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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209819

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209819

vendredi 19 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAsile - 15 jours
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2022, M. F D, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé de transférer aux autorités belges responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer un récépissé dans le délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que son droit à l'information tel que prévu aux articles 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dit " C A " et 29 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, a été méconnu, faute pour lui d'avoir bénéficié de toutes les informations requises, en temps utile et dans une langue qu'il comprend ;

- il n'est pas établi que l'entretien individuel s'est déroulé dans les conditions prévues aux article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 21 du règlement du 26 juin 2013, les dispositions des articles 15, 18 et 19 du règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003, celles de l'annexe II du règlement (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 et celles de l'article 9 du règlement (UE) n° 603/2013 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il se serait vu délivrer un visa par les autorités belges.

Des pièces, produites par le préfet de Maine-et-Loire, ont été enregistrées le 9 août 2022.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (CE) n°1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " C A " ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " E " ;

- le règlement (UE) n°2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016, dit " B " ;

- le règlement d'exécution n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thomas, première conseillère, pour exercer les pouvoirs que lui confère l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 août 2022 à 9 heures 30 :

- le rapport de Mme Thomas, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Philippon, représentant M. D, présent, qui conclut aux mêmes fins ; il reprend les mêmes moyens et fait également valoir qu'il n'est pas établi que le visa délivré au requérant par les autorités françaises, l'aurait été pour le compte des autorités belges, en l'absence de preuve d'un accord bilatéral conclu avec ces autorités et régulièrement notifié à la Commission européenne, en application de l'article 8 du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant togolais, né le 10 février 1995, déclare être entré irrégulièrement en France le 13 novembre 2021. Le 8 juin 2022, sa demande d'asile a été enregistrée au guichet unique de la préfecture de la Loire-Atlantique. A la suite du relevé de ses empreintes digitales, il a été constaté dans le fichier Visabio que l'intéressé s'était vu délivrer par les autorités belges un visa expiré depuis moins de six mois à la date de sa demande d'asile. Saisies par les autorités françaises le 10 juin 2022, les autorités belges ont accepté de le prendre en charge par un accord explicite du 27 juin 2022. Par un arrêté du 20 juillet 2022, dont M. D demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de transférer l'intéressé aux autorités belges pour l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête ;

2. D'une part, aux termes de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) no 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas. Dans ce cas, l'État membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. () 4. Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 8 du règlement (CE) n° 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas : " 1. Un État membre peut accepter de représenter un autre État membre compétent conformément à l'article 5 en vue d'examiner les demandes et de délivrer les visas pour le compte de cet autre État membre. Un État membre peut aussi représenter un autre État membre de manière limitée aux seules fins de la réception des demandes et du recueil des identifiants biométriques. / 2. Lorsqu'il envisage de rejeter une demande de visa, le consulat de l'État membre agissant en représentation soumet la demande aux autorités compétentes de l'État membre représenté, afin que celles-ci prennent une décision définitive sur la demande dans le délai prévu à l'article 23, paragraphes 1, 2 ou 3. / 3. La réception et la transmission des dossiers et des données à l'État membre représenté s'effectuent conformément aux règles applicables en matière de protection des données et de sécurité. / 4. Un accord bilatéral comportant les éléments énumérés ci-dessous est établi entre l'État membre agissant en représentation et l'État membre représenté:/ a) il précise, le cas échéant, la durée de la représentation et la procédure à suivre pour y mettre fin; / b) il peut prévoir, en particulier si l'État membre représenté dispose d'un consulat dans le pays tiers concerné, la mise à disposition de locaux et de personnel ainsi qu'une participation financière de l'État membre représenté;/ c) il peut préciser que les demandes de certaines catégories de ressortissants de pays tiers doivent être transmises par l'État membre agissant en représentation aux autorités centrales de l'État membre représenté pour consultation préalable, conformément à l'article 22;/ d) par dérogation au paragraphe 2, il peut autoriser le consulat de l'État membre agissant en représentation à refuser de délivrer un visa après examen de la demande.() 7. L'État membre représenté notifie à la Commission les accords de représentation ou leur expiration, avant leur entrée en vigueur ou leur expiration. / 8. Parallèlement, le consulat de l'État membre agissant en représentation notifie à la fois aux consulats des autres États membres et à la délégation de la Commission dans le ressort territorial concerné la conclusion ou l'expiration des accords de représentation avant leur entrée en vigueur ou leur expiration () ".

