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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210265

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210265

lundi 2 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantVAYSSIERES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A, de nationalité malgache, qui contestait la décision du ministre de l'intérieur d'ajourner à deux ans sa demande de naturalisation. Cette décision était motivée par des faits de déclaration fausse ou incomplète à la caisse d'allocations familiales, commis entre 2012 et 2016. Le tribunal a jugé que le ministre n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, ces faits étant suffisamment graves et récents pour justifier l'ajournement, et que la requérante ne pouvait se prévaloir de la circulaire du 21 juin 2013. La solution retenue s'appuie sur les articles 21-15 du code civil et 48 du décret n°93-1362 du 30 décembre 1993.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Vayssières, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 juin 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du 23 décembre 2021 du préfet d'Ille-et-Vilaine ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française au besoin en procédant à une nouvelle instruction.

Elle soutient que :

- la décision ministérielle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que si elle a commis une " déclaration fausse ou incomplète " à la caisse des allocations familiales, elle n'avait pas d'intention frauduleuse ; par ailleurs, les faits reprochés sont anciens et son parcours professionnel témoigne de son altruisme ;

- elle est fondée à se prévaloir de la circulaire du 21 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Allio-Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, de nationalité malgache, a déposé une demande de naturalisation auprès du préfet d'Ille-et-Vilaine qui a, par une décision du 23 décembre 2021, ajourné à deux ans sa demande. Elle a formé un recours contre cette décision auprès du ministre de l'intérieur, qui a confirmé cet ajournement par une décision du 10 juin 2022, au motif que Mme A a fait l'objet d'une procédure pour déclaration fausse ou incomplète pour obtenir d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public une allocation, une prestation, un paiement ou un avantage indu du 1er novembre 2012 au 28 février 2014, ainsi que du 1er mars 2014 au 1er février 2016. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la requête doit être regardée comme exclusivement dirigée contre la décision ministérielle et les moyens dirigés contre les vices propres de la décision préfectorale sont inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.

4. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas sérieusement contesté que Mme A a fait l'objet d'une procédure pour des faits de déclaration fausse ou incomplète pour obtenir d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public une allocation, une prestation, un paiement ou un avantage indu du 1er novembre 2012 au 28 février 2014, ainsi que du 1er mars 2014 au 1er février 2016. Ces faits, lesquels revêtent une certaine gravité, n'étaient pas anciens à la date de la décision attaquée. Par suite, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite, le ministre, en se fondant sur ces faits pour ajourner la demande de l'intéressée, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, en dépit de la circonstance selon laquelle son parcours professionnel témoigne de son altruisme.

5. En second lieu, la naturalisation étant une mesure de faveur au bénéfice de laquelle les intéressés ne peuvent faire valoir aucun droit, Mme A ne saurait utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets pour les éclairer dans l'examen des demandes d'accès à la nationalité française par la circulaire du 21 juin 2013 relative aux procédures d'accès à la nationalité française.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme Frelaut, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2025.

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau

X. JÉGARD

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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