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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208926

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208926

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantGUEGUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 juillet 2022 et le 16 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Gueguen, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 16 juin 2022 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé le renouvellement de son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant pendant le réexamen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder sans délai à la suppression de son signalement dans les fichiers concernés, notamment le fichier des personnes recherchées et l'application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France, et d'en justifier sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle bénéficie en France d'une prise en charge médicale du fait d'un syndrome drépanocytaire majeur homozygote S/S et de ses complications, dont elle ne peut bénéficier dans son pays d'origine ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle réside en France depuis novembre 2016, s'est vu reconnaitre la qualité de travailleur handicapé jusqu'en mai 2023 et s'est insérée par l'obtention de formations ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant estimé en situation de compétence liée par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- l'existence de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sa régularité et la régularité de sa procédure d'adoption devront être établies au regard des dispositions des articles R. 425-11, 425-12 et 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 :

o le préfet doit justifier l'existence de l'avis médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

o il doit être justifié que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège ayant émis l'avis en cause ;

o il doit être justifié que l'avis a été rendu à l'issue d'une délibération prise de manière collégiale ;

o il doit être justifié que l'avis comporte l'ensemble des mentions requises ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé lié en situation de compétence liée pour édicter une obligation de quitter le territoire français au seul motif qu'il refusait le renouvellement de son titre de séjour ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle ne pourra bénéficier de soins appropriés à son état de santé dans son pays d'origine et sera exposée à une aggravation de son état de santé ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de Mme A.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante guinéenne née en octobre 1993, est entrée régulièrement en France en novembre 2016 sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a déposé une demande d'admission au séjour en raison de son état de santé et s'est vu délivrer un titre de séjour à compter du mois d'août 2017, renouvelé jusqu'en septembre 2021. Mme A a demandé le renouvellement de sa carte de séjour temporaire. Par des décisions du 16 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée. Mme A demande l'annulation des décisions du 16 juin 2022.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Selon l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". Enfin aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

3. L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; /b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ;/ d) la durée prévisible du traitement./ Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

4. Il ressort de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, produit à l'instance par le préfet de la Loire-Atlantique, que celui-ci mentionne le nom de la médecienne ayant rédigé le rapport médical du 27 septembre 2021, qui ne faisait pas partie du collège de médecins de I'OFII ayant émis un avis sur l'état de santé de Mme A. Il s'ensuit que l'avis a été émis dans le respect des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 5, notamment dans le respect de la règle selon laquelle le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Par ailleurs, l'avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " qui fait foi du caractère collégial de l'avis jusqu'à preuve contraire, preuve qu'aucun élément du dossier ne vient établir. Par ailleurs, dans le respect des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016, l'avis du collège de médecins de l'OFII émis le 3 novembre 2021 en réponse à la saisine du préfet de la Loire-Atlantique sur la demande de Mme A mentionne qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé guinéen elle pourra bénéficier effectivement du traitement approprié à son état. Dans ces conditions, ce collège n'était pas tenu de se prononcer sur la durée prévisible du traitement. Dès lors, le moyen tiré de ce que le refus de séjour pris à son encontre aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.

5. Par ailleurs, dans l'avis évoqué ci-dessus du 3 novembre 2021, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration saisi par le préfet de la Loire-Atlantique a considéré que l'état de santé de Mme A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que Mme A présente une drépanocytose homozygote S/S majeure ayant déjà provoqué chez elle des complications chroniques, avec atteintes rénales, atteinte cardiaque, hypodermite, hépatomégalie, séquelles d'infarctus osseux, rétinopahie, crises vaso-oclusives entrainant des douleurs importantes, atteinte cérébrale et syndrome vestibuleux. Il ressort également des pièces médicales du dossier que l'état de santé de Mme A nécessite un traitement à base d'acide folique et d'anti-douleurs de plusieurs classes jusqu'à l'administration de morphine lors des crises. Il ressort des documents produits par le préfet, notamment la liste des médicaments essentiels en Guinée de 2021, que l'acide folique est disponible en Guinée auprès des postes de santé, centres de santé, les centres médicaux communaux, et hôpitaux préfectoraux, régionaux et nationaux. Par ailleurs, le paracétamol, anti-douleur, est disponible en Guinée dans les mêmes conditions ainsi qu'en service à base communautaire. Le tramadol et la morphine, anti-douleurs, sont quant à eux disponibles en Guinée dans les centres médicaux communaux et les hôpitaux préfectoraux, régionaux et nationaux. Il ressort également des pièces du dossier que le suivi de la pathologie de Mme A nécessite également des examens réguliers par échographies, IRM et scanner, dont il n'est pas établi qu'ils seraient indisponibles en Guinée. Il ressort enfin des pièces du dossier qu'a été créé à Conakry un centre de lutte contre la drépanocytose permettant notamment la réalisation d'analyses médicales et la délivrance de médicaments. Il n'est dès lors pas établi que Mme A n'aurait pas un accès effectif à un traitement médical approprié à sa pathologie dans son pays d'origine. Ainsi, c'est sans erreur de droit ni erreur d'appréciation que le préfet de la Loire-Atlantique a estimé qu'elle ne remplissait plus les conditions posées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 16 juin 2022 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique, qui a examiné la situation globale de la situation de l'intéressée, se serait cru lié par le sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Si Mme A est entrée en France en novembre 2016 et y a résidé régulièrement sous couvert de titres de séjour délivrés en raison de son état de santé entre 2017 et 2021, elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et elle n'établit ni même n'allègue être dépourvue de toute attache familiale en Guinée. Par ailleurs, si elle justifie avoir suivi des formations en France et y avoir travaillé, elle ne fait état d'aucune attache privée ou familiale particulière en France. Il suit de là qu'en refusant de renouveler le titre de séjour de Mme A en juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté à son droit à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de Mme A.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 du jugement que Mme A n'est pas fondée à invoquer à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français du 16 juin 2022 et par voie d'exception, le moyen tiré de l'illégalité du refus de séjour du même jour.

11. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 16 juin 2022 ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru lié par le refus de séjour qu'il prononçait dans ce même arrêté pour assortir ce refus d'une obligation de quitter le territoire français.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié en Guinée. Par suite, en prononçant une obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.

14. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du jugement.

Sur la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours :

15. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

16. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 14 du jugement que Mme A n'est pas fondée à invoquer, contre la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours, le moyen invoqué par voie d'exception et tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français du même jour.

17. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et malgré la durée de présence en France de l'intéressée, qu'en octroyant à Mme A un délai de trente jours pour quitter volontairement le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 10 à 14 du jugement que Mme A n'est pas fondée à invoquer, contre la décision fixant le pays d'éloignement, le moyen invoqué par voie d'exception et tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français du même jour.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 du jugement qu'il n'est pas établi que Mme A ne pourrait bénéficier en Guinée des soins, examens et traitements nécessités par la pathologie génétique dont elle est atteinte. Dans ces conditions, en fixant la Guinée comme pays d'éloignement de Mme A, le préfet de la Loire-Atlantique n'a méconnu ni les stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3 de cette même convention.

20. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 9 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de Mme A.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Gueguen.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2208926

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