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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209611

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209611

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2022, et un mémoire enregistré le 3 mars 2023, M. B A et Mme C E épouse A, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de l'enfant D F, représentés par Me Guilbaud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 avril 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé le refus opposé par les autorités consulaires françaises à Casablanca (Maroc) à la demande de visa de long séjour pour leur fille D F, présentée au titre d'une kafala adoulaire, ensemble la décision consulaire ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de Me Guilbaud, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision de la commission n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'absence de saisine préalable de la Mission de l'adoption internationale et d'approbation des autorités françaises ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par M. et Mme A ne sont pas fondés ;

- la décision attaquée doit être regardée comme fondée sur le motif tiré de ce que l'enfant a été recueillie par acte de kafala dit adoulaire, que son intérêt à vivre auprès des requérants en France n'est pas présumé, notamment eu égard à la situation de cet enfant au Maroc et aux conditions d'accueil proposées en France.

Mme E épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55 %) par une décision du 30 mai 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 mars 2023 :

- le rapport de M. Rosier, rapporteur,

- et les observations de Me Guilbaud, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A et son épouse, Mme C E, ont recueilli l'enfant D F, née le 23 février 2013 à Ouled Bourahmounec (Maroc) selon acte de recueil légal dit de " kafala adoulaire " en date du 1er février 2017. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, a confirmé, le 27 avril 2022, le refus, en date du 21 septembre 2021, des autorités consulaires françaises à Casablanca de faire droit à la demande de visa de long séjour présentée pour la jeune D F. M. et Mme A demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de la décision attaquée qui se réfère à l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, pour refuser de délivrer le visa sollicité, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'il n'y a pas eu de saisine de la Mission de l'adoption internationale et d'approbation, après enquête sociale, des autorités françaises au Maroc conformément aux dispositions de l'article 33 de la convention de La Haye et que, dans ces conditions, il n'est pas établi que les conditions d'accueil et de ressources de M. et Mme A soient suffisantes pour accueillir la jeune D F dont l'intérêt est de demeurer au Maroc auprès de ses parents et de sa fratrie. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit comme en fait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

3.En deuxième lieu, comme il vient d'être dit au point précédent, pour refuser de délivrer à la jeune D F le visa sollicité, la commission de recours a retenu qu'il n'y a pas eu de saisine de la Mission de l'adoption internationale et d'approbation des autorités françaises. Le ministre de l'intérieur reconnaît dans son mémoire en défense que ce motif est erroné.

4.Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur en défense que celui-ci soutient que la décision de la commission est justifiée au motif que M. et Mme A n'établissent pas qu'il serait dans l'intérêt de l'enfant de vivre auprès d'eux, ni que leurs conditions matérielles et de ressources sont suffisantes pour accueillir la jeune D F.

5.Les actes dits de " kafala adoulaire ", au Maroc, ne concernent pas les orphelins ou les enfants de parents se trouvant dans l'incapacité d'exercer l'autorité parentale. Leurs effets sur le transfert de l'autorité parentale sont variables. Le juge se borne à homologuer les actes dressés devant notaire. Dès lors, l'intérêt supérieur de l'enfant à vivre auprès de la personne à qui il a été confié par une telle " kafala " ne peut être présumé et doit être établi au cas par cas. Il appartient au juge administratif d'apprécier, au vu de l'ensemble des pièces du dossier, si le refus opposé à une demande de visa de long séjour pour le mineur est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'exigence définie par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant.

6.Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'enfant Merieme se trouverait dans une situation psychologique, familiale et matérielle de nature à justifier qu'elle soit séparée de sa famille proche, dont ses parents et sa fratrie, et quitte le Maroc. Aucun élément n'a été produit à l'appui de la requête permettant d'établir qu'il serait dans l'intérêt de la demandeuse de visa de vivre auprès des requérants. Il n'est pas démontré que ses parents ne pourraient pas subvenir correctement à ses besoins. Si les requérants soutiennent que l'enfant est confiée à ses grands-parents, ils ne l'établissent pas par les pièces produites alors que Mme A déclare que lorsqu'elle contacte par messagerie l'enfant, sa mère biologique est présente. Enfin, il n'est pas établi que les requérants auraient accueilli l'enfant dès sa naissance alors que la demandeuse de visa a toujours vécu au Maroc. Compte-tenu de ce qui précède, l'administration a pu, sans commettre d'erreur de droit ni méconnaître les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, rejeter la demande de visa.

7.Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8.Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée. Leur requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 24 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C E épouse A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le rapporteur,

P. ROSIER

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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