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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2209926

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2209926

jeudi 18 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2209926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAsile - 15 jours
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 10 août 2022, M. A B, représenté par Me Neraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé de son transfert aux autorités suédoises ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les meilleurs délais ;

3°) d'enjoindre à l'administration de transmettre la copie de l'entier dossier administratif du requérant avant l'audience, y compris la date de présentation en PADA ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision a été signée par une autorité compétente ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé notamment en ce qu'il ne précise ni le critère de détermination de l'Etat responsable ni le type de saisine effectuée, en outre il n'est fait état de la date de présentation de sa demande d'asile auprès de France terre d'asile, enfin il n'est pas fait état de sa vulnérabilité ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas reçu une information complète et effective en temps utile avant l'entretien d'individuel dans une langue qu'il comprend et par écrit ou à défaut oralement en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 alors qu'une vigilance accrue est nécessaire lors que la traduction est faite par téléphone ;

- il est également entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été destinataire antérieurement à la prise de ses empreintes des informations prévues aux articles 13 du règlement (UE) n° 2016/679 et 29 du règlement (UE) n° 603/2013 ;

- il n'est pas rapporté la preuve que l'entretien prévu à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 a été mené par une personne qualifiée en droit d'asile en l'absence d'éléments sur l'identité de cet agent ni que les conditions de confidentialité ont été respectées ;

- l'arrêté attaqué est entachée d'une erreur de fait quant à sa situation médicale ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet a ajouté une condition qui n'est pas prévue dans les textes applicables en imposant que la vulnérabilité du requérant soit " particulière " ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et de sa vulnérabilité alors qu'il remplit les conditions pour être reconnu comme étant personne vulnérable au sens de l'article 21 de la directive " procédure " et de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de sa qualité de demandeur d'asile, des persécutions qu'il a subies dans son pays d'origine et des conditions difficiles de son parcours ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en n'appliquant pas l'article 17 du règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, alors même, d'une part, qu'elle doit être considérée comme étant une personne vulnérable et, d'autre part, que sa demande d'asile a été rejetée en Suède et qu'il y fait l'objet d'une mesure ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des pièces enregistrées le 9 août 2022, le préfet de Maine-et-Loire a produit le dossier de l'intéressé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dubus, première conseillère, pour statuer sur les litiges pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 août 2022 à 9h30 :

- le rapport de Mme Dubus, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Neraudau, avocat de M. B, présent et assisté d'une interprète qui soulève un nouveau moyen tiré de l'erreur de fait et insiste sur le fait que les autorités préfectorales n'ont jamais tenu compte des documents qu'il a produit lors de son entretien individuel par lesquels il établit faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire suédois.

Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été différée au 10 août à 17 heures.

Des pièces, enregistrées le 10 août à 12h18, ont été produites pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant éthiopien, déclare être entré irrégulièrement en France le 22 mai 2022 et a présenté une demande d'asile auprès de la préfecture de Loire-Atlantique le 13 juin 2022. La consultation du fichier Eurodac a révélé que ses empreintes digitales avaient été enregistrées en Allemagne le 23 novembre 2017 et en Suède le 15 juillet 2015 et le 11 novembre 2021. Les autorités allemandes saisies le 22 juin 2022 d'une requête en application du règlement UE n°604/2013 du 26 juin 2013, ont refusé leur responsabilité le 24 juin 2022. Les autorités suédoises, saisies le 22 juin 2022, ont quant à elle, accepté leur responsabilité, par un accord explicite le 23 juin 2022. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a ordonné son transfert vers la Suède.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B a indiqué faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire suédois lors de son entretien individuel par les services préfectoraux le 13 juin 2022. Il ressort également des débats de l'audience que les documents présentés par le requérant lors de son entretien individuel et mentionnés dans le compte-rendu sont des documents relatifs à cette obligation de quitter le territoire suédois. Le préfet de Maine-et-Loire, qui n'était ni présent ni représenté au cours de l'audience, et qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne conteste pas avoir été destinataire de tels documents. Or, l'arrêté attaqué se borne à indiquer que le requérant n'établit pas de risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile en cas de remise aux autorités suédoises, sans même faire mention de l'existence d'une obligation de quitter le territoire suédois prise à l'encontre de M. B. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce, eu égard à l'absence de toute explication du préfet de Maine-et-Loire quant à cette absence de mention, en dépit du report de la clôture de l'instruction, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté du 4 juillet 2022 présente un défaut d'examen de sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 4 juillet 2022 ordonnant son transfert aux autorités suédoises.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard à ses motifs, le présent jugement n'implique pas par lui-même que la demande d'asile du requérant soit prise en charge par la France et que lui soit remise une attestation de demandeur d'asile en procédure normale. Il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de la situation M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Neraudau de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 4 juillet 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Neraudau une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Neraudau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2022.

La magistrate désignée,

P. DUBUS

Le greffier,

J.-F. MERCERON

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2209926

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