lundi 5 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2208877 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 4 juillet 2022, le 6 septembre 2022 et le 27 avril 2023, Mme E B C épouse D et Mme A F G C, représentées par Me Bourgeois, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de délivrer à A F G C un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer ce visa, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros toutes taxes comprises en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que l'identité de la demandeuse de visa et son lien familial avec la regroupante sont établis ;
- le motif tiré de ce que le père biologique de la demandeuse ne serait ni décédé, ni déchu de l'autorité parentale et que Mme E B C épouse D ne dispose pas d'un jugement de délégation de l'autorité parentale est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur et des outre-mer qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Les parties ont été informées, par courrier du 18 avril 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tenant à l'irrecevabilité de la requête en raison de sa tardiveté.
Des observations en réponse au moyen d'ordre public, produites par Me Bourgeois le 20 avril 2023, ont été communiquées.
Les parties ont été informées, par courrier du 24 avril 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tenant à la méconnaissance de l'autorité absolue de chose jugée liée à l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Nantes du 5 novembre 2021.
Des observations en réponse au moyen d'ordre public, produites par Me Bourgeois le 27 avril 2023, ont été communiquées.
La demande de Mme E B C épouse D tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 4 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Heng,
- et les observations de Me Pollono, substituant Me Bourgeois, représentant Mme B C épouse D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E B C épouse D, ressortissante camerounaise, a obtenu par décision du 11 décembre 2017 du préfet de Loire-Atlantique une autorisation de regroupement familial au profit A F Eyenda C, ressortissante camerounaise née le 20 août 2003, qu'elle présente comme sa fille. Par une décision du 14 décembre 2018, l'ambassade de France au Cameroun a rejeté la demande de visa de long séjour présentée au titre du regroupement familial. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Par un jugement n° 1905608 du 7 novembre 2019, le tribunal a rejeté les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B C épouse D. Par un arrêt n° 20NT02551 du 5 novembre 2021, la Cour administrative d'appel de Nantes a annulé ce jugement et la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France et a enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa de long séjour de la jeune A G C dans le délai de deux mois à compter de la notification du cet arrêt.
2. En exécution de cet arrêt, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé de faire droit à la demande des intéressées par une décision du 8 décembre 2021, dont les requérantes demandent l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de délivrer un visa de long séjour au titre du regroupement familial à A F Eyenda C, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé, d'une part, sur le caractère apocryphe des documents d'état civil produits pour la première fois en appel, et d'autre part, sur le motif tiré de ce que le père biologique de la demandeuse ne serait ni décédé, ni déchu de l'autorité parentale et que Mme E B C épouse D ne dispose pas d'un jugement de délégation de l'autorité parentale.
4. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité administrative n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de caractère probant des documents destinés à établir l'identité du demandeur ou de la demandeuse de visa et le lien familial avec la personne ayant sollicité le bénéfice du regroupement familial.
5. En premier lieu, par son arrêt du 5 novembre 2021, devenu définitif, la Cour administrative d'appel de Nantes a jugé, pour annuler la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France refusant de délivrer à A G C un visa de long séjour au titre du regroupement familial, que le lien de filiation A F Eyenda C avec Mme E B C épouse D était établi par le jugement rendu le 20 janvier 2020 par le tribunal de première instance de Yaoundé, produit pour la première fois en appel, et dont le caractère frauduleux n'était pas démontré. L'autorité absolue de chose jugée qui s'attache tant au dispositif de ce jugement qu'au motif qui en constitue le soutien nécessaire interdisait au ministre de l'intérieur, en l'absence de circonstance nouvelle de droit ou de fait, de se fonder sur le caractère frauduleux de ce même jugement pour rejeter cette demande. Par suite, la décision du 8 décembre 2021 du ministre de l'intérieur et des outre-mer méconnaît l'autorité absolue de la chose jugée attachée à l'arrêt de la Cour administrative d'appel de Nantes du 5 novembre 2021 s'attachant tant au dispositif de cette décision qu'au motif qui en constitue le soutien nécessaire.
6. En second lieu, la circonstance que l'autre parent ne soit ni décédé ni déchu de ses droits parentaux ne saurait constituer un motif d'ordre public de nature à justifier légalement le refus de délivrer un visa à une personne pour laquelle le préfet a, au préalable, autorisé ce regroupement. Dans ces conditions, et alors même que les requérantes ne critiquent pas ce second motif de la décision ministérielle, il ne résulte pas de l'instruction que le ministre de l'intérieur et des outre-mer aurait pris la même décision de refus en se fondant sur ce seul motif.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les requérantes sont fondées à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement que le visa sollicité soit délivré sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
9. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de prononcer contre l'Etat, à défaut pour lui de justifier de l'exécution du présent jugement dans un délai de deux mois à compter de sa notification, une astreinte de 100 euros par jour jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B C épouse D d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 8 décembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à A F Eyenda C le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Une astreinte de 100 euros par jour est prononcée à l'encontre de l'Etat s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus.
Article 4 : L'Etat versera à Mme B C épouse D la somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B C épouse D, à Mme A F G C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Beyls, conseillère,
Mme Heng, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.
La rapporteure,
H. HENG
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU La greffière
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026