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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209908

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209908

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209908
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSELARL DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juillet 2022 et 28 août 2023, M. B C, représenté par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 juin 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la même date, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- la décision contestée méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- vu l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delohen,

- et les observations de Me Power, substituant Me Cabioch, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 19 octobre 1989, déclare être entré en France en 2008. Le 22 septembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il demande l'annulation de la décision du 13 juin 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé son admission au séjour.

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'indication des considérations utiles de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision, ni des pièces du dossier que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

4. En troisième lieu, il n'est pas établi que M. C a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. De plus, il ne ressort pas des mentions apposées sur la décision en litige que le préfet de la Loire-Atlantique s'est prononcé sur le droit au séjour de l'intéressé au regard de ces stipulations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France pour la première fois en 2008. Cependant, l'intéressé ne justifie ni de son séjour habituel sur le territoire français depuis cette date, ni de ce qu'il a cherché à régulariser sa situation administrative avant le mois de septembre 2021. Il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de son existence. Son insertion sociale ou professionnelle en France n'est pas attestée par la seule production d'une promesse d'embauche sur un poste de tireur de fibre optique. En outre, s'il est constant que, par un jugement du tribunal judiciaire de Nantes du 18 mars 2021, la paternité de M. C a été reconnue à l'égard de l'enfant mineur A, née le 4 janvier 2016 de sa relation avec une ressortissante française dont il est aujourd'hui séparé, le requérant n'exerçait pas à la date de la décision attaquée l'autorité parentale sur cet enfant, qui bénéficie d'un placement auprès de l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire-Atlantique depuis le 27 janvier 2017. Si M. C rencontre sa fille dans le cadre d'un droit de visite médiatisé mensuel défini par le juge des enfants, cette seule circonstance ne suffit pas à établir qu'il participerait à l'éducation de cette enfant. Il n'établit pas davantage participer à son entretien habituel en versant au dossier deux attestations relatives au versement de sommes de 200 euros et de 50 euros au cours des années 2020 et 2021, ainsi que des tickets de caisse pour la plupart postérieurs à la date de la décision qu'il conteste. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public poursuivis. Il suit de là que les moyens tirés de la violation des stipulations et dispositions mentionnées au point 5 doivent être écartés.

7. En dernier lieu, au regard de ce qui a été dit au point 6, M. C ne justifie d'aucun motif exceptionnel ni de circonstances humanitaires de nature à justifier son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Cabioch, et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 29 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

D. DELOHENLe président,

C. CANTIÉ

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

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