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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209070

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209070

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juillet 2022 et le 30 mars 2023, l'association de défense de la rue Laennec, M. et Mme E I, M. F G, M. B H ainsi que M. et Mme C D, représentés par Me de Baynast, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par laquelle le maire de Saint-Gilles-Croix-de-Vie a délivré à la SCCV Laennec un permis de construire un immeuble collectif de 20 logements sur les parcelles cadastrées section AC n°40 et 668, situées 2 bis rue René Laennec, à Saint-Gilles-Croix-de-Vie modifié par l'arrêté du 20 février 2023 portant permis de construire modificatif ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

-la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme, en l'absence de concertation sur ce projet de renouvellement urbain ;

-le dossier de demande de permis de construire est incomplet en raison de l'insuffisance de la notice architecturale, de l'insuffisance des plans produits et de l'absence de mentions quant au respect des dispositions de l'article R. 111-18-2 du code de la construction et de l'habitation relatif à l'accessibilité ;

-la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 111-11 et L. 332-5 du code de l'urbanisme ;

-le projet méconnaît les articles 5.1.2, 5.1.3, 5.1.4, 5.2.1 et 5.3.5 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uba relatifs à l'insertion des constructions dans leur environnement ;

-le projet méconnaît l'article 4.2.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uba relatif à la volumétrie des constructions ;

- il méconnaît les dispositions des articles 5.4.2 et 5.4.4 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uba relatif aux toitures et le projet prévoit pour les toitures un matériau non autorisé par ces articles ;

-il méconnaît l'article 5.5.1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uba relatif aux ouvertures ;

-il méconnaît les articles 5.6.4 et 5.6.7 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uba relatif aux clôtures ;

-il méconnaît l'article 7.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uba relatif au stationnement ;

- il méconnaît les dispositions du 1° du III de de l'article L. 111-5-2 du code de de la construction et de l'habitation ;

-le projet ne s'intègre pas dans son environnement en méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 décembre 2022 et le 25 avril 2023, la commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, représentée par Me Garrigues, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de qualité à agir de l'association requérante, dont le dépôt des statuts en préfecture est intervenu moins d'un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense enregistrés le 7 octobre 2022 et le 17 avril 2023, la SCCV Laennec, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de qualité à agir de l'association requérante, dont le dépôt des statuts en préfecture est intervenu moins d'un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 111-11 et L. 332-5 du code de l'urbanisme sont irrecevable en application de l'article R. 600-5 de ce code ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 5 mai 2023, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tiré de l'irrecevabilité des moyens tirés de la méconnaissance des articles R. 111-11 et L. 332-5 du code de l'urbanisme, dès lors que ces moyens ont été présentés pour la première fois après la date de cristallisation des moyens prévue à l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

Des observations en réponse au moyen d'ordre public, produites le 6 mai 2023 par les requérants, ont été communiquées.

Des observations en réponse au moyen d'ordre public, produites le 9 mai 2023, par la SCCV Laennec, ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public,

- les observations de Me de Baynast, avocat des requérants, ainsi que celles de Mme I,

- les observations de Me Héral, substituant Me Garrigues, avocat de la commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie,

- et les observations de Me Angibaud, substituant Me Marchand, avocat de la SCCV Laennec.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 30 mai 2022 modifié par un arrêté du 20 février 2023 portant permis de construire modificatif, le maire de Saint-Gilles-Croix-de-Vie a délivré à la SCCV Laennec un permis de construire un immeuble collectif d'habitation comportant 20 logements, d'une surface de plancher totale de 1 026 m2, au 2 bis rue René Laennec correspondant aux parcelles cadastrées section AC n°40 et 668, classée en secteur UBa indice n°1 de la zone UB du plan local d'urbanisme de Saint-Gilles-Croix-de-Vie. L'association de défense de la rue Laennec, M. et Mme I, M. G, M. H, et M. et Mme D, voisins immédiats du projet, demandent au tribunal d'annuler ce permis de construire du 30 mai 2022 modifié par le permis de construire modificatif du 20 février 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la concertation avec le public :

2. Aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : () / 3° Les projets et opérations d'aménagement ou de construction ayant pour effet de modifier de façon substantielle le cadre de vie, notamment ceux susceptibles d'affecter l'environnement, au sens de l'article L. 122-1 du code de l'environnement, ou l'activité économique, dont la liste est arrêtée par décret en Conseil d'Etat ; / 4° Les projets de renouvellement urbain ". Les opérations d'aménagement soumises à concertation en application du 3° de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme sont listés à l'article R. 103-1 de ce code, dans le champ duquel le projet en cause n'entre pas. En outre, en l'absence de toute autre précision, il y a lieu de considérer que les " projets de renouvellement urbain " visés par le 4° de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme sont ceux prévus par la loi n° 2003-710 du 1er août 2003 d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine. A ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet litigieux constitue un " projet de renouvellement urbain " au sens du 4° de l'article L. 103-2. Il en résulte que le moyen tiré de l'absence de soumission du projet à la concertation prévue par ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne la complétude des dossiers de demandes de permis de construire et de permis de construire modificatif :

3. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : / a) Les informations mentionnées aux articles R. 31-5 à R. 431-12 ; / b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. 431-33-1 ; / c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. / Pour l'application des articles R. 423-19 à R. 423-22, le dossier est réputé complet lorsqu'il comprend les informations mentionnées au a et au b ci-dessus. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article R. 431-8 du même code: " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ". La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'une notice descriptive était jointe au dossier de demande de permis de construire, dont les mentions relatives aux constructions existantes et avoisinantes sont suffisantes, dans leur dernier état, pour décrire l'environnement initial du projet. Les photographies et les deux documents graphiques permettent d'apprécier de façon suffisamment complète l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes. Si la notice fait référence au bois des Salorges du marais breton vendéen pour justifier du choix du matériau de bardage, cette seule référence, fût-elle erronée, n'est pas de nature à induire en erreur l'autorité compétente quant à l'insertion du projet dans son environnement. Il en résulte que l'administration a disposé des éléments utiles pour porter une appréciation en toute connaissance de cause sur le projet qui lui était soumis.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que les plans présentent de façon suffisamment claire les places de stationnement envisagées, sans que les dispositions précitées n'imposent d'identifier de façon spécifique les places dédiées aux visiteurs.

6. Enfin, si les requérants soutiennent que la notice architecturale ne permet pas d'apprécier le respect par le projet des dispositions de l'article R. 111-18-2 du code de la construction et de l'habitation, ces dispositions, abrogées à la date de la demande de permis de construire, n'étaient pas au nombre de celles dont il appartenait à l'administration d'assurer le respect lors de la délivrance du permis de construire du projet en litige, qui ne constitue ni une immeuble de grande hauteur ni un établissement recevant du public.

7. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles R. 453-8 à R. 453-10 du code de l'urbanisme doit être écarté en toutes ses branches.

En ce qui concerne les dispositions des articles L. 332-15 et R. 111-11 du code de l'urbanisme :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. () ".

9. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 332-6 du même code : " Les bénéficiaires d'autorisations de construire ne peuvent être tenus que des obligations suivantes : () 3° La réalisation des équipements propres mentionnées à l'article L. 332-15 () ". Selon les dispositions de l'article L. 332-8 de ce code : " Une participation spécifique peut être exigée des bénéficiaires des autorisations de construire qui ont pour objet la réalisation de toute installation à caractère industriel, notamment relative aux communications électroniques, agricole, commercial ou artisanal qui, par sa nature, sa situation ou son importance, nécessite la réalisation d'équipements publics exceptionnels () ". Aux termes de l'article L. 332-15 du même code : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité () ". Il résulte de ces dispositions que, pour l'alimentation en électricité, relèvent des équipements propres à l'opération ceux qui sont nécessaires à l'alimentation de la construction ou du terrain jusqu'au branchement sur le réseau public d'électricité qui existe au droit du terrain, en empruntant, le cas échéant, des voies privées ou en usant de servitudes, ou, dans les conditions définies au troisième alinéa de l'article L. 332-15, en empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve dans ce dernier cas que le raccordement n'excède pas cent mètres. En revanche, pour l'application de ces dispositions, les autres équipements de raccordement aux réseaux publics d'électricité, notamment les ouvrages d'extension ou de branchement en basse tension, et, le cas échéant, le renforcement des réseaux existants, ont le caractère d'équipements publics.

