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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209917

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209917

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré enregistré le 21 juillet 2022 et complété par un mémoire le 20 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la maire de Rezé a refusé de réunir le conseil municipal de la commune afin qu'il examine sa demande de modification ou d'abrogation des délibérations du 24 juin 2021 et du 16 décembre 2021 instaurant des régimes dérogatoires à la durée annuelle de travail de 1 607 heures ;

2°) d'enjoindre à la maire de Rezé de convoquer le conseil municipal, dans un délai maximal de trois mois, afin qu'il puisse adopter, une nouvelle délibération sur le temps de travail des agents de la commune en application de l'article 47 de la loi du 6 août 2019, et de transmettre cette délibération au préfet de la Loire-Atlantique au titre du contrôle de légalité.

Il soutient que :

- les délibérations des 24 juin et 16 décembre 2021 instaurant des régimes dérogatoires à la durée annuelle de travail de 1 607 heures méconnaissent l'article L. 611-2 du code général de la fonction publique et les décrets du 12 juillet 2001 et du 25 août 2000 ;

- l'article 5C de la réglementation générale du temps de travail annexée à la délibération du 16 décembre 2021 méconnait le principe selon lequel les jours fériés ne sont pas des congés et ne sont pas récupérables.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, la commune de Rezé, représentée par Me Marchand, conclut au rejet du déféré et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le préfet de la Loire-Atlantique ne sont pas fondés.

Le préfet de la Loire-Atlantique a produit un mémoire, enregistré le 17 janvier 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature ;

- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique,

- les observations de M. B, représentant le préfet de la Loire-Atlantique, et celles de Me Couëtoux du Tertre, représentant la commune de Rezé.

Considérant ce qui suit :

1. En application de l'article 47 de la loi du 6 août 2019, le conseil municipal de Rezé a, par une délibération adoptée le 24 juin 2021, fixé la durée annuelle du temps de travail des agents de la commune à 1 607 heures à compter du 1er janvier 2022, en abrogeant le régime de travail antérieur à la loi n° 2001-2 du 3 janvier 2001 et maintenu conformément aux dispositions alors applicable. Par cette même délibération, il a instauré, en application de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001, deux régimes dérogatoires réduisant la durée annuelle du temps de travail à 1 589 heures pour le premier et 1 575 heures pour le second, et décidé que les animateurs périscolaires, les responsables d'accueil périscolaires et leurs adjoints, ainsi que les ATSEM et référents ATSEM relevaient de ce second régime dérogatoire. Par une délibération du 16 décembre 2021, le conseil municipal de Rezé a fixé la liste des autres emplois relevant des régimes dérogatoires institués par la délibération du 24 juin 2021. Par courrier du 21 mars 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a demandé à la maire de Rezé de faire modifier ou abroger ces délibérations. Dans le cadre de la présente instance, il demande au tribunal d'annuler la décision implicite rejetant cette demande.

Sur les conclusions en annulation :

2. D'une part, en vertu de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration l'autorité compétente, saisie d'une demande tendant à l'abrogation d'un règlement illégal, est tenue d'y déférer, soit que ce règlement ait été illégal dès la date de sa signature, soit que l'illégalité résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures à cette date. De même, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la réformation d'un règlement illégal, l'autorité compétente est tenue d'y substituer des dispositions de nature à mettre fin à cette illégalité.

3. D'autre part, en vertu de l'article L. 611-2 du code général de la fonction publique : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail des agents territoriaux sont fixées par la collectivité ou l'établissement, dans les limites applicables aux agents de l'Etat, en tenant compte de la spécificité des missions exercées par ces collectivités ou établissements. / Les modalités d'application du présent article sont fixées par un décret en Conseil d'Etat, qui prévoit notamment les conditions dans lesquelles la collectivité ou l'établissement peut, par délibération, proposer une compensation financière d'un montant identique à celle dont peuvent bénéficier les agents de l'Etat, en contrepartie des jours inscrits à leur compte épargne temps. "

4. Aux termes de l'article 1er du décret du 25 août 2000, dans sa version applicable : " La durée du travail effectif est fixée à trente-cinq heures par semaine dans les services et établissements publics administratifs de l'Etat ainsi que dans les établissements publics locaux d'enseignement. / Le décompte du temps de travail est réalisé sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures maximum, sans préjudice des heures supplémentaires susceptibles d'être effectuées. / Cette durée annuelle peut être réduite, par arrêté du ministre intéressé, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, pris après avis du comité technique paritaire ministériel, et le cas échéant du comité d'hygiène et de sécurité, pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaires décalés, de travail en équipes, de modulation importante du cycle de travail, ou de travaux pénibles ou dangereux ". Aux termes de l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 susvisé sous réserve des dispositions suivantes. " En vertu de l'article 2 de ce décret, dans sa rédaction applicable : " L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement peut, après avis du comité technique compétent, réduire la durée annuelle de travail servant de base au décompte du temps de travail défini au deuxième alinéa de l'article 1er du décret du 25 août 2000 susvisé pour tenir compte de sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaires décalés, de travail en équipes, de modulation importante du cycle de travail ou de travaux pénibles ou dangereux. "

