jeudi 18 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2209787 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LEUDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Leudet, demande au tribunal :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, de lui enjoindre de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la présente décision sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est établie dès lors que sa situation irrégulière a des incidences graves et immédiates sur sa situation, la privant de ressources issues de son travail qui lui permettent de payer son loyer et le traitement lourd qu'elle suit en raison de sa pathologie psycho-traumatique sévère et très invalidante, et a un impact sur son état psychique déjà très fragile ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors qu'il est entaché d'incompétence et d'une procédure irrégulière devant le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- ce doute sérieux existe également dès lors que l'arrêté méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il est entaché d'une erreur d'appréciation des conséquences d'une exceptionnelle gravité de l'arrêt du traitement, alors que son état de santé ne fait l'objet d'aucune guérison mais uniquement d'une stabilisation, qu'il existe un risque de décompensation et de crise psychotique, voire d'automutilation en cas d'arrêt du traitement et que le collège des médecins de l'OFII a rendu un avis contraire une année auparavant, et du caractère effectif de l'accès au traitement dans son pays d'origine alors que ses troubles psychologiques sont directement liés aux évènements subis dans ce pays, que les médicaments qui lui sont prescrits ne sont pas commercialisés en République démocratique du Congo, que très peu de congolais ont accès à la sécurité sociale, que de nombreux médicaments sont contrefaits et que les personnes souffrant de troubles mentaux sont stigmatisées ;
- l'arrêté attaqué est également entaché d'une erreur de droit quant à l'application de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet de la Loire-Atlantique s'est estimé en situation de compétence liée en raison de l'absence de visa de long séjour et de contrat visé par l'autorité administrative, qu'un visa de long séjour n'est pas nécessaire puisqu'elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour dans les six mois après l'expiration de ce dernier, qu'elle est dispensée de produire un contrat visé par l'autorité administrative étant titulaire d'un titre de séjour l'autorisant à travailler et, qu'à tout le moins, le préfet aurait dû l'informer de la nécessité d'accomplir cette formalité ;
- cet arrêté est entaché d'erreurs de fait quant à son hébergement et à l'existence de sa fille et d'une erreur de droit dès lors que le préfet a ajouté une condition non prévue à l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tirée de ce que son activité professionnelle n'aurait été réalisée que dans le cadre exclusif et provisoire de son titre de séjour obtenu en raison de son état de santé ;
- le préfet n'a pas sérieusement examiné sa situation personnelle, notamment la circonstance qu'elle a travaillé dix-sept mois consécutifs malgré ses problèmes de santé, ainsi que son état de santé qui aurait dû être pris en compte au titre de l'examen de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 435-1 précité dès lors qu'elle est présente en France depuis presque cinq ans, dispose d'un logement autonome, est en couple depuis quatre ans avec son conjoint avec qui elle vit, son insertion professionnelle, sociale et personnelle relevant d'un motif exceptionnel au sens de cet article.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la mesure d'éloignement prise à son encontre est suspendue, qu'elle avait connaissance du caractère provisoire de son autorisation de travail, qu'elle n'établit pas que son employeur exige, à brève échéance, qu'elle dispose d'une telle autorisation sous peine d'être licenciée ni que ses capacités de paiement ou son état de santé se soient dégradés du fait de la décision attaquée ;
- il n'a commis aucun défaut d'examen réel et sérieux de la situation de la requérante ;
- la requérante ne justifie pas par les seuls éléments produits que l'arrêt de sa prise en charge médicale devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité alors d'ailleurs, en tout état de cause, qu'elle peut bénéficier d'une telle prise en charge dans son pays d'origine ;
- dans le cadre de son changement de statut, elle devait solliciter, par l'intermédiaire de son employeur, une autorisation de travail ;
- il aurait pris la même décision s'il n'avait pas opposé l'absence de visa de long séjour ;
- il n'a pas méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que Mme B n'est présente en France que depuis cinq années, que son intégration professionnelle est récente, que son concubin n'est titulaire d'aucun droit au séjour en France et qu'elle a conservé des attaches fortes dans son pays d'origine.
