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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209135

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209135

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantLAMY-RABU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 juillet 2022 et 12 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Lamy Rabu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2022 par lequel préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi que cette décision a été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1979, déclare être entré irrégulièrement en France le 30 mai 2013. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 20 juillet 2015 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 24 mars 2016. Sa demande de réexamen a également été rejetée. Entre le 1er mars 2017 et le 28 février 2018, il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour motif de santé. Sa demande de renouvellement a été rejetée par un arrêté du 21 décembre 2018, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Nantes le 22 mai 2019 et par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Nantes du 2 octobre 2019. Le 7 septembre 2021, il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 23 mars 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire, qui disposait, en application d'un arrêté du 7 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial de la préfecture de Maine-et-Loire d'une délégation pour signer " tous arrêtés, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que, si M. A déclare être entré sur le territoire au mois de mai 2013, et résidait donc sur le territoire depuis près de neuf ans et demi à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, cette durée de séjour résulte principalement de son maintien irrégulier sur le territoire français à la suite du rejet de sa demande d'asile, à l'exception d'une année, ainsi que du refus de déférer à une mesure d'éloignement prise à son encontre en 2018. Si le requérant fait valoir les liens qu'il entretient avec son fils, né en 2017 de sa relation avec une ressortissante française, en évoquant le droit de visite qui lui a été accordé par un jugement du 24 novembre 2020 du juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d'Angers, les deux visites dont il justifie par une attestation de l'association Médiations 49 sont intervenues près d'un an avant l'édiction de la décision attaquée, et ne suffisent pas à établir l'existence d'une véritable relation entre le requérant et son fils, dont l'exercice conjoint de l'autorité parentale lui a par ailleurs été refusé en 2019, puis en 2020 au motif que M. A ne démontrait pas s'être investi auprès de son fils. Si l'intéressé se prévaut par ailleurs de sa relation avec une ressortissante française depuis deux ans à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, l'attestation de sa compagne qu'il produit en ce sens est ancienne et ne permet pas d'établir l'intensité des liens noués avec elle. Au titre de sa vie professionnelle, M. A établit avoir travaillé en qualité d'agent de démantèlement entre juillet 2017 et février 2019 en produisant plusieurs contrats d'intérim et bulletins de paye en ce sens. Il établit également avoir réalisé des missions de bénévolat auprès de l'association Quazar par la production d'une attestation rédigée par le référent du pôle Droits des étrangers de l'association. Si ces éléments témoignent de la volonté d'investissement professionnel et personnel de M. A, ils ne suffisent pas à établir l'existence d'une véritable insertion socio-professionnelle de l'intéressé en France. Il suit de là que le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, les circonstances dont se prévaut M. A ne pouvant être qualifiées de considérations humanitaires ou de motif exceptionnel au sens des dispositions citées au point précédent, le préfet de Maine-et-Loire, en refusant de faire bénéficier M. A de l'admission exceptionnelle au séjour, n'a pas méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Anne-Pascale Lamy-Rabu.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELONL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILIN

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

cg

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