vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2209980 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 juillet 2022 et le 7 mars 2023, M. K I, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentant des enfants mineurs, E, D B et L, ainsi que M. N K I et Mme J I, représentés par Me Rodrigues Devesas, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée) rejetant les demandes de visas d'entrée et de long séjour présentées par M. N K I et pour les jeunes J, E, D B et L au titre du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de Me Rodrigues Devesas, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le lien familial est établi tant par la production d'actes d'état civil authentiques que par les éléments de possession d'état ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
M. I a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
8 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 mars 2023 :
- le rapport de Mme Roncière, rapporteure,
- et les observations de Me Rodrigues Devesas, , représentant M. I.
Considérant ce qui suit :
1. M. I, ressortissant guinéen, né le 9 décembre 1988, a obtenu une autorisation de regroupement familial, le 18 novembre 2020, du préfet du Nord afin d'être rejoint en France par Mme H C épouse I, son épouse et les jeunes N K, J, E, D B et L, leurs enfants allégués. Par des décisions du 9 mai 2022, l'autorité consulaire française à Conakry (Guinée) a délivré un visa à Mme C épouse I et a refusé de délivrer aux jeunes demandeurs des visas de long séjour au titre du regroupement familial. Par la présente procédure, les requérants demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours contre cette décision, reçu par la commission le 24 mai 2022.
2. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur que la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est fondée d'une part, sur le fait que le lien de filiation des demandeurs de visas avec le regroupant n'est pas établi par les actes de naissance produits à l'appui des demandes de visas, et d'autre part, sur l'absence de délégation de l'autorité parentale sur les enfants allégués.
3. Aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". L'article L. 434-2 du même code précise : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". L'article L. 434-4 du même code précise : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ". L'article L. 434-3 du même code précise : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ;2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. "
4. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
5. Par ailleurs, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
6. Dans sa requête, M. I, qui a épousé Mme C le 31 décembre 2019, soutient que de leur relation sont nés J, N K, E, D B et L, les cinq demandeurs de visas.
7. Il ressort toutefois des jugements supplétifs tenant lieu d'acte de naissance rendus le 19 décembre 2019, sur requête de M. A I, par le tribunal de première instance de Kaloum ainsi que des " extraits du registre de l'état civil des naissances " dressés en transcription des jugements supplétifs le même jour par un officier d'état civil de la commune de Kaloum, que M. N K I, né le 12 mars 2003, et les jeunes E, née le 20 août 2005, D B, née le 20 août 2005 et L, née le 10 janvier 2008, ont pour père M. A I et pour mère Mme H C et que Mme J I née le 9 décembre 2004, d'après le jugement supplétif tenant lieu d'acte d'état civil rendu le 3 juin 2020 et " l'extrait du registre de l'état civil des naissances " dressé en transcription de ce jugement par un officier d'état civil de la commune de Kaloum, est la fille de M. M I et de Mme G F. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les demandeurs ont produit un jugement du 23 juin 2020 du tribunal de première instance de Kaloum concernant l'adoption simple de l'enfant J par Mme C rendu sur requête de Mme C et mentionnant le consentement des parents de cette enfant.
8. Dans ses dernières écritures M. K I soutient désormais être en fait le père adoptif des demandeurs visas et verse pour la première fois aux débats un acte de consentement à l'adoption simple, daté du 11 octobre 2021, établi devant notaire à la demande de Mme H, qui cite les cinq demandeurs de visas sans mention, s'agissant des enfants N K, D B, E et L, de leur autre parent, M. A I, ni mention, s'agissant de J, de ses parents, M. M I et Mme G F. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un tel document produirait les effets d'un jugement d'adoption. En outre et au surplus, les requérants n'apportent aucune explication quant à la possibilité pour Mme C épouse I de consentir, sans l'accord des parents biologiques de l'enfant J, avec lesquels le lien de filiation n'était pas rompu par l'adoption simple, à ce que cette enfant soit adoptée à son tour par M. K I et si, par ailleurs, le requérant produit, dans ses dernières écritures, un jugement supplétif, rendu à la requête de M. N K I le 1er mars 2023, postérieurement à la date de la décision attaquée, faisant état du décès de M. A I, père des demandeurs de visas, le 30 mai 2020, ce dernier document, compte tenu des éléments exposés aux points précédent, doit être regardé comme frauduleux et ne permet pas de tenir pour établi le décès du père des demandeurs de visas.
9. Dans ces conditions, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer les visas sollicités.
10. Faute d'établissement du lien de filiation entre les demandeurs de visas et M. K I, et alors que les pièces du dossier sont insuffisantes à établir des liens d'une particulière intensité, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. I et autres doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. K I, de M. N K I et de Mme J I est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. K I, à M. N K I, à Mme J I et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026