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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209542

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209542

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209542
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 juillet 2022 et 27 avril 2023, Mme A B, représentée par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à tout le moins, de lui délivrer une attestation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée lui a été irrégulièrement notifiée dans la mesure où une partie de ses mentions est illisible en raison d'un post-it apposé sur la deuxième page de cette décision ;

- elle méconnaît les dispositions du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du caractère réel et sérieux des études ;

- elle méconnaît les énonciations de la circulaire du 7 octobre 2008 relative aux étudiants étrangers ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par ordonnance du 14 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mai 2023.

Un mémoire en défense présenté par le préfet de Maine-et-Loire, enregistré le 25 mai 2023, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Thierry a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 18 novembre 1997, est entrée en France le 25 août 2016, munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiante et valable jusqu'au 23 novembre 2016. Elle a disposé de certificats de résidence algériens portant la même mention jusqu'au 20 janvier 2022. Sa demande de renouvellement de titre de séjour a été rejetée par un arrêté du 22 juin 2022 du préfet de Maine-et-Loire portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, Mme B soutient que la décision attaquée lui a été irrégulièrement notifiée en ce que les mentions figurant à la deuxième page de cette décision ont été partiellement dissimulées en raison de l'apposition d'un " post-it ". Toutefois, si l'irrégularité de la notification de la décision attaquée est de nature à faire obstacle au déclenchement du délai de recours contentieux, elle est en revanche sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'alinéa 2 de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ". Aux termes du premier alinéa du titre III du protocole additionnel à cet accord : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée en France en août 2016 munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiante, a validé sa première année de licence de Lettres à l'issue de deux années universitaires poursuivies successivement au sein des universités de Tours puis d'Angers. Après avoir validé sa deuxième année de licence de Lettres en juin 2019, elle s'est inscrite en troisième année de licence " Lettres/ Humanités-Enseignement ", toujours au sein de l'université d'Angers. Il est constant que Mme B n'a pas obtenu sa licence, en dépit de deux redoublements au titre de l'année scolaire 2020/2021 puis de l'année 2021/2022, au cours de laquelle son certificat de résidence a expiré. Mme B fait valoir que ses échecs successifs sont indépendants de sa volonté et s'expliquent, d'une part, par une fracture de la cheville l'ayant immobilisée pendant six semaines entre octobre et novembre 2019 et, d'autre part, par les modalités d'enseignement à distance mises en œuvre en raison de la crise sanitaire liée à la pandémie de covid-19. Toutefois, il n'en demeure pas moins que cette période de troubles pour la requérante n'a pu perdurer au-delà de la fin de l'année 2020 ou, tout du moins, de la fin de l'année scolaire 2020/2021 et ne saurait en tout état de cause suffire à expliquer les échecs répétés des années 2020/2021 et 2021/2022. Par ailleurs, si elle fait état de ce qu'elle a été autorisée, à titre exceptionnel, à s'inscrire de nouveau en troisième année de licence au titre de l'année scolaire 2022/2023 et qu'elle a obtenu la validation du premier semestre, au demeurant avec une note de 10,5 sur 20, ces circonstances sont postérieures à la date de la décision attaquée et ne sauraient avoir d'influence sur sa légalité. Dans ces conditions, le préfet de Maine-et-Loire a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que Mme B ne justifiait pas du caractère sérieux de ses études et refuser, pour ce motif, le renouvellement de son certificat de résidence en qualité d'étudiante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du protocole III annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 invoqué par Mme B, laquelle ne peut utilement au demeurant se prévaloir des termes de la circulaire du 7 octobre 2008 relative à l'appréciation du caractère sérieux des études des étudiants étrangers, qui n'a pas de caractère impératif et ne comporte pas de lignes directrices opposables à l'administration, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté du 22 juin 2022 que le préfet de Maine-et-Loire a exposé les raisons pour lesquelles il a estimé que l'obligation de quitter le territoire français ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B et, ainsi, ne méconnaissait pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'obligation de quitter le territoire français sur ce point doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que Mme B invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B ne réside en France que depuis l'année 2016 où elle est entrée âgée de dix-neuf ans pour suivre des études. Si l'intéressée fait valoir qu'elle exerçait une activité professionnelle accessoire à ses études dans le domaine de la petite enfance, elle ne produit aucune pièce permettant d'en attester. En tout état de cause, il est constant qu'elle est célibataire et sans charge de famille et qu'elle ne justifie pas d'attaches personnelles ou familiales sur le territoire français, à l'exception de son frère, de nationalité française, qui l'héberge et pourvoit à ses besoins, ni être dépourvue de telles attaches dans son pays d'origine. Le préfet de Maine-et-Loire, en refusant le renouvellement de son certificat de résidence, n'a ainsi pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Il n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. L'illégalité des décisions portant refus de renouvellement d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, que Mme B invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Maine-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

La rapporteure,

S. THIERRYLe président,

Y. LIVENAISLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

ell

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