inondation ;

- la décision de préemption attaquée n'est justifiée par la réalisation d'aucun projet concret sur le terrain préempté ;

- aucun projet tangible n'est réellement envisagé ;

- l'étude à laquelle se réfère la décision attaquée n'est pas jointe ni n'est citée et les requérants n'ont pu en consulter les analyses et conclusions ;

- les motivations par référence d'une décision de préemption peuvent être accueillies à condition qu'elles soient citées dans la décision, le maire devant d'ailleurs expressément déclarer s'en approprier les termes, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ;

- l'autre motif de la décision attaquée est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- une préemption ne peut être justifiée au motif que les parcelles préemptées seraient inconstructibles faute d'accès sécurisé et ne peut être l'occasion pour la commune de procéder par anticipation à l'instruction d'une autorisation d'urbanisme qui n'a d'ailleurs pas été déposée ;

- au nom du principe d'autonomie des législations, le maire ne peut se prévaloir des règles d'urbanisme pour motiver sa décision de préemption ;

- -l'affirmation selon laquelle la parcelle serait dépourvue d'accès sécurisé est totalement infondé, car le terrain est desservi par l'impasse du paradis ;

- le terrain préempté est pour partie couvert par une servitude établie au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, car le terrain comprend en effet un jardin remarquable et l'on comprend mal comment la commune pourrait y réaliser son projet sans compromettre la qualité paysagère et environnementale de la parcelle ;

- le plan local d'urbanisme y fait d'ailleurs obstacle et la partie de la parcelle située au nord, non couverte par la servitude, ne peut à elle seule accueillir un équipement collectif de gestion des eaux pluviales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, la commune de l'Ile d'Yeu, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. et Mme D le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- les moyens de la requête ne sont pas propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022 sous le n° 2208769, M. et Mme D demandent l'annulation de la décision du 12 mai 2022.

Le président du tribunal a désigné M. A de Baleine pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juillet 2022 à 14 h 30, en présence de Mme Minard, greffière :

- le rapport de M. A de Baleine, juge des référés ;

- les observations de Me Lenfant, avocat de M. et Mme D ;

- les observations de Me Marchand, avocat de la commune de l'Ile d'Yeu.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

2. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets vis-à-vis de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit en principe être constatée lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Toutefois, lorsque le propriétaire du bien préempté renonce, implicitement ou explicitement, à son aliénation, empêchant ainsi la collectivité publique titulaire du droit de préemption de l'acquérir, l'urgence ne peut être regardée comme remplie au profit de l'acquéreur évincé que si celui-ci fait état de circonstances caractérisant la nécessité pour lui de réaliser à très brève échéance le projet qu'il envisage sur les parcelles considérées.

3. Il ressort des pièces du dossier qu'en suite de la réception le 25 mars 2022 par la commune de l'Ile d'Yeu de la déclaration d'intention d'aliéner au prix de 255 000 euros les parcelles cadastrées section AM n°s 100, 101, 102 et 103 sises les trois premières à Port Joinville et la quatrième au 9003 rue du Petit Chiron, ensemble d'une contenance de 1 171 m2 et appartenant à l'indivision des consorts G et L, et par une décision du 12 mai 2022, le maire de l'Ile d'Yeu a décidé de préempter ce bien, au prix de 175 650 euros. M. et Mme D, auxquels cette indivision a, aux termes d'un acte du 25 mars 2022, promis de vendre ce bien, acquéreurs évincés par cette décision de préemption, demandent au juge des référés, statuant au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'en suspendre l'exécution.

4. Aux termes de l'article L. 213-7 du code de l'urbanisme : " A défaut d'accord sur le prix, tout propriétaire d'un bien soumis au droit de préemption, qui a manifesté son intention d'aliéner ledit bien, peut ultérieurement retirer son offre. De même, le titulaire du droit de préemption peut renoncer en cours de procédure à l'exercice de son droit à défaut d'accord sur le prix. / () ". Aux termes de l'article R. 213-8 du même code : " Lorsque l'aliénation est envisagée sous forme de vente de gré à gré ne faisant pas l'objet d'une contrepartie en nature, le titulaire du droit de préemption notifie au propriétaire : / a) Soit sa décision de renoncer à l'exercice du droit de préemption ; / b) Soit sa décision d'acquérir aux prix et conditions proposés, y compris dans le cas de versement d'une rente viagère ; / c) Soit son offre d'acquérir à un prix proposé par lui et, à défaut d'acceptation de cette offre, son intention de faire fixer le prix du bien par la juridiction compétente en matière d'expropriation ; () ". Aux termes de l'article R. 213-10 de ce code : " A compter de la réception de l'offre d'acquérir faite en application des articles R. 213-8 (c) ou R. 213-9 (b), le propriétaire dispose d'un délai de deux mois pour notifier au titulaire du droit de préemption : / a) Soit qu'il accepte le prix ou les nouvelles modalités proposés en application des articles R. 213-8 (c) ou R. 213-9 (b) ; / b) Soit qu'il maintient le prix ou l'estimation figurant dans sa déclaration et accepte que le prix soit fixé par la juridiction compétente en matière d'expropriation ; / c) Soit qu'il renonce à l'aliénation. / Le silence du propriétaire dans le délai de deux mois mentionné au présent article équivaut à une renonciation d'aliéner. ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de la notification, le 21 mai 2022, aux auteurs de la déclaration d'aliéner, en application du c) de l'article R. 213-8 du code de l'urbanisme, de la décision de préemption du 12 mai 2022, comportant une offre d'acquérir à un prix proposé par la commune, trois des cinq membres de l'indivision propriétaire du bien préempté ont, par une lettre du 12 juillet 2022, reçue par la commune le 15 juillet 2022, renoncé à l'aliénation et que les deux autres membres de cette indivision ont, à l'issue du délai de deux mois suivant cette notification, conservé le silence, équivalant dès lors à une renonciation d'aliéner. Cette renonciation empêche la commune de l'Ile d'Yeu d'acquérir le bien que cette indivision a promis de vendre à M. et Mme D.

6. Si M. et Mme D font valoir que cette renonciation, comme l'impossibilité subséquente pour la commune d'acquérir le bien, ne leur permettent pas, pour autant, de l'acquérir, alors que la promesse de vente du 25 mars 2022 stipule qu'" En cas d'exercice du droit de préemption, les présentes seront caduques de plein droit et le promettant délié de toute obligation à l'égard du bénéficiaire ( ) ", ils ne font, néanmoins, pas état de circonstances caractérisant la nécessité pour eux de réaliser à très brève échéance le projet envisagé sur les parcelles mentionnées ci-dessus, lequel projet est, ainsi qu'il ressort de la promesse de vente, la construction d'une maison d'habitation. Compte tenu de ces circonstances, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie et, en conséquences, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 12 mai 2022 ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de l'Ile d'Yeu, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par cette commune au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de l'Ile d'Yeu au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. N F D et Mme J D, à la commune de l'Ile d'Yeu, à M. F G, Mme K G, Mme H G, Mme C L et Mme B L.

Fait à Nantes, le 29 juillet 2022.

Le juge des référés,

A. A DE BALEINELa greffière,

M-C. MINARD

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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