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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209493

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209493

jeudi 9 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209493
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. A... contestant la décision du ministre de l'intérieur du 24 février 2022, qui avait confirmé l'irrecevabilité de sa demande de naturalisation. Le requérant ne justifiait pas de cinq ans de résidence continue en France, condition posée par l'article 21-17 du code civil. Le tribunal a jugé que son activité d'agent de sécurité pendant la crise sanitaire ne constituait pas un "service important" au sens de l'article 21-18 du code civil, permettant une réduction du délai de résidence à deux ans. La décision attaquée n'est donc entachée ni d'incompétence de son signataire, ni d'erreur d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et deux mémoires respectivement enregistrés les 20 et 21 juillet 2022 et les 25 mars et 29 avril 2024, M. G... A..., représenté par Me Toihiri, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 24 février 2022 par laquelle le ministre de l’intérieur a, d’une part, rejeté son recours administratif reçu le 8 octobre 2021 et formé contre la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 22 septembre 2021 ayant déclaré sa demande de naturalisation irrecevable et, d’autre part, confirmé cette irrecevabilité ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur lui délivrer la nationalité française dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- il n’est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision attaquée ;
- la décision attaquée est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’en application de la circulaire du 14 septembre 2020 portant reconnaissance de l’engagement des ressortissants étrangers pendant la crise de la COVID-19, il peut prétendre au bénéfice des dispositions de l’article 21-18 du code civil, ayant travaillé, pendant la crise sanitaire, en qualité d’agent de sécurité au sein d’un centre commercial.

Par deux mémoires en défense, respectivement enregistrés le 12 décembre 2023 et le 18 avril 2024, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- le moyen tiré de la méconnaissance de la circulaire du 14 septembre 2020 est inopérant ;
- aucun des autres moyens invoqués n’est fondé.

Par une décision du 16 mai 2022, M. F... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle (55 %).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 22 septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a déclaré irrecevable la demande de naturalisation présentée par M. E... B... A..., ressortissant algérien. Saisi d’un recours administratif préalable reçu le 8 octobre 2021, le ministre de l’intérieur a, par une décision du 24 février 2022, qui s’est substituée à la décision du préfet de Seine-Saint-Denis et à sa propre décision implicite de rejet, rejeté ce recours et confirmé l’irrecevabilité. M. B... A... demande l’annulation de la décision ministérielle du 24 février 2022.

2. En premier lieu, par une décision du 30 août 2018 publiée au Journal officiel de la République française le 2 septembre 2018, la directrice de l’accueil, de l’accompagnement des étrangers et de la nationalité, compétente à cet effet en vertu de l’article 3 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, a donné délégation à Mme C... D..., attachée d’administration de l’Etat, à l’effet de signer au nom du ministre de l’intérieur la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article 21-17 du code civil : « Sous réserve des exceptions prévues aux articles 21-18, 21-19 et 21-20, la naturalisation ne peut être accordée qu'à l'étranger justifiant d'une résidence habituelle en France pendant les cinq années qui précèdent le dépôt de la demande ». Selon l’article 21-18 du même code : « Le stage mentionné à l'article 21-17 est réduit à deux ans : (…) / 2° Pour celui qui a rendu ou qui peut rendre par ses capacités et ses talents des services importants à la France (…) ».

4. Pour déclarer irrecevable la demande de naturalisation de M. B... A..., le ministre de l’intérieur s’est fondé sur le motif tiré de ce que ce dernier ne justifiait pas, à la date de sa demande de naturalisation, de cinq ans de résidence continue et régulière en France.

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la capture d’écran du logiciel AGDREF et du récépissé de dépôt de la demande de naturalisation formée par le requérant, que M. B... A... a obtenu son premier titre de séjour le 14 juin 2017 et a déposé ladite demande le 29 juin 2021. Il s’ensuit qu’il ne remplissait pas, à la date du dépôt de sa demande de naturalisation, la condition d’une résidence stable et régulière depuis cinq ans. Par ailleurs, s’il établit qu’il a exercé sa profession d’agent de sécurité au sein d’un centre commercial pendant la crise sanitaire, cette seule circonstance ne peut suffire à établir qu’il a accompli des « services importants » au sens de l’article 21-18 du code civil précité. Par suite, le ministre de l’intérieur, en déclarant irrecevable la demande de naturalisation de M. B... A... sur le motif cité au point précédent n’a pas entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.

6. En dernier lieu, dans le cas où un texte prévoit l'attribution d'un avantage sans avoir défini l'ensemble des conditions permettant de déterminer à qui l'attribuer parmi ceux qui sont en droit d'y prétendre, l'autorité compétente peut, alors qu'elle ne dispose pas en la matière du pouvoir réglementaire, encadrer l'action de l'administration, dans le but d'en assurer la cohérence, en déterminant, par la voie de lignes directrices, sans édicter aucune condition nouvelle, des critères permettant de mettre en œuvre le texte en cause, sous réserve de motifs d'intérêt général conduisant à y déroger et de l'appréciation particulière de chaque situation. Dans ce cas, la personne en droit de prétendre à l'avantage en cause peut se prévaloir, devant le juge administratif, de telles lignes directrices si elles ont été publiées. En revanche, il en va autrement dans le cas où l'administration peut légalement accorder une mesure de faveur au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit. S'il est loisible, dans ce dernier cas, à l'autorité compétente de définir des orientations générales pour l'octroi de ce type de mesures, l'intéressé ne saurait se prévaloir de telles orientations à l'appui d'un recours formé devant le juge administratif.

7. Le requérant ne peut utilement se prévaloir du contenu de la circulaire du 14 septembre 2020 portant reconnaissance de l’engagement des ressortissants étrangers pendant la crise de la COVID-19, dont les énonciations ne constituent pas des lignes directrices dont il pourrait se prévaloir devant le juge.
 
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... A... ne peut qu’être rejetée, en toutes ses conclusions.
 

 
D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. B... A... est rejetée.






Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E... B... A... et au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.



Délibéré après l’audience du 25 septembre 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2025.


La rapporteure,




A. BAUFUMÉ
La présidente,




M. BÉRIA-GUILLAUMIE


Le greffier,




P. VOSSELER

La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,



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