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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209480

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209480

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCHAMKHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrée le 20 juillet 2022 et le 3 août 2022, M. G E, représenté par Me Chamkhi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la durée de ce réexamen, dans un délai de 15 jours et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et méconnaît les articles L. 432-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la gravité de ses conséquences ;

- la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la gravité de ses conséquences ;

- elle méconnaît le droit d'accès à un juge et de représentation en justice ;

- la décision attaquée fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Chamkhi, avocat de M. E, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant azerbaidjanais né le 22 septembre 1976, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2011. Il s'est vu délivrer des titres de séjour, valables du 18 juillet 2016 au 17 juillet 2021, dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 17 juin 2022, pris avis de la commission du titre de séjour réunie le 16 mai 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français. M. E demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 17 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 18 mars 2021 et disponibles sur les sources librement accessibles, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à M. F B, attaché principal, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration, toutes décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration. Ainsi, et alors qu'il n'est pas contesté que Mme D était absente ou empêchée à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les éléments de fait et de droit qui le fonde. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen complet et sérieux. Ainsi, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 de ce code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). "

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ". Et aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. Le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté la demande de M. E au motif que sa présence en France est constitutive d'une menace à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. E réside en France depuis l'année 2011, qu'il est séparé de son épouse qui l'a assigné en procédure de divorce en juillet 2020, et que le couple a eu 3 enfants mineurs nés respectivement en 2005, 2007 et 2015. Par ailleurs, M. E justifie de l'exercice d'un emploi en qualité de peintre sous couvert d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er juin 2019. Toutefois, M. E a été interpellé le 25 février 2016 pour travail dissimulé et emploi d'étranger sans titre de séjour. Il a été condamné par le tribunal correctionnel de Nantes le 17 juillet 2020 à deux ans d'emprisonnement dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans et écroué du 26 août 2021 au 26 octobre 2021, pour port sans motif légitime d'arme blanche ainsi que violences réitérées n'ayant pas entraîné d'incapacité supérieure à huit jours, commises contre son épouse et leurs enfants mineurs, ainsi que menaces de mort réitérées contre son épouse. Dans ces conditions, et alors que la commission du titre de séjour a émis un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit, ni d'aucune erreur de fait et n'a pas fait une inexacte application des dispositions des articles L. 432-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant que la présence de M. E en France est constitutive d'une menace à l'ordre public.

7. En quatrième lieu, alors que l'intéressé, écroué pendant une durée de trois mois pour les motifs précédemment exposés, séparé de son épouse et qui n'exerce plus l'autorité parentale sur leurs enfants mineurs par décision du juge pénal, ne dispose pas d'attaches fortes, stables et ancrées en France, les décisions attaquées portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire française ne portent pas une atteinte disproportionnée, eu égard au motif pour lequel elles ont été prises, au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté. Pour les mêmes motifs, ces décisions ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

8. En cinquième lieu, dès lors que le requérant ne justifie pas des liens qu'il aurait conservés avec ses enfants mineurs qui résident avec leur mère et sur lesquels il n'exerce plus l'autorité parentale, quand bien même celui-ci serait tenu envers eux à une obligation alimentaire, les décisions attaquées ne méconnaissent pas, dans les circonstances de l'espèce, les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

9. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant devait nécessairement se présenter personnellement devant le juge des enfants antérieurement à l'intervention des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'accès à un juge doit être écarté.

10. En septième lieu, compte tenu de ce qui précède, M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, ni que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E, qui n'a pas présenté de demande d'asile, encourrait des risques actuels, réels et personnels en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Chamkhi.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

S. C

Le président,

A. A DE BALEINE

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne

au préfet de la Loire-Atlantique

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce

requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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