mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2208849 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BAUDET |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022 sous le numéro 2208849, M. B A, représenté par Me Baudet, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 22 mars 2022 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté bénéficiait d'une délégation régulière ;
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
- il n'a pas été procédé à un examen de sa situation particulière ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il vit en France depuis trois ans ; il a une délégation d'autorité parentale sur sa nièce qu'il a élevée au Burkina Faso avant qu'elle puisse rejoindre sa mère en France ; il est le seul représentant légal de sa nièce en cas d'absence, d'empêchement ou de décès de la mère ; sa sœur et sa nièce sont de nationalité française ; son autre nièce a la qualité de réfugiée ; il est intégré et titulaire d'un diplôme d'infirmier ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté bénéficiait d'une délégation régulière ;
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. A.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 juin 2022.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 janvier 2023 et 13 avril 2023, sous le numéro 2300977, M. B A, représenté par Me Baudet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent, alors que la compétence pour assigner à résidence est confiée par l'article R. 732-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au préfet du département du lieu d'assignation ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en méconnaissance des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, la décision d'assignation à résidence de longue durée qui constitue une mesure de police n'a pas été précédée d'une procédure préalable contradictoire ;
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet n'a pas examiné sa situation particulière ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde pour les motifs suivants :
o il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français était compétente ;
o la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
o le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;
o la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
o la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o la décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
o la décision méconnait les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; la décision l'entrave dans son quotidien auprès de ses nièces qui demeurent en Ille-et-Vilaine et auprès desquelles il doit être présent ; la décision l'entrave dans ses activités professionnelles bénévoles de secouriste auprès de la Croix Rouge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. A.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 20/01/2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Burkina Faso relative à la circulation et au séjour des personnes (ensemble un échange de lettres interprétatif), signée à Ouagadougou le 14 septembre 1992, approuvée par la loi n° 94-533 du 28 juin 1994 et publiée par le décret n° 95-45 du 10 janvier 1995 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant burkinabé né en mars 1986, est entré régulièrement en France en octobre 2019 muni d'un visa de court séjour. Par courrier du 16 août 2021, parvenu le 19 août suivant auprès des services de la préfecture, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour en raison de ses attaches privées ou familiales en France, et à titre subsidiaire sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par des décisions du 22 mars 2022, le préfet de Maine-et-Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. Dans la requête n° 22008849, M. A demande l'annulation des décisions du 22 mars 2022.
2. Par un arrêté du 18 janvier 2023, le préfet de Maine-et-Loire a prononcé l'assignation à résidence de M. A au sein du département de Maine-et-Loire pour une durée de six mois et l'a astreint à se présenter tous les mercredis à 9 heures du matin, sauf jours fériés, auprès de la communauté de brigades de Chalonnes-sur-Loire. Par la requête n° 2300977, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2023. Par un arrêté du 2 février 2023, le préfet de Maine-et-Loire a modifié l'article 2 de l'arrêté du 18 janvier 2023 en fixant à 17 heures l'heure à laquelle M. A était astreint à se présenter tous les mercredis auprès de la communauté de brigades de Chalonnes-sur-Loire.
Sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 22 mars 2022 :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions du 22 mars 2022 :
3. En premier lieu, l'arrêté du 22 mars 2022 a été signé pour le préfet et par délégation par Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture. Par un arrêté du 5 septembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 9 septembre suivant, le préfet de Maine-et-Loire a accordé une délégation permanente de signature à la secrétaire générale de la préfecture à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire, à l'exception d'un certain nombre d'actes au nombre desquels ne figurent pas les obligations de quitter le territoire français et décision fixant le pays d'éloignement.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
5. Le refus de séjour du 22 mars 2022 comporte l'exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui le fondent et est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences des dispositions de l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même de la décision fixant le pays d'éloignement de M. A. Enfin, compte tenu du caractère suffisamment motivé du refus de séjour du 22 mars 2022, et en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français du 22 mars 2022 manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de séjour :
6. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 22 mars 2022 ni des autres pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2019, moins de trois ans avant la décision contestée, après avoir vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans dans son pays d'origine. Il n'est pas dépourvu d'attaches privées ou familiales dans son pays d'origine où résident notamment sa mère et deux de ses sœurs. Il ressort certes des pièces du dossier qu'une autre de ses sœurs, de nationalité française, réside en France avec ses deux filles, l'ainée étant majeure et la seconde, née en 2011, ayant la nationalité française. Il ressort également des pièces du dossier que par jugement du 11 février 2021, le tribunal judiciaire de Rennes a délégué partiellement à M. A l'autorité parentale sur sa nièce de nationalité française. Néanmoins, il ressort de la motivation du jugement du tribunal judiciaire de Rennes que cette délégation partielle de l'exercice de l'autorité parentale sur la petite fille, simple aménagement de l'exercice de l'autorité parentale, a été consentie pendant l'absence temporaire de la mère de la petite fille, cette dernière, sœur de M. A, ayant exposé qu'elle devait se rendre auprès de sa mère malade au Burkina Faso. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que si M. A a vécu temporairement, au début de son séjour en France, chez sa sœur et sa nièce, il ne réside plus dans le même département qu'elles et ne peut donc soutenir que sa présence serait indispensable au quotidien auprès d'elles. Le requérant n'apporte non plus aucune indication sur l'absence ou non, à la date de l'arrêté attaqué, de sa sœur, alors même qu'il n'établit ni même ne soutient vivre auprès de sa nièce. Par ailleurs, compte tenu de la durée et du séjour en France de M. A et de ses attaches familiales, la seule circonstance que l'intéressé est fortement impliqué dans l'association Croix Rouge et dans l'activité de secourisme de cette dernière ne permet pas d'établir qu'il disposerait d'attaches privées et familiales en France telles qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de Maine-et-Loire aurait porté une atteinte excessive au droit de M. A à une vie privée et familiale normale. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas fondés et doivent être écartés.
9. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
10. La situation familiale de M. A en France telle que décrite au point 8 du jugement et sa participation, en qualité de vice président de l'association, à l'association Croix Rouge de Maine-et-Loire ne constituent ni des motifs exceptionnels ni des considérations humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision de refus de séjour sur la situation de M. A.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 que M. A n'est pas fondé à invoquer, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français du 22 mars 2022 le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité du refus de séjour.
13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du jugement, en obligeant M. A à quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté au droit de ce dernier à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant l'obligation de quitter le territoire français du 22 mars 2022 doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10 du jugement.
15. En dernier lieu, l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
16. Si M. A soutient que l'obligation de quitter le territoire français du 22 mars 2022 méconnait l'intérêt supérieur de sa nièce, sur laquelle il s'est vu déléguer l'autorité parentale par le jugement du tribunal judiciaire de Rennes du 11 février 2021, il résulte de ce qui a été dit au point 8 d'une part que cette délégation a été confiée en vue de l'absence temporaire de la mère de l'enfant pour un voyage au Burkina Faso sans que le requérant n'établisse l'absence de sa sœur hors de France et d'autre part que M. A ne réside pas dans le même département que sa nièce et n'établit donc pas le caractère indispensable de sa présence au quotidien auprès de sa jeune nièce. Il suit de là qu'en obligeant M. A à quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de la nièce du requérant.
17. Il résulte de tout ce qui résulte que les conclusions de M. A tendant à l'annulation des décisions du 22 mars 2022 doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 :
18. L'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
19. Aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article
L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes des dispositions de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ".
20. D'une part, les dispositions du livre VII de la partie législative du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'instaurent aucune procédure contradictoire particulière relative à l'édiction des assignations à résidence prononcées sur le fondement de l'article L. 731-3 du même code. D'autre part, ne sont pas applicables à ces décisions, contrairement aux mesures d'assignation à résidence prises sur le fondement de l'article L. 731-1 du même code, les dispositions du chapitre IV du titre I de son livre VI où le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, ces décisions d'assignation à résidence pouvant atteindre six mois de durée, qui constituent une mesure de police, doivent être précédées de la procédure contradictoire préalable mentionnée à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
21. Il ne ressort pas des pièces du dossier que préalablement à l'édiction de l'assignation à résidence contestée, le préfet de Maine-et-Loire ait invité M. A à présenter des observations. Contrairement à ce que soutient le préfet défendeur, le procès-verbal de l'audition menée le 18 janvier 2023, jour même de l'arrêté litigieux, quelques heures avant la notification de l'arrêté, au cours duquel il n'a aucunement été précisé à M. A qu'il était susceptible de faire l'objet d'une assignation à résidence, mais uniquement qu'il était susceptible de faire l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français, ne peut valoir procédure contradictoire conformément aux dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.
22. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.
Sur les frais du litige :
23. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle, dans l'instance n° 2208849, à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de M. A tendant à l'application de ces dispositions et de celles de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
24. En second lieu, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans l'instance n° 2300977. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Baudet, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette dernière de la somme de 800 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a assigné à résidence M. A dans le département de Maine-et-Loire pour une durée de six mois est annulé.
Article 2 : L'Etat versera dans l'instance n° 2300977 à Me Baudet, avocate de M. A, la somme de 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Baudet.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Echasserieau, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.
La présidente-rapporteure,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
B. ECHASSERIEAU
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2208849, 2300977
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026