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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2208977

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2208977

lundi 12 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2208977
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantCHAUVIN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022, sous le n° 2208977, M. F B, représenté par Me Chauvin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entachée d'incompétence de son auteur ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation familiale ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

II. Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022 sous le n° 2208982, Mme A D, représentée par Me Chauvin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Par les mêmes moyens que ceux de la requête 2208977.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

M. B et Mme D ont été admis à l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 25 novembre 2022 et du 26 août 2022.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les litiges visés au I bis et au II de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant le cas où l'étranger fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 1°, 2°, 4° ou 6° du I de l'article L. 511-1 du même code, devenu article L.611-1 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Lesigne, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 24 novembre 2022.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2208977 et 2208982 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

2. Aux termes de l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". Aux termes de l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine ".

3. M. F B et Mme A D, ressortissants nigérians, nés respectivement le 15 mai 1974 à Bénin City (Nigéria) et le 1er décembre 1980 à Uromi (Nigéria), déclarent être entrés en France le 16 juin 2019 pour y demander l'asile. Leurs demandes d'asile, enregistrées le 14 décembre 2021 pour Mme A et le 12 août 2019 pour M. B, ont été rejetées par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date des 7 janvier 2021 et 18 novembre 2021, confirmées par des arrêts de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date des 8 juin 2021 et 5 juillet 2021. M. B a par ailleurs déposé une demande de titre de séjour en date du 22 avril 2022 au titre de l'état de santé de son fils handicapé. A la suite du rejet des demandes d'asile, le préfet de la Sarthe a édicté les arrêtés attaqués en date du 15 juin 2022 qui comportent une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixent le Nigéria comme pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes du 1. de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes par ailleurs de l'article L. 431-2 du même code : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. " Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L.431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicité la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 421-9, ce délai est porté à trois mois ". L'article L. 421-9 permet à l'étranger dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité d'obtenir une carte de séjour temporaire. Il résulte de ces dispositions que le délai de trois mois pour déposer une demande de titre de séjour court à compter de l'enregistrement de la demande d'asile.

5. Il ressort des pièces du dossier que, en date du 22 avril 2022, les requérants ont déposé une demande de titre de séjour au titre de la santé de leur enfant C dès lors que celui-ci présente un taux de handicap de 50 à 80 % reconnu par la MDPH par une décision en date du 20 décembre 2021, laquelle lui a en outre octroyé une allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) de base jusqu'au 31 août 2024. Le préfet de la Sarthe a estimé que cette demande était irrecevable dès lors que M. B était forclos au regard du délai prévu par les dispositions précitées de l'article L. 431-2, qui court à compter de l'enregistrement de la demande d'asile, en l'espèce le 12 août 2019. Toutefois, d'une part le préfet n'établit pas avoir remis au requérant l'information sur le délai prescrit par ces dispositions, qui est de trois mois conformément à l'article D. 431-7 du même code, d'autre part, la demande de titre de séjour était recevable dès lors que M. B se prévalait d'une circonstance nouvelle qui était la décision de la MDPH du 20 décembre 2021 et qu'ainsi, le délai de l'article L. 431-2 ne lui était pas applicable. Dans ces conditions, l'état de santé du jeune C fait obstacle à l'éloignement de ses parents dès lors que M. B est susceptible d'obtenir une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " après instruction de sa demande. Il suit de là que les arrêtés attaqués doivent être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement qui annule les arrêtés attaqués implique nécessairement que le préfet de la Sarthe réexamine la situation de M. B et de Mme D, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII, qu'il appartient au préfet de saisir à cet effet. Il est également enjoint au préfet de munir les requérants d'une autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur leur situation administrative.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. M. B et Mme D ont obtenu l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 25 novembre 2022 et du 26 août 2022. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens, sous réserve que Me Chauvin, à qui sera versée ladite somme, renonce à la perception de la part contributive de l'Etat dans le cadre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E:

Article 1er : Les arrêtés susvisés sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de réexaminer la situation administrative de M. B et de Mme D, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII pour ce qui concerne leur fils C, qu'il appartient au préfet de saisir à cet effet, et de munir les requérants d'une autorisation provisoire de séjour, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur leur situation administrative.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Chauvin, à qui sera versée ladite somme, renonce à la perception de la part contributive de l'Etat dans le cadre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Mme A D, au préfet de la Sarthe et à Me Chauvin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. E La greffière,

L. LECUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2, 220898

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