lundi 20 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2209018 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoire, enregistrés le 6 juillet 2022, le 12 janvier 2023 et le 6 février 2023, M. B C et Mme D E épouse C, représentés par Me Renard, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 mai 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 26 août 2021 de l'ambassade de France à Skopje (Macédoine) refusant de délivrer à M. C un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer le visa sollicité, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à leur conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'erreurs de droit et d'erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Mme E épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Lejosne, substituant Me Renard, représentant M. C et Mme E épouse C.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant kosovar, a épousé le 11 novembre 2019 à Podujeve (Kosovo) Mme E, ressortissante française. M. B C a présenté une demande de visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française auprès de l'ambassade de France à Skopje. Par une décision du 26 août 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 4 mai 2022, dont les requérants demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Pour rejeter le recours de M. C, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée, d'une part, sur le caractère complaisant du mariage des requérants contracté dans le seul but de faciliter son installation en France, d'autre part, sur le fait que M. C ne participe pas à l'entretien et à l'éducation de leur fille, et enfin, sur les deux condamnations prononcées par les tribunaux correctionnels de Dijon et de Reims, le ministre de l'intérieur et des outre-mer précisant en défense que ces faits permettent de considérer que la présence en France de M. C présente un risque de menace à l'ordre public d'une gravité telle qu'un refus de visa ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie familiale ou privée.
3. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. Des motifs tirés de la nécessité de préserver l'ordre public peuvent également justifier légalement un refus de visa.
4. En premier lieu, il ressort de ce qui vient d'être énoncé que le motif tiré de ce que M. C ne participerait pas à l'entretien et à l'éducation de sa fille issue de son union avec Mme E n'est pas de nature à fonder légalement un refus de visa sollicité en qualité de conjoint d'une ressortissante française.
5. En deuxième lieu, si le ministre de l'intérieur et des outre-mer se prévaut de deux obligations de quitter le territoire français dont a fait l'objet M. C en 2017 et en 2019, l'existence de ces décisions ne permet pas de démontrer à elle seule le caractère insincère de l'union du requérant avec Mme E. Il est constant que les requérants sont les parents de deux enfants nés le 20 mars 2019 et le 20 avril 2022. Enfin, en se bornant à soutenir que les requérants n'établissent pas la réalité de leur lien matrimonial, alors que la charge de la preuve lui incombe, le ministre de l'intérieur et des outre-mer n'établit pas que le mariage aurait été conclu à des fins étrangères à l'institution matrimoniale. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer le visa sollicité pour ce motif.
6. En troisième lieu, il ressort du bulletin numéro 2 du casier judiciaire français de M. C que celui-ci a été condamné, le 3 novembre 2014 par le tribunal correctionnel de Reims à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de vol avec ruse (tentative ou complicité), et le 19 octobre 2017 par le tribunal correctionnel de Dijon à une peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits de recel de biens provenant d'un vol en réunion. Par ailleurs, il a également été condamné le 18 mars 2016 par le tribunal correctionnel d'Amiens à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour conduite d'un véhicule sans permis de conduire et sans assurance. Pour des faits relevant de la même qualification pénale, il a fait l'objet de deux ordonnances pénales ayant donné lieu au prononcé d'amendes le 26 février 2016 et le 6 avril 2017. Si les faits ayant conduits à la condamnation de 2014 s'avèrent anciens à la date de la décision attaquée, ceux datant de 2016 et de 2017 sont quant à eux relativement récents. Dans ces conditions, au vu de la nature des faits et compte tenu de leur caractère répété, les éléments sur lesquels s'est fondée l'administration sont de nature à justifier que la présence de l'intéressé en France représenterait une menace pour l'ordre public.
7. Toutefois, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que les époux C étaient mariés depuis presque trois ans à la date de la décision attaquée, et étaient parents de deux enfants de nationalité française nés en France le 20 mars 2019 et le 20 avril 2022. S'il est vrai que Mme E épouse C se rend fréquemment au Kosovo pour rendre visite à son mari qui y réside depuis 2019, les requérants expliquent vouloir reconstituer leur cellule familiale en France afin de retrouver une stabilité personnelle et familiale. Par ailleurs, Mme E épouse C est déjà la mère de deux enfants issus d'une précédente union, à l'égard desquels le deuxième parent dispose d'un droit de garde, empêchant ainsi la cellule familiale de se reconstituer au Kosovo. Dans ces conditions, la nature et l'intensité de la menace à l'ordre public que la présence de l'intéressé en France constituerait ne sont pas telles qu'il convenait de refuser à M. C, au vu de sa situation personnelle et familiale analysée au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la délivrance du visa qu'il sollicitait. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les époux C sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. C le visa sollicité. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Mme E épouse C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, l'avocat des requérants peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à Me Renard, sous réserve que celui-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 4 mai 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. C le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Renard la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce au versement de la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme D E épouse C, à Me Renard et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 27 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Beyls, conseillère,
Mme Heng, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.
La rapporteure,
H. A
La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026