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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210149

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210149

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantAYELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 1er août 2022, le 1er février 2023 et le 9 mars 2023, M. B C et Mme A D, représentés par Me Ayele, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'autorité consulaire française à Tunis refusant de délivrer à M. C un visa de long séjour en qualité de conjoint étranger d'une ressortissante française et d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre à l'administration de délivrer le visa sollicité sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut de réexaminer la demande de visa ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant tunisien né en 1980 et Mme A D, ressortissante française née en 1984 se sont mariés en France le 15 mai 2021. Ils demandent au tribunal d'annuler la décision de l'autorité consulaire française à Tunis refusant de délivrer à M. C un visa de long séjour en qualité de conjoint étranger d'une ressortissante française et d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre cette décision, réceptionné le 23 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si le demandeur a été averti par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que, dans le cas où l'absence de réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois ferait naître une décision implicite de rejet de son recours, celui-ci serait réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision de refus de visa contestée, la décision implicite de la commission doit être regardée comme s'étant effectivement approprié ces motifs. En l'espèce, l'accusé de réception du recours formé contre la décision de refus de visa opposée à M. C comporte cette mention. La décision implicite de la commission doit donc être regardée comme s'étant approprié le motif opposé par l'autorité consulaire française à Tunis, à savoir le motif tiré de ce que le projet d'installation en France du demandeur revêtirait un caractère frauduleux, car sans rapport avec l'objet du visa de conjoint d'une ressortissante française.

3. L'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". En application de ces dispositions, il appartient en principe aux autorités consulaires ou diplomatiques de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir, sur la base d'éléments précis et concordants, que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.

4. Pour soutenir le caractère frauduleux de l'union de M. C et Mme D, le ministre soutient que M. C a obtenu un visa en faisant de fausses déclarations, qu'il a détourné l'objet du visa sollicité pour son fils et que son mariage avec une ressortissante française est entaché de fraude. Il verse au dossier un courriel anonyme portant l'objet " dénoncer une demande de visa frauduleuse " provenant d'une adresse email " denoncertunis@gmail.com " et indiquant que M. C a obtenu des visas touristiques de manière frauduleuse et que son mariage avec une ressortissante française est un mariage blanc. Toutefois, en l'absence de preuve de vérifications opérées par l'administration sur la matérialité des faits ainsi dénoncés, un tel courrier, non signé, ne constitue pas un élément de preuve suffisant pour établir le caractère frauduleux de l'union de M. C et Mme D. La circonstance que M. C aurait obtenu des visas de manière frauduleuse antérieurement à la présente demande n'est pas davantage établie. Les requérants, qui versent au dossier leur acte de mariage établi par l'officier d'état civil de la mairie de Montluçon dans l'Allier, produisent en outre un livret de famille et des photographies prises dans différents contextes, corroborant la sincérité de leur union. Les requérants sont donc bien fondés à soutenir qu'en rejetant le recours formé contre la décision de refus de visa aux motifs que l'union matrimoniale de M. C et Mme D était frauduleuse, que M. C aurait effectué des fausses déclarations ou obtenu des visas frauduleusement, la commission a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision de refus de visa opposée à M. C.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. C le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui faire délivrer ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme globale de 700 euros à verser aux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision refusant la délivrance d'un visa de long séjour à M. C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. C un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera aux requérants la somme globale de 700 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 17 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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