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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209073

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209073

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDESFRANCOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022, M. B C, représenté par Me Desfrançois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 avril 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans l'un et l'autre cas dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé valant autorisation de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A de Baleine, président-rapporteur,

- les observations de Me Desfrançois, avocat de M. C, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant camerounais né en 1981, déclare être entré en France en 2016. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 4 avril 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons tant de droit que de fait constituant le fondement de la décision de son auteur de refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. C. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, le refus de séjour opposé à M. C est suffisamment motivé. En outre, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque l'obligation de quitter le territoire français est fondée, comme c'est le cas en l'espèce, sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 de ce même code, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre doit être écarté. Enfin, la décision fixant le pays de destination, qui vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et constate que l'intéressé est de nationalité camerounaise et fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, comporte, de ce seul fait, les éléments de fait et de droit qui la fonde. Il en résulte que l'arrêté attaqué est suffisamment motivé. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux.

3. Aux termes de L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que M. C, qui s'est marié le 3 avril 2021 à Saint-Herblain (Loire-Atlantique) avec une ressortissante française, ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français et n'était pas muni d'un visa d'entrée et de long séjour. Par suite, et alors même que le préfet de la Loire-Atlantique n'était pas tenu de refuser d'admettre l'intéressé au séjour, il ne s'est pas livré à une inexacte application de l'article L. 423-2 précité en estimant que, dès lors que l'intéressé n'est pas entré irrégulièrement en France, il n'est pas en droit de prétendre à un titre de séjour sur ce fondement.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Le requérant se prévaut de sa durée de résidence en France. Il a déclaré être entré sur le territoire français en mois de février 2016, soit depuis six ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, alors que le requérant est âgé de quarante ans, son séjour n'est pas ancien. Le requérant se prévaut également de sa relation avec une ressortissante française, avec laquelle il s'est marié le 3 avril 2021 et entamé une procédure de procréation médicalement assistée en octobre 2021. Ce mariage est, néanmoins, très récent et les époux n'ont pas d'enfant ensemble. Le requérant ne justifie d'aucune impossibilité de quitter la France pour y solliciter le visa requis en vue de la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de cette ressortissante française, qui peut l'accompagner, en particulier au Cameroun, pays où le requérant a vécu pendant environ trente-cinq ans, où il n'est pas dépourvu d'attaches personnelles, dès lors qu'y réside, outre son frère et une sœur, un enfant mineur dont le requérant est le père et dont les autorités lui ont délivré à Paris, le 3 juillet 2019, un passeport. En outre, contrairement à ce qu'il soutient, le requérant, qui est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu irrégulièrement pendant environ cinq ans avant de solliciter pour la première fois la régularisation de sa situation de séjour, ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions du séjour du requérant en France comme aux effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels il a décidé ce refus et l'a assorti d'une telle obligation, décisions qui en conséquence ne méconnaissent pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. Compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour. Il ne l'est pas davantage à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, il ne peut être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'il présente.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Théo Desfrançois.

M. A de Baleine, président,

Mme Milin, première conseillère,

Mme Thomas, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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