11. Il ressort de l'avis du syndicat départemental d'énergie et d'équipement de la Vendée (SYDEV) du 21 avril 2022 rendu à l'occasion de l'instruction du permis de construire initial que le projet peut être raccordé au réseau public d'électricité, après extension du réseau électrique en souterrain d'une longueur de 100 mètres sous la voie publique pour un montant de 11 661 euros, à la charge de la société pétitionnaire.

12. Il ressort de cet avis que le projet peut être raccordé au réseau public d'électricité, après extension du réseau électrique sous la voie publique pour un montant de 11 661 euros, à la charge de la société pétitionnaire. Les requérants ne contestent pas sérieusement la longueur de l'extension à réaliser, ni son chiffrage. En outre, la société pétitionnaire a donné son accord le 26 avril 2022 pour la prise en charge du coût de raccordement. Par conséquent, la commune a accompli, conformément aux dispositions précitées de l'article L.111-11 du code de l'urbanisme, les diligences appropriées, auprès du SYDEV, gestionnaire du réseau, lui permettant de déterminer les conditions de réalisation des travaux d'extension du réseau public d'électricité. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 111-11 et L. 312-15 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne les dispositions du plan local d'urbanisme :

S'agissant de la volumétrie de la construction projetée :

13. Aux termes de l'article 4.2.4.1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone Uba indice 1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Au sein des secteurs identifiés au document graphique (indice 1), la hauteur maximale de toute construction, à l'exception des annexes, ne peut excéder 13,00 mètres. Lorsque le nombre de niveaux maximum est atteint, il est demandé que le ou les deux derniers niveaux soit réalisés en attique à la fois sur la façade principale sur rue et sur la façade côté fond de parcelle. Les niveaux en attique doivent être en recul, par rapport au nu de la façade, d'au moins 1,50 mètre, soit R+2+a ".

14. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire, notamment, des plans de coupe que la façade principale donnant sur la rue Laennec est de niveau R+2+ attique et que les deux derniers niveaux de façade nord de fond de parcelle sont en attique. La hauteur à l'acrotère de l'attique le plus bas ne dépassera pas 9 m et la hauteur au faîtage de l'attique le plus haut ne dépassera pas 13 m.

15. D'une part, les dispositions précitées n'imposent pas, contrairement à ce que soutiennent les requérants, de symétrie entre les façades sur rue et sur fond de parcelle, se bornant à prescrire la réalisation d'au moins un niveau en attique sur chacune d'entre elles. Elles n'interdisent pas non plus le traitement des façades latérales en attique. Enfin, les dispositions précitées de l'article 4.2.4.1 n'imposent un tel recul à l'attique qu'au niveau R+2+a. S'agissant du recul du niveau R+2 en attique sur la façade donnant sur le fond de parcelle, il ressort des pièces du dossier que le projet modifié, tel qu'il a été autorisé par le permis de construire modificatif délivré le 20 février 2020, prévoit, selon sa notice architecturale, que " l'attique en bardage alu sur les pignons et en bois brulé sur les façades nord-sud est en retrait de 1,50 mètre par rapport au niveau inférieur ", dont les termes ne sont pas contredits par les éléments du dossier. Si les plans font état, s'agissant de la partie est de la façade arrière, d'un recul inférieur à 1,5 mètre de l'égout du toit au bord de l'acrotère, il ne ressort pas de ces documents que la distance de recul de l'attique au niveau R+2, mesurée entre la façade et le bord de l'acrotère, calculée serait inférieure à 1,5 mètres. A ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4.2.4.1 doit être écarté.