4. Il résulte des dispositions de l'article 8 du règlement du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas que lorsqu'un Etat membre a confié à un autre Etat membre, par voie d'accord de représentation conclu sur le fondement du d) du paragraphe 4 de l'article 8 de ce règlement, la compétence pour instruire et rejeter au nom de l'Etat membre représenté les demandes de visas de court séjour Schengen, les autorités consulaires de l'Etat membre agissant en représentation doivent être regardées comme les auteurs de la décision finale de refus au sens de l'article 32 du même règlement. Dès lors, en application des dispositions de ce dernier article, un visa délivré par les autorités consulaires de l'Etat membre, agissant en représentation doit être exercé conformément à la législation nationale de cet Etat membre.

5. L'arrêté prononçant le transfert de M. D aux autorités belges contesté mentionne que la consultation du fichier Visabio a fait apparaître au vu des empreintes digitales de l'intéressé que celui-ci s'était vu délivrer par les autorités belges un visa dont la validité était expiré depuis moins de six mois et que ces autorités, saisies d'une demande de prise en charge de l'intéressé, l'ont accepté par décision du 27 juin 2022, ces circonstances permettant d'établir que la responsabilité de l'Etat belge en matière de traitement de la demande d'asile de M. D se fonde sur les dispositions de l'article 12 du règlement précité.

6. Il ressort toutefois des pièces du dossier, en particulier des mentions figurant dans le fichier " visabio " relatives à la demande de visa présentée le 10 septembre 2021 par M. D, que ce visa a été délivré par les autorités françaises, et non par les autorités belges, sous le numéro " FRALFW2021000295100 ". Ce fichier mentionne certes que ce visa a été délivré pour le compte de la Belgique, autorité conclu représentée. Toutefois, le préfet ne justifie pas en défense de l'existence d'un accord de représentation entre les autorités consulaires françaises au Togo et les autorités belges régulièrement notifié en application de l'article 8 paragraphe 1 du règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009, seul de nature à autoriser la délivrance d'un visa par les autorités consulaires françaises à Lomé pour le compte des autorités belges. Dans ces conditions, faute d'apporter la preuve d'un tel accord de représentation régulièrement notifié, le préfet de Maine-et-Loire a fait une inexacte application de l'article 12, paragraphe 2 du règlement (UE) n°604/2013, dans la détermination de la Belgique comme Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile de M. D.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé de remettre M. D aux autorités belges.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard au motif de l'annulation de la décision par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a décidé de remettre M. D aux autorités belges, cette annulation implique nécessairement la responsabilité des autorités françaises dans l'examen de sa demande d'asile auquel il incombera à l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides de procéder. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à l'intéressé le temps de cet examen, l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de fixer à dix jours à compter de la notification du présent jugement le délai de délivrance de cette attestation. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre de la présente instance. Aussi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, le versement à Me Philippon, avocat du requérant, de la somme de 1 200 euros, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 juillet 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de M. D aux autorités belges est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de délivrer à M. D, dans un délai de dix jours à compter de la notification du présent jugement, l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile justifiant de l'enregistrement par les autorités françaises de sa demande d'asile en vue de son examen par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 200 (mille deux-cents) euros à Me Philippon en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. F D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Philippon.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 19 août 2022.

La magistrate désignée,

S. THOMASLe greffier,

J-F. MERCERONLa République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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