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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209343

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209343

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantARNAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 19 juillet 2022 et 21 février 2023, Mme A B, représentée par Me Arnal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur d'appréciation ; elle souffre d'un diabète de type 2 ; depuis le mois de mai 2022, elle doit prendre de l'insuline par stylo prérempli ; compte tenu des dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017, la seule existence d'un traitement médicamenteux dans son pays d'origine ne suffit pas à démontrer qu'elle puisse bénéficier d'un traitement approprié ; en Guinée, le système de santé est exsangue suite à l'épidémie de virus Ebola ; l'accès aux soins est difficile et onéreux ; elle n'a plus aucun parent en Guinée ; si elle doit y retourner, elle y sera isolée et sans ressource pour financer son suivi médical ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation ; son parcours d'intégration en France est réussi ; en dépit de l'épreuve qu'elle a dû surmonter à la suite de la naissance de son enfant, elle s'est investie dans différents ateliers d'insertion professionnelle ; elle entretient une relation de concubinage depuis mai 2021 avec un compatriote qui est père d'un enfant réfugié ; ils ont emménagé ensemble dans un logement social en mai 2022 ; son désir de grossesse justifie qu'elle s'engage dans une procédure de procréation médicalement assistée ; elle a pour seule attache en Guinée son fils qui a été confié à sa grand-mère paternelle ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen préalable de sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- le préfet a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son éloignement mettrait un terme à son suivi médical alors que celui-ci est impératif compte tenu de la gravité de sa pathologie ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,

- et les observations de Me Le Gall, substituant Me Arnal, avocate de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne née le 20 octobre 1998, déclare être entrée irrégulièrement en France le 9 octobre 2018. Après avoir vainement demandé l'asile, elle a demandé, le 3 mai 2021, au préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 25 mars 2022, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Guinée comme pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté attaqué du 25 mars 2022 a été signé par Mme E F, cheffe du bureau du séjour au sein de la direction des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme D, directrice des migrations et de l'intégration, ou, en l'absence de cette dernière, à son adjoint, M. C, à l'effet de signer, notamment, au titre du bureau du séjour, " les décisions portant refus de titre de séjour () assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire et d'une décision fixant le pays de renvoi () ". L'article 3 de ce même arrêté attribuait, en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme D et de M. C, la délégation de signature, dans les limites des attributions de son bureau, notamment à Mme F, cheffe du bureau du séjour. Dès lors et en l'absence de contestation de l'absence ou de l'empêchement simultané de Mme D et de M. C le 25 mars 2022, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, en particulier l'article L. 425-9. Il rappelle le parcours de Mme B sur le territoire français, notamment le rejet de sa demande d'asile, son dépôt d'une demande de titre de séjour pour raison de santé ainsi que l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur cette demande le 8 novembre 2021. Il mentionne le fait que l'intéressée, célibataire et sans enfant sur le territoire français, conserve une attache en Guinée, lieu de résidence de son enfant mineur. Il mentionne enfin les raisons pour lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que Mme B ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision portant refus de titre de séjour est ainsi suffisamment motivée tant en droit qu'en fait, alors même qu'elle n'est pas accompagnée de l'avis du collège médical de l'OFII et qu'elle n'explicite pas les raisons pour lesquelles la prise en charge médicale nécessitée par l'état de santé de Mme B serait disponible dans son pays d'origine. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de la requérante avant de statuer sur sa demande de titre de séjour.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé " l'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de l'affection en cause " et que " l'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié".

6. Il ressort des pièces du dossier que, faisant suite à la demande de titre de séjour présentée par Mme B, le collège de médecins de l'OFFI a rendu un avis, le 8 novembre 2021, indiquant que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Guinée, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

7. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFFI allant dans le sens de ses conclusions doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Mme B, qui a levé le secret médical, fait valoir qu'elle souffre d'un diabète de type 2, découvert en mars 2021, exempt de complications, qui nécessite un traitement régulier. Il ressort des pièces médicales versées au dossier que si l'intéressée s'était vu prescrire, dans un premier temps, les médicaments Metformine, inscrit sur la liste OMS des médicaments essentiels en Guinée établie en 2021, produite par le préfet, et Trulicity, non inscrit sur cette liste, son état s'est stabilisé et nécessitait, à la date de l'arrêté attaqué, la prise régulière d'insuline en raison d'un désir de grossesse. Selon la liste des médicaments essentiels en Guinée et la fiche Medcoï 2018 produite par le préfet, l'insuline est disponible dans ce pays sous les trois formes lente, ordinaire et semi-lente. Mme B ne soutient ni même n'allègue que le Trulicity lui était encore prescrit à la date de l'arrêté attaqué. Si elle produit un certificat médical d'un médecin généraliste, daté du 2 mai 2022, selon lequel " une interruption de son traitement ne manquera pas d'arriver en cas de retour en Guinée ", ce certificat ne comporte aucune précision de nature à démontrer que son auteur aurait disposé d'informations précises concernant les structures sanitaires de la Guinée et les médicaments et soins disponibles dans ce pays. La requérante se prévaut d'un extrait du rapport du 5 novembre 2019 du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, relatif aux conséquences sur le système de santé guinéen de l'épidémie d'Ebola survenue en 2014. Elle s'appuie par ailleurs sur un communiqué de presse établi à Conakry en 2019, dans le cadre du projet d'appui au renforcement du système de santé guinéen, dans lequel l'Union européenne et l'Agence française de développement, après avoir reconnu l'existence de difficultés majeures dans le traitement du diabète en Guinée, mentionnaient la mise en place d'unités et de services spécialisés de prise en charge du diabète dans tous les hôpitaux régionaux du pays. Elle fait état enfin de l'étude menée par des médecins du CHU de Conakry en 2014 sur le coût généré par les complications du diabète auprès de 85 sujets, mettant en exergue le montant très élevé du coût direct des complications du diabète. Toutefois, ni ces documents à caractère général, ni les autres pièces du dossier, ne permettent de tenir pour établi que le traitement et le suivi qui étaient prescrits à la requérante à la date de l'arrêté attaqué ou un traitement équivalent adapté à sa pathologie n'étaient pas disponibles à cette date en Guinée. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ". Pour l'application des stipulations précitées, la personne de nationalité étrangère qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'elle a conservés dans son pays d'origine.

10. Mme B se prévaut de sa présence en France depuis quatre ans à la date de la décision attaquée. Toutefois, cette durée s'explique en partie par celle du traitement de sa demande d'asile. Si elle fait valoir qu'elle a entamé en mai 2021 une relation de concubinage avec un compatriote, que ce dernier a obtenu la régularisation de sa situation administrative en tant que parent d'un enfant réfugié, qu'ils ont emménagé ensemble dans un logement social en mai 2022 et qu'elle projette de s'engager dans une procédure de procréation médicalement assistée, les pièces qu'elle produit, à savoir une facture EDF à leurs deux noms du 20 mai 2022 et une seconde facture ainsi qu'un échéancier du 22 janvier 2023, sont insuffisantes pour démontrer l'existence d'une relation solide entre ces deux personnes à la date de la décision attaquée, soit le 25 mars 2022. Si Mme B soutient que, ses parents et le père de son enfant étant décédés, elle serait isolée en Guinée, il ressort des pièces du dossier qu'elle a confié son fils mineur à sa grand-mère paternelle dans ce pays. Par ailleurs, les circonstances que Mme B a eu un enfant mort-né en février 2019, dans le cadre d'une relation avec un autre compatriote, qu'elle s'est inscrite à la mission locale, s'est engagée dans un parcours de recherche d'une qualification et a participé à un atelier de couture ne suffisent pas à établir, au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique aurait porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté de même que, pour les mêmes raisons, celui tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de la requérante.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour, opposée à Mme B, ayant été écartés, l'intéressée n'est pas fondée à se prévaloir de l'annulation de cette décision pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Le 3° de l'article L. 611-1 du même code est relatif à l'hypothèse où, comme c'est le cas de Mme B, la personne de nationalité étrangère s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit au point 4, en l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

14. Pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 8, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la protection instituée par les dispositions citées au point précédent.

15. En quatrième lieu, pour les raisons mentionnées au point 10, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il fixe le pays de destination, vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il relève que Mme B n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées dans son pays d'origine ou qu'elle y serait exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ajoute que Mme B n'a produit aucun élément qui justifierait d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, cette décision, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

17. En second lieu, pour les raisons mentionnées au point 10, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en désignant la Guinée comme pays de destination.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 25 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

19. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

20. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Yseult Arnal.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

Le président-rapporteur,

L. MARTINL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSE

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

ef

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