S'agissant des objectifs généraux de qualités urbaines, architecturales, environnementales et paysagères ainsi que des volumes de la construction projetée :

16. D'une part, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dont les termes sont exactement repris à l'article 5.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à zone UBa et dont il y a lieu par suite de faire application : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance de ces dispositions, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

17. D'autre part, aux termes de l'article 5.1.3 de ce règlement : " Les constructions et/ou installations de toute nature doivent être conçues de façon à s'insérer dans leurs abords ; et participer à la qualité architecturale, paysagère et urbaine, dans le respect de la trame initiale () ". Aux termes de l'article 5.1.4 de ce règlement : " Pour les constructions et installations nouvelles, un traitement contemporain est admis à la condition d'utiliser des matériaux nobles et de présenter une volumétrie s'intégrant parfaitement au site ". Par ailleurs, aux termes de l'article 5.2.1 de ce règlement : " " les constructions, extensions, annexes et installations de quelque nature qu'elle soit doivent prendre en compte les rapports entre les bâtiments existants et le site de façon harmonieuse. Une recherche architecturale contemporaine est autorisée lorsque celle-ci garantit la bonne insertion des projets. Toute construction et installation nouvelle doit respecter simplicité, sobriété et une unité d'ensemble et, le cas échéant, s'inscrire en continuité avec le bâti existant ". Par ailleurs aux termes de l'article 5.3.5 de ce règlement : " () dans le cadre d'une architecture contemporaine intégrée, il est admis d'autres traitements pour les murs et enduits extérieurs (). L'emploi de ces derniers doit faire l'objet d'un travail de parfaite intégration par rapport à leur environnement ".

18. Enfin, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie prévoit notamment un axe 6.2 qui vise à " favoriser la densification au sein de l'enveloppe urbaine " dont procède le classement du terrain d'assiette du projet en indice 1 du secteur Uba.

19. Eu égard aux dispositions du plan local d'urbanisme relatives à la densification du tissu urbain dans le secteur UBa indice 1 et à l'ensemble des prescriptions qui mettent en œuvre cet objectif, notamment celles de l'article 4.2.4.1 autorisant une hauteur maximale de 13 mètres, les articles précités 5.1.3 et 5.1.4 et 5.2.1 du règlement de ce plan ne font pas obstacle à ce qu'une construction nouvelle d'architecture contemporaine présente une différence d'échelle avec les constructions pavillonnaires avoisinantes lorsque celle-ci s'intègre dans son environnement.

20. L'environnement urbain dans lequel se situe le terrain d'assiette du projet, inclus en zone UBa indice 1, se caractérise pour l'essentiel par un habitat pavillonnaire avec jardins, relativement récent, d'aspect traditionnel mais de formes, de matériaux et de teintes diversifiées. Ce quartier comporte également rue Laennec un établissement de soins d'une volumétrie plus importante que celle du projet, ainsi que des immeubles collectifs d'habitation. Le secteur ne présente pas quant à sa morphologie urbaine ou aux caractéristiques des constructions existantes, un intérêt particulier architectural ou paysager. Le projet contesté, constitué de 20 logements en R+2+a, d'une hauteur de 13 mètres, caractérisé par une architecture contemporaine et sobre, présente des formes géométriques simples scandant la façade de lignes verticales et horizontales, avec un traitement par un enduit blanc et un bardage alu au niveau des terrasses du dernier niveau. Le bardage en bois brûlé sur la partie en attique de la façade donne au projet une unité qui s'insère de façon cohérente dans le quartier qui présente également des éléments de construction en bois. A ces conditions, compte tenu de de ses caractéristiques architecturales, comme de ses aménagements de façades, l'immeuble autorisé participe à la qualité architecturale et urbaine du quartier et est appelé à s'intégrer dans un environnement urbain, qui en raison de son classement en secteur Uba indice 1, a vocation à être significativement densifié. Dès lors et compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 5.1. 2 à 5.1.4, 5.2.1 et 5.3.5 du règlement du plan local d'urbanisme, et en tout état de cause de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

S'agissant des toitures :

21. Aux termes de l'article 5.4.4 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UBa : " A le cas de toiture à pente, celles-ci doivent présenter une pente : / entre 25% et 38% pour les toitures d'aspect tuile de teinte claire couleur rouge-orangé-ocre ; / supérieure ou égale à 45% pour les toitures d'aspect ardoise naturelle ou artificielle ; / en outre, les toitures peuvent également être de type bac acier, zinc dans le cadre d'une architecture contemporaine. ".

