vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2209218 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 12 juillet 2022, le 2 février 2023 et le
8 mars 2023, Mme A D, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de son enfant mineur B D, représentée par Me Bourgeois, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 6 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision en date du 27 septembre 2021 de l'autorité consulaire française à Abidjan (Côte d'Ivoire) refusant un visa d'entrée et de long séjour au jeune B D au titre de la réunification familiale ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande dans les mêmes conditions d'astreinte et de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant au caractère partiel de la réunification ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'erreur d'appréciation tant au regard des documents produits que des éléments de possession d'état qui établissent la filiation avec le jeune demandeur de visa ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2023, le ministre de l'intérieur et de l'outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 mars 2023 :
- le rapport de Mme Roncière, rapporteure,
- et les observations de Me Thuilliez, substituant Me Bourgeois, représentant Mme D, et de Mme D elle-même.
Une note en délibéré, enregistrée le 17 mars 2023, a été présentée par Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante ivoirienne, née le 31 décembre 1988, s'est vu reconnaître le statut de réfugiée par une décision en date du 15 juin 2018. Le jeune B D, né le 4 février 2009, qu'elle présente comme son fils, a déposé une demande de visa de long séjour auprès des autorités consulaires françaises à Abidjan (Côte d'Ivoire), en qualité de membre de la famille d'une réfugiée. Par une décision du 27 septembre 2021, ces autorités ont refusé de délivrer le visa sollicité. Par une décision du 6 janvier 2022, dont Mme D, demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Les motifs de la décision attaquée sont tirés d'une part, des contradictions et incohérences existant entre les informations contenues dans le jugement supplétif de naissance du demandeur de visa, le certificat de décès du père allégué et les déclarations de Mme D devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et d'autre part, du caractère partiel de la réunification dès lors qu'aucune demande de visa n'a été déposée pour l'enfant Yeo Eldady.
3. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. Si le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire est un mineur non marié, il peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint par ses ascendants directs au premier degré, accompagnés le cas échéant par leurs enfants mineurs non mariés dont ils ont la charge effective. L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. " Aux termes de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. "
4. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.
5. Pour justifier du lien de filiation et de l'identité du jeune B, Mme D produit un jugement supplétif n° 3761/2019 du tribunal de première instance de Daloa (Côte d'Ivoire) rendu le 14 octobre 2019, un extrait du registre des actes d'état civil dressé le 29 janvier 2020 sur transcription du jugement précité par l'officier d'état civil de la commune de Mankono ainsi qu'une copie d'acte d'état civil délivrée le 10 septembre 2020 par l'officier d'état civil de la commune de Mankono. Ces documents mentionnent que le jeune B D, né le 4 février 2009 à Mankono, est l'enfant de M. F D, né le 1er janvier 1988, et de Mme A D, née le 31 décembre 1988. La requérante produit également le passeport du jeune B délivré le 10 janvier 2020 mentionnant les mêmes date et lieu de naissance. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du récit de demande d'asile et du formulaire d'entretien devant l'OFPRA, que Mme D a toujours déclaré que son fils B dont le père était son mari, dénommé C D, était " né avec le paludisme et décédé avant ses 1 an à défaut de soins ". Mme D a affirmé avoir fui la Côte d'Ivoire en 2017 afin de fuir un mariage forcé avec M. C D, son mari, dont elle avait eu deux fils, les jeunes B D, né en 2009 qu'elle déclarait décédé, et le jeune E, né en 2012 et déclaré disparu en Lybie. En outre, le ministre relève en particulier que le jugement supplétif n° 3761/2019 du tribunal de première instance de Daloa (Côte d'Ivoire) rendu le 14 octobre 2019 a été rendu sur requête de M. F D alors qu'est produit au dossier l'acte de décès de ce dernier qui mentionne un décès le 1er janvier 2010 à l'hôpital général de Manakono. Mme D indique que " ne souhaitant pas déclarer M. C D, le père biologique de B, par crainte qu'il retrouve son fils et porte atteinte à sa vie " comme il l'avait déjà fait, selon elle, en l'abandonnant du fait de son handicap, elle a " utilisé l'identité d'un voisin et ami décédé, M. F D ". Eu égard aux incohérences qui viennent d'être rappelées, le caractère frauduleux du jugement doit être regardé comme démontré. Les attestations de tiers confirmant le récit de Mme D et les copies d'échanges sur les réseaux sociaux, toutes postérieures à la décision attaquée, ne sont pas de nature à établir l'effectivité du lien filial allégué. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer au jeune B D le visa sollicité en retenant le motif tiré des contradictions et incohérences existant entre les informations contenues dans les documents produits et les déclarations de la réunifiante devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il résulte de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif.
6. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, faute d'établissement de l'identité du demandeur de visa et de son lien de filiation avec Mme D, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au ministre de l'intérieur et de l'outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026