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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209082

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209082

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTHOUMINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juillet 2022 et le 22 mars 2023, M. A C, représenté par Me Thoumine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans le mois de la notification du jugement et sous astreinte, en lui délivrant dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué était incompétent ;

- les décisions attaquées ne sont pas régulièrement motivées ;

- l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; s'il existe, est irrégulier ;

- l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 202Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B de Baleine, président ;

- les observations de Me Thoumine, avocate de M. C, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né en 1982, est entré sur le territoire français le 9 décembre 2018, selon ses déclarations. Par un arrêté du 4 février 2020, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. La requête dirigée contre cet arrêté a été rejetée par une décision du tribunal administratif de Nantes du 18 février 2020. M. C est néanmoins demeuré sur le territoire français et, le 15 décembre 2020, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de son état de santé. Par l'arrêté du 21 mars 2022 dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 31 août 2021, publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la Loire-Atlantique, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme F, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique et, en son absence ou son empêchement, à M. E, son adjoint, à l'effet de signer un arrêté de la nature de celui dont la requérante demande l'annulation et, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de l'une comme de l'autre et dans la limite des attributions du bureau du séjour, à Mme G, cheffe du bureau du séjour, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un tel arrêté. Les décisions refusant un titre de séjour, assorties d'une obligation de quitter le territoire français fixant le pays de renvoi sont au nombre de ces attributions. Il ne ressort pas du dossier que cette directrice et son adjoint n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés. Il en résulte que le moyen de l'incompétence de cette signataire ne peut qu'être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer un titre de séjour au requérant, ce dont résulte que cette décision est régulièrement motivée. Par suite et conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Cet arrêté, qui vise notamment l'article L. 721-3 de ce code, constate que l'intéressé est ressortissant tunisien et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire est, de ce seul fait, régulièrement motivée.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". En outre, aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

5. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425 11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. ". Enfin, l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application des dispositions précitées prévoit que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

6. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être rendu à l'issue d'une délibération pouvant prendre la forme, soit d'une réunion, soit d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. Le caractère collégial de cette délibération constitue une garantie pour le demandeur de titre de séjour. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'étranger intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet. Il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour présentée en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par le collège de médecins.

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à M. C le titre de séjour qu'il avait sollicité en se prévalant de son état de santé, le préfet de la Loire-Atlantique s'est prononcé au vu d'un avis d'un collège de trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 5 octobre 2021 émis au vu d'un rapport médical établi le 20 septembre 2021 par une médecin n'étant pas au nombre des membres de ce collège. Cet avis, qui fait état de ce que le collège en étant l'auteur l'a émis après en avoir délibéré, présente un caractère collégial. La circonstance que le délai de trois mois prévu au dernier alinéa de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, délai qui ne constitue pas une garantie pour le demandeur, n'a pas été observé n'est pas de nature à vicier la procédure à l'issue de laquelle a été émis l'avis du 5 octobre 2021. Il en résulte qu'en ses diverses branches, le moyen tiré de l'irrégularité de cet avis doit être écarté.

8. Il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

9. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

10. Pour refuser à M. C la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé, le préfet, qui a examiné la situation de l'intéressé et faisant sien l'avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 5 octobre 2021, a estimé que, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale à défaut de laquelle il pourrait en résulter pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristique du système de santé dans le pays dont il est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, son état de santé lui permettant de voyager sans risque.

11. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est affecté d'une schizophrénie paranoïde importante, pour le traitement de laquelle lui sont prescrits en France des neuroleptiques injectables. Il en ressort également que des possibilités de traitement approprié de tels troubles psychiatriques existent en Tunisie, tant en structure hospitalière que par la prescription de médicaments propres à de tels troubles, dont des neuroleptiques injectables, le système tunisien de sécurité sociale prenant en outre en charge intégralement pendant au moins un an les frais occasionnés par le traitement de la schizophrénie, affection de longue durée exonératoire de cotisation à la sécurité sociale tunisienne. Il n'y a pas lieu de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe et ce, en dépit des appréciations dépréciatives sur la prise en charge psychiatrique en Tunisie par l'auteur du certificat du 7 avril 2022 que présente le requérant. En outre, la circonstance que le médicament spécifique prescrit au requérant en France, dont le principe actif est l'olanzapine, ne serait pas, sous sa forme injectable prescrite en France, disponible en Tunisie, n'est pas propre à établir qu'un traitement approprié à l'état de santé du requérant n'existerait pas dans ce pays, où la clozapine et l'olanzapine sont, comme de nombreux autres neuroleptiques, disponibles. M. C ne justifie pas de circonstances exceptionnelles tirées de particularités de sa situation personnelle qui l'empêcheraient d'accéder effectivement à une prise en charge qui est, en Tunisie, accessible à la généralité de la population. Par suite, c'est par une exacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que le requérant ne remplit pas les conditions ouvrant droit à la délivrance de la carte de séjour temporaire qu'elles prévoient. En conséquence, les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 ne s'opposaient pas à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.

12. Au surplus, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Selon l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que les 3 février, 10 février et 22 février 2020, le requérant s'est rendu coupable de faits de refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, rébellion, tentative de vol avec destruction ou dégradation, vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et violence par une personne en état d'ivresse manifeste suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. En répression de ces infractions, le tribunal correctionnel de Nantes l'a, le 17 mars 2020, condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans. Eu égard à la nature et au caractère récent de ces infractions et quand bien même, ainsi que le soutient le requérant, elles trouveraient leur explication dans des troubles psychiatriques dont il est atteint, le préfet a pu légalement estimer que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public et que, pour cette raison également, il y avait lieu de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français, à une date dont il ne justifie pas. Ce séjour, remontant au mois de décembre 2018 selon ses déclarations, n'est pas ancien, alors que l'intéressé est âgé de quarante ans. Il ne justifie pas de liens personnels, en particulier familiaux, intenses, anciens et stables en France, alors qu'il a fait l'objet en 2020 d'une première mesure d'obligation de quitter le territoire français, assortie d'une interdiction de retour pendant un an. Le requérant est célibataire et n'a aucune tierce personne à sa charge. Il est l'auteur des infractions rappelées ci-dessus, qui ne témoignent pas d'une insertion accomplie en France. Le requérant, en tout état de cause âgé de quarante ans, n'est pas sans attaches en Tunisie, où il a vécu pendant au moins trente-cinq ans et où résident sa mère, une sœur et un frère, son autre sœur établie en France, à la charge de laquelle le requérant n'est pas, même si elle l'héberge à Nantes, pouvant se rendre en Tunisie. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions du séjour du requérant en France comme aux effets d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été pris l'arrêté attaqué. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de celle lui refusant le séjour. Il ne l'est pas non plus à soutenir que la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction qu'elle présente ne peuvent, dans ces conditions, être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ces titres.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Thoumine.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le président-rapporteur,

A. B DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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