mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2209393 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 3ème chambre |
| Avocat requérant | MITATA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2022, Mme B C A, représentée par Me Mitata, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera susceptible d'être éloignée d'office passé ce délai et l'a astreinte à se présenter au commissariat de police d'Angers les lundis, mercredis et vendredis à 10h00 ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours, sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendue ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- Elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la mesure d'astreinte :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Degommier, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Degommier, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1.Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o ".
2. Mme B C A, ressortissante angolaise née le 1er mai 1998, déclare être entrée en France le 21 décembre 2019. Sa demande d'admission au statut de réfugié a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 24 février 2021, et ce rejet a été confirmé par une décision du 14 juin 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 23 juin 2022, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera susceptible d'être éloigné d'office passé ce délai et l'a astreint à se présenter au commissariat de police d'Angers les lundis, mercredis et vendredis à 10h0.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté de délégation de signature du 7 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer tous actes et décisions concernant les attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire à certaines exceptions dont ne relèvent pas, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de départ, fixation du pays de destination et astreinte de présentation aux services de police. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les articles L. 542-1, L. 542-3, le 4° de l'article L. 611-1 et L. 721-3, L. 721-4 et L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle comporte des éléments de la biographie de Mme A, relatifs notamment à l'ancienneté de sa présence en France, aux démarches qu'il a accomplies afin d'obtenir l'asile et à sa situation personnelle et familiale. Elle précise en particulier que l'intéressée est célibataire sans enfants, que si l'une de ses sœurs a obtenu la protection subsidiaire, son autre sœur a vu sa demande d'asile rejetée, que ses parents et frères résident en Angola et qu'elle n'établit pas détenir d'attaches personnelles anciennes, intenses et stables en France. Dès lors, cette décision est, contrairement à ce que soutient la requérante, suffisamment motivée en droit comme en fait. Il ressort en outre de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen préalable suffisamment précis et approfondi de la situation de Mme A.
5. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Lorsque le préfet oblige un étranger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il fixe, à cet effet, le pays à destination duquel il sera reconduit en cas d'inexécution de cette obligation, dont les dispositions sont issues de la transposition en droit national de la directive du 16 décembre 2008, le préfet doit être regardé comme mettant en œuvre le droit de l'Union.
6. À l'occasion du dépôt de sa demande d'asile, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit reconnue la qualité de réfugié et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile. Il lui est, en outre, loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
7. En l'espèce, s'il est constant que Mme A n'a pas été invitée par l'administration à présenter, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, ses observations écrites ou orales sur la perspective d'une mesure d'éloignement, elle ne pouvait ignorer qu'elle était susceptible de faire l'objet d'une telle mesure après le rejet définitif de sa demande d'asile. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ait été privée de la possibilité de présenter des observations écrites ou orales ou qu'elle aurait demandé en vain un entretien avec les services préfectoraux. Il suit de là que le moyen tiré du non-respect du droit d'être entendu doit être écarté.
8. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
9. Il n'est pas contesté que Mme A est célibataire sans enfant et si l'une de ses sœurs, Anastacia A, née le 23 avril 2003 à Cunene également de nationalité angolaise, a obtenu la protection subsidiaire, son autre sœur, Monica Saviti, de nationalité angolaise, a vu sa demande d'asile rejetée par l'OFPRA et la CNDA. En outre, ses parents et ses frères résident en Angola. Mme A ne justifie pas avoir noué des liens personnels et familiaux en France anciens, intenses et stables, compte tenu notamment du fait qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 21 ans. Eu égard au caractère récent de la présence en France de l'intéressée et au rejet définitif de sa demande d'admission au statut de réfugié, l'éloignement de Mme A ne porte pas une atteinte excessive à son droit de mener une vie familiale normale. Elle n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :
10. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. Mme A n'est, par suite, pas fondée à invoquer par voie d'exception l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire.
Sur la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. Mme A n'est par suite pas fondé à invoquer par voie d'exception l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales: " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
13. Mme A fait valoir qu'elle a dû quitter son pays en raison d'agressions à caractère sexuelles qu'elle subissait de la part d'un groupe d'hommes inconnus du quartier dans lequel résidait sa famille, que sa plainte n'a eu aucune suite et qu'elle n'a obtenu aucun soutien de la part des autorités de son pays. Elle précise que sa sœur Anastacia, qui a subi les mêmes agressions qu'elle, a obtenu la protection subsidiaire et que les autorités angolaises font preuve d'inaction chronique à l'égard des violences sexuelles. Toutefois, la Cour nationale du droit d'asile n'a pas estimé probant le récit fait par la requérante, et a relevé notamment que Mme A est demeurée évasive à l'évocation du profil et de la dangerosité de ses tourmenteurs, qu'elle n'a pas fait état de la présence de ces délinquants en dehors de sa localité d'origine, qu'elle a indiqué que ses parents et sa fratrie ont déménagé et n'étaient pas inquiétés par ce groupe de délinquants, et qu'elle n'a pas apporté d'explication tangible sur les raisons pour lesquelles elle ne serait pas en mesure de vivre avec sa famille dans cette autre localité sans y être inquiétée. Le fait que la sœur de Mme A a obtenu la protection subsidiaire n'implique pas que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation quant aux risques personnels qu'elle pourrait encourir en Angola, alors qu'il est constant que l'autre sœur de Mme A a vu sa demande d'asile rejetée. Mme A n'apporte ainsi aucun élément probant permettant d'établir qu'elle encourrait effectivement, en cas de retour dans son pays, des risques pour sa vie ou sa liberté ou qu'elle y serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants. Dans ces conditions, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de destination.
Sur la légalité de la décision astreignant le requérant à se présenter auprès des services de police pour y indiquer les diligences dans la préparation de son départ :
14. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".
15. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que Mme A invoque à l'encontre de la décision l'astreignant à se présenter chaque jeudi au commissariat de police d'Angers afin d'indiquer ses diligences dans la préparation de son départ, doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A, à Me Mitata et au préfet de Maine-et-Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
S. DEGOMMIERLa greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026