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la fixation de la durée et de l'aménagement du temps de travail dans la fonction publique territoriale doit s'effectuer sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures, laquelle constitue à la fois un plancher et un plafond pour 35 heures de travail par semaine compte tenu des 104 jours de repos hebdomadaire, des 25 jours de congés annuels prévus par le décret n° 85-1250 du 26 novembre 1985 et d'une moyenne annuelle de 8 jours fériés correspondant à des jours ouvrés. Cette durée annuelle de travail peut toutefois être réduite par décision expresse de l'organe délibérant de la collectivité et après avis du comité technique paritaire compétent pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent. De tels régimes présentent, toutefois, un caractère dérogatoire et ne peuvent être justifiés que par des sujétions intrinsèquement liées à la nature même des missions.

6. La délibération du 24 juin 2021 définit deux grandes catégories de sujétions qui donnent lieu à l'application d'un des deux régimes dérogatoires qu'elle instaure, à savoir les " sujétions liées à la nature des missions, de nature à générer du travail à pénibilité physique et psychologique notamment, " " et/ou les sujétions liées aux cycles de travail résultant des missions, de nature à générer de la pénibilité par leurs impacts sur l'articulation vie personnelle/vie professionnelle notamment. ". Elle précise, ensuite, les différentes contraintes particulières liées à l'exercice des fonctions caractérisant de telles sujétions, ainsi que les situations dans lesquelles ces contraintes se retrouvent. A ce titre, la délibération du 24 juin 2021 mentionne notamment les " contraintes psychologiques et émotionnelles d'interface sociale ", les " contraintes psychologiques et émotionnelles renforcées de public délicat et de solitude dans l'emploi " et les " contraintes de rigidité des horaires de travail " qui, ainsi que le soutient le préfet, ne caractérisent pas des sujétions susceptibles de justifier la mise en œuvre d'un régime dérogatoire au sens des dispositions applicables. En effet, conformément au cadre dans lequel ces régimes dérogatoires doivent s'inscrire, les conditions d'exercice des fonctions de chaque métier ne sauraient, au seul motif qu'elles présentent des particularités propres, être systématiquement qualifiées de sujétions au sens des dispositions de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001. En l'espèce, les dispositions dont le préfet conteste la légalité ne caractérisent pas une pénibilité telle qu'elle puisse être qualifiée de sujétions au sens des dispositions précitées. Si la commune fait, en outre, valoir que la prise en compte des contraintes de rigidité des horaires de travail est destinée à prévenir le risque psycho-social inhérent au manque d'autonomie, il ne ressort pas des pièces du dossier que les contraintes définies soient caractéristiques d'un manque d'autonomie de nature à générer un risque psycho-social et, en tout état de cause, la prévention d'un tel risque peut être assurée par d'autres moyens que la réduction du temps de travail.

7. Le préfet de la Loire-Atlantique est par suite, fondé à soutenir que la maire de Rezé est tenue, conformément à l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration, de faire modifier les délibérations en tant qu'elles méconnaissent les dispositions précitées. La décision attaquée doit ainsi être annulée.

Sur les conclusions en injonction :

8. Sous réserve de changements intervenus dans les circonstances de droit ou de fait, le présent jugement implique que la maire de Rezé inscrive à l'ordre du jour du conseil municipal une délibération modifiant les délibérations des 24 juin et 16 décembre 2021 conformément aux dispositions de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001. Il y a lieu d'accorder pour ce faire à la commune un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la commune de Rezé demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle la maire de Rezé a refusé de faire modifier les délibérations des 24 juin et 16 décembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la maire de Rezé d'inscrire à l'ordre du jour du conseil municipal une délibération modifiant les délibérations des 24 juin et 16 décembre 2021 conformément aux dispositions de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et sous réserve de changements intervenus dans les circonstances de droit ou de fait.

Article 3 : Les conclusions présentées pour la commune de Rezé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Loire-Atlantique et à la commune de Rezé.

Copie du présent jugement sera transmise au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 février 2023.

La rapporteure,

Y. A

Le président,

T. GIRAUD

La greffière,

C. GENTILS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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