mercredi 7 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2210222 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | PHILIPPON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 août 2022, M. M A, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) à titre subsidiaire, d'abroger l'arrêté du 20 mai 2022 du préfet de la Loire-Atlantique en tant qu'il lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, à titre infiniment subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'au rétablissement des liaisons terrestres, maritimes ou aériennes lui permettant de regagner volontairement son pays d'origine ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 600 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :
- la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) se soit prononcé au vu d'un rapport médical établi par un médecin régulièrement désigné, non membre du collège, que ce rapport lui ait été transmis en temps utile et que l'avis rendu par le collège des médecins ait été suffisamment motivé pour permettre la prise d'une décision éclairée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ; elle a été prise plus de cinq mois après l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'avis du collège des médecins de l'OFII, selon lequel son état de santé ne nécessite aucune prise en charge médicale, ne cesse d'étonner ; il est en contradiction avec l'avis émis par le médecin allergologue du centre hospitalier de Saint-Nazaire dans une attestation du 29 novembre 2021 ; son état de santé nécessite indubitablement une prise en charge médicale dont il ne pourra bénéficier au Bangladesh ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative au droit de l'enfant ;
- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 542-1 et L. 524-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 33 de la Convention relative au statut des réfugiés ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le principe de dignité humaine ;
Sur les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination :
- il est fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions, présentées à titre subsidiaire, tendant à l'abrogation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 novembre 2023 :
- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,
- et les observations de Me Philippon, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant bangladais né le 17 septembre 1988, déclare être entré en France le 30 novembre 2018. Après avoir vainement demandé l'asile, il a sollicité, le 5 mars 2020, du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour en qualité " d'étranger malade " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 mai 2022, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le Bangladesh comme pays de destination. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. () ".
3. En outre, selon l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
4. Par l'arrêté attaqué, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que M. A ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 425-9, cité ci-dessus, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) avait estimé, le 15 décembre 2021, que " l'état de santé de l'intéressé ne nécessite pas de prise en charge médicale " et que " son état de santé lui permet, à la date de l'avis, de voyager sans risque vers le pays d'origine ".
5. Le requérant produit toutefois des certificats médicaux desquels il ressort qu'en 2019, il souffrait d'une sarcoïdose médiastino-pulmonaire. Dans un certificat du 29 novembre 2021, un pneumologue du centre hospitalier de Saint-Nazaire, après avoir relevé l'absence de signe d'aggravation et la non-nécessité d'un traitement, a préconisé une surveillance régulière avec cliché thoracique et explorations fonctionnelles respiratoires. Par ailleurs, M. A produit des certificats d'un médecin du service Orl de ce même hôpital selon lesquels il souffre d'une otite chronique, datant certainement de l'enfance, à tympan ouvert des deux côtés. Il en résulte pour l'intéressé une " surdité de transmission pure à 40 dB de perte globalement bilatérale et symétrique ". En conséquence, un appareillage auditif lui a été prescrit en 2019, dont l'efficacité a été constatée. Une tympanplastie ou greffe tympanique a été envisagée mais avec des hésitations, le tympan résiduel étant très inflammatoire. Ainsi, à la date de la décision attaquée, le recours à la chirurgie n'était qu'éventuel, M. A disposant d'un appareillage auditif efficace. Il suit de là qu'à cette date, l'état de santé de M. A, bien que s'étant amélioré du fait des soins prodigués depuis 2019, nécessitait toujours un suivi régulier de son état pulmonaire et de sa capacité respiratoire tandis que les écoulements récurrents dans ses oreilles nécessitaient un traitement par gouttes. M. A est, par suite, fondé à soutenir qu'en estimant que son état de santé ne nécessitait pas de prise en charge médicale, le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, doit être annulé. Par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, octroyant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, contenues dans le même arrêté, doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. L'annulation par le présent jugement de l'arrêté du 20 mai 2022 implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de procéder au réexamen de la demande de M. A, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte. Pendant la durée de ce réexamen, il devra lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail.
Sur les frais liés au litige :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises à verser à Me Philippon, son avocat, sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cet avocat au versement de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique pris le 20 mai 2022 à l'encontre de M. A est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la situation administrative de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, pendant la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail.
Article 3 : L'Etat versera à Me Philippon la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. M B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Thibaut Philippon.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.
Le président-rapporteur,
L. MARTINL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
D. LABOUYSSELa greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Malingre
ng
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026