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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208910

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208910

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 juillet 2022 et le 21 décembre 2022, M. E A A et Mme C B, représentés par Me Poulard, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de délivrer à Mme C B et aux enfants F A, J A, I A, D A, H A et G A des visas de court séjour en qualité de membres de famille d'un ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne ;

2°) d'enjoindre à l'administration de délivrer des visas de long séjour à Mme C B et aux enfants F A, J A, I A, H A, D A et G A dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à leur conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas établi que le signataire de la décision attaquée a reçu une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par décision du 7 juillet 2022 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. A A au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 mars 2023 :

- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,

- et les observations de Me Poulard, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A A, ressortissant bissau-guinéen et espagnol né en 1976, soutient être marié à Mme C B, de nationalité bissau-guinéenne, et être le père des enfants F A, J A, I A, H A, D A et G A. Par leur requête, M. A A et Mme B demandent au tribunal d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Dakar refusant de délivrer à Mme B et aux six enfants des visas de court séjour en qualité de membres de famille de citoyen non français de l'Union européenne.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La commission a rejeté le recours formé contre les sept décisions de refus de visa au motif que " les documents d'état civil de Mme C B, de Silvio Malu Da Silva Franca et d'Alimato, J, I, H, D et Saibatu A () présentent les caractéristiques de documents qui ne sont pas authentiques et ne constituent pas une preuve suffisante de l'existence d'un lien familial avec M. E A A. "

3. Aux termes de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne ; / 2° Descendant direct âgé de moins de vingt-et-un ans du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint ; () ". Aux termes de l'article R. 221-2 du même code : " Les documents permettant aux ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 200-4 d'être admis sur le territoire français sont leur passeport en cours de validité et un visa ou, s'ils en sont dispensés, un document établissant leur lien familial. () / L'autorité consulaire leur délivre gratuitement, dans les meilleurs délais et dans le cadre d'une procédure accélérée, le visa requis sur justification de leur lien familial. Toutes facilités leur sont accordées pour obtenir ce visa. () ". L'article L. 232-1 de ce code prévoit que : " Tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale mentionné par la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille, tels que définis aux articles L. 200-4 et L. 200-5 et accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne, ont le droit de séjourner en France pour une durée maximale de trois mois, sans autre condition ou formalité que celles prévues pour l'entrée sur le territoire français. () ".

4. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

5. Les requérants joignent à leurs écritures un document se présentant comme une traduction en français d'une attestation de mariage d'après lequel M. A A et Mme C B se sont mariés en 2021 à Bissau, ainsi que sept documents portant l'en-tête de la République de Guinée-Bissau, intitulés " Cédula Pessoal ", portant l'inscription " nascimento ", ainsi que leur traduction en français indiquant " extrait de naissance ", d'après lesquels la naissance de Mme C B le 18 février 1994 a été enregistrée en 2002, la naissance de l'enfant F A le 25 juillet 2009, de l'union de M. E A et Mme L A, a été enregistrée en 2014, les naissances de J A, I A, H A et D A, de l'union de M. E A et Mme K A, respectivement le 6 juin 2012, le 13 décembre 2015 et le 26 février 2019 pour H et D, ont été enregistrées respectivement en 2014, en 2020 et en 2021, et la naissance de l'enfant Saibatu A le 6 mars 2019, de l'union de M. E A et Mme C B a été enregistrée en 2020. Les requérants versent également au dossier les passeports bissau-guinéens des sept demandeurs de visa sur lesquels figurent des mentions biographiques concordantes s'agissant des noms, prénoms et dates de naissance. En l'absence de mémoire en défense du ministre de l'intérieur et faute pour l'administration de préciser pour quelles raisons et au vu de quelles dispositions de droit local les documents produits pour justifier l'identité des demandeurs de visa seraient dépourvus de caractère authentique, les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en refusant de tenir leur identité pour établie, la commission a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 31 mars 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire réexaminer les demandes de visa d'entrée en France de Mme B et des enfants F, J, I, H, D et G A. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. A A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle dans la présente affaire. Par suite, Me Poulard peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Poulard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Poulard de la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 31 mars 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire réexaminer les demandes de visa d'entrée en France de Mme C B et des enfants F, J, I, H, D et G A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Poulard une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Poulard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E A A, à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Roncière, première conseillère,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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