22. Il ressort des pièces du dossier que la façade donnant sur la rue Laennec comporte une toiture de 350,16 m2 à 4 pans, de teinte grise, comportant des pentes respectivement de 10% et 15%, alors que la partie du bâtiment donnant sur le fond de parcelle dispose d'un un toit-terrasse végétalisé de 144.78 m2. Par suite, même affectée d'une pente légère, la toiture de la construction litigieuse doit être regardée comme une toiture terrasse. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5.4.4 du règlement du plan local d'urbanisme est inopérant.

S'agissant des ouvertures :

23. Aux termes de l'article 5.5.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les ouvertures visibles depuis l'espace public ou les voies et emprises publiques doivent impérativement être plus hautes que larges. Aussi, sur les autres façades, les ouvertures peuvent être plus larges que hautes. Les baies vitrées, plus larges que hautes, sont autorisées à condition qu'elles comportent des éléments verticaux de division rappelant les proportions traditionnelles (trumeaux ) ". En l'espèce, le projet comporte sur la façade de la rue Laennec des baies vitrées, comportant des éléments verticaux de division au sens de l'article 5.5.1 précité. En outre, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de l'article 5.5.2 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif aux ouvertures, plus larges que hautes, et qui ne comportent pas d'éléments verticaux de division. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

S'agissant des clôtures :

24. Aux termes de l'article 5.6.4 du règlement du plan local d'urbanisme : " Les clôtures doivent être constituées sous la forme d'un mur-bahut compris entre 0,60 et 1,00 mètre, surmonté d'une grille de type barreaudage métallique, de lisses horizontales ou de panneaux aluminium ajourée ".

25. Il ressort des pièces du dossier que le projet dans son dernier état tel qu'autorisé par le permis de construire modificatif du 20 février 2023 prévoit, sur la rue Laennec, un mur-bahut de clôture " surmonté d'un bardage de bois horizontal " d'une hauteur totale qui ne dépassera pas 1,60 m. A ces conditions, le moyen titré de la méconnaissance de l'article 5.6.4 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

S'agissant des stationnements :

26. Il ressort des dispositions de l'article 7.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme que celles-ci exigent s'agissant des immeubles neufs d'habitation " une place minimum par logement et par tranche de 80 m2 de surface de plancher, ainsi que 10% de places supplémentaires réservées pour l'usage des visiteurs pour les opérations de plus de 10 logements ".

27. Il ressort des pièces du dossier que le projet dans son dernier état tel qu'autorisé par le permis de construire modificatif du 20 février 2023, d'un total de 20 logement pour une surface de 1 076 m2 de surface de plancher, prévoit 24 places de stationnement, dont 3 équipées de prises de recharges pour les véhicules électriques ou hydrides, une place PMR et de deux places visiteurs dont une PMR. Aucune disposition n'impose de marquage distinctif pour les places de stationnement dédiés aux visiteurs au dossier de demande de permis de construire. A ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7.3.1 du règlement du plan local d'urbanisme et en tout état de cause des dispositions du 1° du III de l'article L. 111-5-2 devenu l'article L. 111-3-10 du code de la construction et de l'habitation manque en fait.

28. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'intérêt à agir de l'association requérante, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation du permis de construire attaqué.

Sur les frais liés au litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. A les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants les sommes que la commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie et la société Laennec demandent à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association de défense de la rue Laennec et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie et la SCCV Laennec au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association de défense de la rue Laennec, désignée représentante unique, à la commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie et à la SCCV Laennec.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La rapporteure,

S. THOMAS

Le président,

A. DURUP DE BALEINE La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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