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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209071

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209071

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête mémoire enregistrée le 12 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien né en 2003, déclare être entré en France au cours du mois de mars 2019. Il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 30 juin 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, le préfet ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

4. Pour refuser à M. C le titre de séjour sollicité, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il ne justifiait pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant était inscrit au titre de l'année 2018-2019 en classe de troisième au lycée Jean Vilar (Maine-et-Loire), puis, toujours en classe de troisième et au titre de l'année 2019-2020, au sein de la maison familiale rurale " La Meignanne " (Maine-et-Loire). S'il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'aucune scolarité n'a pu être envisagée pour la fin de l'année scolaire du fait de l'annonce du confinement national le 17 mars 2020, il ressort du rapport socio-éducatif établi le 17 janvier 2022 que M. C, en dépit de ses capacités, ne montrait pas un investissement suffisant dans sa scolarité, circonstance ayant conduit à son exclusion de la maison familiale rurale le 12 mars 2020. En outre, il est constant qu'il a, par la suite, été scolarisé, au titre de l'année scolaire 2020-2021, en formation de baccalauréat professionnel " maintenance de véhicules " au lycée polyvalent Le Mans Sud (Sarthe), qu'il a quitté après quelques jours. Par la suite, il a intégré le dispositif d'accompagnement et d'hébergement de protection de l'enfance (DAHPE) de l'association pour la sauvegarde de l'enfant et de l'adolescent (ASEA) au cours du mois de décembre 2020. Il ressort des termes du rapport socio-éducatif établi le 17 janvier 2022 qu'il n'a pas fait montre d'un investissement particulier dans le cadre de cette prise en charge. Par la suite, il a été scolarisé au lycée horticole de Pouillé (Maine-et-Loire) au titre de l'année scolaire 2021-2022, en certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " Horticulture ". Il ressort des pièces du dossier que M. C a obtenu une moyenne de 9,48 sur 20 pour le premier trimestre. Dans ces conditions, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, en estimant que l'intéressé ne suit pas de manière réelle et sérieuse la formation qui lui a été prescrite.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de faire droit à la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par M. C. Il en résulte que cette décision est régulièrement motivée. Par suite et conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est régulièrement motivée.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, pour prendre l'arrêté attaqué, le préfet de Maine-et-Loire a, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation, examiné la situation personnelle de M. C. Il ne ressort pas non plus de l'instruction que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. M. C se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2019. Cette présence demeure, toutefois, très récente. Par ailleurs, l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne justifie pas d'attaches personnelles, notamment familiales, intenses et stables sur le territoire français, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents et sa sœur. En outre et ainsi qu'il a été dit au point 5, le requérant qui a obtenu, pour le premier trimestre de l'année scolaire 2021-2022, une moyenne de 9,48 sur 20 en première année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " horticulture ", ne justifie pas du caractère réel et sérieux de la formation suivie, ni d'aucune insertion professionnelle. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour du requérant en France, comme des effets d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en lui faisant obligation de quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

10. Compte tenu de ce qui précède, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Denis Seguin.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Milin, première conseillère,

Mme Thomas, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le président-rapporteur,

A. B DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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