Le président du tribunal a désigné Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère, pour statuer sur les demandes en référé.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 26 juillet 2022 sous le numéro 2209860 par laquelle Mme B demande l'annulation de l'arrêté attaqué.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sainquain-Rigollé, magistrate désignée,
- et les observations de Me Dahani, substituant Me Leudet, représentant Mme B, également présente, qui a insisté sur l'urgence à statuer alors que la requérante, qui travaille depuis dix-sept mois consécutifs, risque de se retrouver sans ressource dès lors que les entreprises qui l'emploient attendent la fin de ses congés pour l'autoriser ou non à reprendre le travail compte tenu de l'ordonnance à intervenir, alors qu'elle parvient aujourd'hui à payer le loyer de son logement et les soins nécessaires à son état de santé. Elle a rappelé l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée dès lors que le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son état de santé, du risque important de décompensation qui s'est déjà réalisé en 2018 et 2019 et au titre duquel elle a été hospitalisée et de l'impossibilité d'avoir accès à un traitement et un suivi adaptés dans son pays d'origine, ce qu'avait reconnu le collège des médecins de l'OFII lors de la délivrance de son titre de séjour en raison de son état de santé, qu'il a commis une erreur de droit en soumettant sa demande de titre de séjour en qualité de salarié à la délivrance d'une autorisation de travail, qu'il a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à son parcours exemplaire malgré ses difficultés psychiatriques importantes.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante congolaise née le 21 janvier 1994, a déclaré être entrée en France le 15 mars 2017. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 7 août 2017 confirmée par la cour nationale du droit d'asile le 16 février 2018. Par un arrêté du 28 août 2018, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement n° 1808732 du 31 octobre 2018, confirmé par un arrêt n° 18NT04293 du 12 septembre 2019 de la cour administrative d'appel de Nantes, le tribunal administratif de Nantes a rejeté le recours de Mme B à l'encontre de cet arrêté. Elle a ensuite obtenu des titres de séjour en raison de son état de santé du 24 août 2020 au 23 juin 2021. Elle en a sollicité le renouvellement ainsi qu'un changement de statut, qui ont été refusés par le préfet de la Loire-Atlantique par un arrêté du 1er juillet 2022 qui lui a également fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite. Par la présente requête, Mme B demande la suspension de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
Sur les conclusions à fin de suspension :
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.
4. Mme B soutient à l'audience, sans être contestée par la partie adverse qui n'était pas présente, que ses employeurs lui notifieront la fin de ses contrats de travail à l'issue de ses congés d'été si elle ne dispose pas d'une autorisation de séjour l'autorisant à travailler et attendent notamment l'issue de la présente instance. La décision attaquée prive la requérante, qui occupe ses deux emplois depuis 2017, de la possibilité de travailler afin de subvenir à ses besoins, notamment en payant son loyer et les soins nécessaires afin de stabiliser son état de santé. Dans ces conditions et outre la présomption d'urgence qui s'attache en principe au refus de renouvellement d'un titre de séjour, Mme B justifie de la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant au doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. Le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B en raison de son état de santé, au motif que l'arrêt de sa prise en charge médicale ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'en tout état de cause, elle peut bénéficier d'un traitement et d'un suivi adaptés dans son pays d'origine, et de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également refusé de lui accorder un changement de statut en lui délivrant un titre de séjour en qualité de salarié au motif qu'elle était dépourvue de visa de long séjour à son entrée en France et qu'elle ne dispose pas de contrats de travail visés par l'autorité administrative.
6. Alors que le préfet de la Loire-Atlantique reconnaît qu'il ne pouvait légalement opposer l'absence de détention d'un visa de long séjour à son entrée en France à Mme B et que l'article R. 5221-2 du code du travail pose une dérogation au principe de la détention préalable d'une autorisation de travail par l'étranger souhaitant exerçant une activité salariée au titulaire de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention "vie privée et familiale", le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.
7. Les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant réunies, il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 1er juillet 2022 en tant seulement qu'il refuse d'accorder à Mme B un changement de statut et de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. La présente décision implique qu'il soit procédé au réexamen de la situation administrative de Mme B et que lui soit délivrée dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision à la suite de ce réexamen ou jusqu'à ce qu'il ait été statué par le tribunal sur la requête au fond. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 1er juillet 2022 en tant qu'il refuse d'accorder à Mme B un changement de statut et de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance au réexamen de la situation administrative de Mme B et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à l'intervention d'une nouvelle décision ou jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur la requête tendant à l'annulation de la décision refusant de renouveler son titre de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 18 août 2022.
La juge des référés,La greffière,
H. SAINQUAIN-RIGOLLÉ M-C. MINARD
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026