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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210294

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210294

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 août 2022, M. B I, M. V O, M. Q N, Mme Z L, M. E D, M. K T, M. P H, Mme Y U, M. F W, Mme G A, M. C AA, Mme X S, Mme R S et Mme M S représentés par Me Diversay, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté n° PC44114 21 Z0053 du 27 octobre 2021 par lequel le maire de la commune d'Orvault a délivré un permis de construire à la SAS ATARAXIA PROMOTION IMMOBILIERE en vue de la construction de 41 logements et d'un local commercial sur un terrain sis 42 avenue de la Paquelais à Orvault sur les parcelles cadastrées section CZ n° 117,118 et 119 d'une superficie totale de 3 475 m2, ainsi que les décisions implicites de rejet de deux recours gracieux formalisés les 22 décembre 2021, et de la décision explicite du 4 mars 2022 rejetant le recours gracieux formé le 5 janvier 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Orvault une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable dès lors qu'ils justifient d'un intérêt à agir en leur qualité de voisins immédiats du projet, et caractérisé par l'atteinte portée aux conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leurs biens ;

- la condition d'urgence est présumée satisfaite en application des dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

. il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

. la décision méconnaît l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'est pas justifié des avis recueillis en cours d'instruction et de leur sens ;

. elle méconnaît l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors que le document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages n'identifie que le bâtiment A à l'exclusion des bâtiments B et C ;

. elle méconnaît les articles R 431-21 et L. 451-1 du code de l'urbanisme dès lors que le pétitionnaire n'a pas sollicité de permis de démolir ;

. elle ne respecte pas les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) Morlières dès lors d'une part que l'îlot B est destiné à accueillir exclusivement des logements individuels et, d'autre part que l'ensemble de la zone est à destination exclusive d'habitats alors que le projet comprend une surface commerciale ;

. elle méconnaît l'article B.2 du plan local d'urbanisme (PLU) dès lors que la façade de la construction projetée n'est pas en harmonie avec les constructions avoisinantes ;

. elle méconnaît l'article B.3.1.2 du PLU dès lors qu'il n'existe aucune adéquation entre les informations relatives aux plantations portées sur la pièce PC 2 plan masse et celles portées sur le croquis de repérage des surfaces quant aux plantations ;

. elle méconnaît l'article B.4.1 du PLU dès lors qu'il n'est pas justifié par les documents produits qu'a minima 33 places de stationnements sont prévues ;

. elle méconnaît l'article B.4.2 du PLU dès lors d'une part que les places de stationnement de vélos dès lors qu'ils ne sont pas facilement accessibles depuis les bâtiments B et C et, d'autre part, qu'il n'est pas justifié qu'ils sont équipés de dispositifs permettant la recharge des batteries des vélos électriques ;

. elle méconnaît l'article C.1.2 du PLU dès lors que l'accès des engins de secours et de lutte contre l'incendie n'est pas garanti ;

. elle méconnaît l'article B.1.1.1 du PLU dès lors que deux balcons du bâtiment A ne respectent pas la marge de recul de 5 mètres par rapport à la voie publique ;

. elle méconnaît les dispositions de l'article B.3.1 du PLU dès lors que les pièces du dossiers, et notamment la notice paysagère, ne permettent pas de vérifier le respect du coefficient de biotope par surface.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2022, la commune d'Orvault, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis solidairement à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

- le signataire de la décision attaquée bénéficiait d'une délégation de signature consentie sur le fondement de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté attaqué vise les avis recueillis en application de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme ; si le sens de ces avis n'est pas précisé, en tout état de cause, un tel vice ne pourrait être regardé comme substantiel ;

- le pétitionnaire a produit au dossier de sa demande de permis de construire les documents graphiques permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages ; en tout état de cause une éventuelle insuffisance ne pourrait justifier l'annulation du projet qu'à condition d'avoir induit en erreur les services instructeurs, ce qui n'est pas démontré en l'espèce ;

- la demande de permis de construire portait également demande de permis de démolir, et l'arrêté attaqué vaut permis de démolir ;

- le projet est compatible avec l'OAP Morlière ;

- le projet ne méconnaît pas l'article B.2 du PLU en l'absence d'unité architecturale à laquelle le projet porterait atteinte ; en outre, le projet concourt à la réalisation de l'objectif de renouvellement urbain fixé par l'OAP Morlière ;

- le projet ne méconnaît pas l'article B.3.1.2 du PLU dès lors que le nombre d'arbres replantés excède celui des arbres abattus ;

- le projet ne méconnaît pas l'article B.4.1 du règlement du PLU dès lors qu'alors que le projet nécessite 33 places de stationnement, 34 ont été prévues ;

- le projet ne méconnaît pas l'article B.4.2 du PLU dès lors que les places de stationnement des vélos sont prévues en rez-de-chaussée du bâtiment A donnant sur la voie publique, et seront ainsi facilement accessibles depuis l'intérieur des constructions ;

- il ne méconnaît pas l'article C.1.2 du règlement du PLU dès lors que la hauteur du porche permet l'accès aux engins de lutte contre l'incendie aux bâtiments B et C ;

- il ne méconnaît pas l'article B.1.1.1 du règlement du PLU dès lors que l'article B.1.1.4 prévoit que les saillies, tels les balcons, ne sont pas prises en compte pour le calcul de retrait par rapport à la voie publique lorsque leur profondeur est inférieure à 1,50 mètre, ce qui est le cas pour le seul balcon ne respectant pas la distance d'alignement de 5 mètres ;

- il ne méconnaît pas l'article B.3.1 du règlement du PLU dès lors que le projet comporte 46,32 % d'espace de pleine terre et 60,01 % de coefficient de biotope par surface.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2022, la SAS ATRAXIA PROMOTION, représentée par Me Vic, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :

- le signataire de la décision attaquée bénéficiait d'une délégation de signature ;

- les erreurs ou omissions affectant, le cas échéant, les visas sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée ;

- les pièces produites permettent d'apprécier le projet dans son environnement dès lors que si les bâtiments B et C ne sont pas représentés sur le document graphique, c'est qu'ils ne sont pas visibles de la voie publique et implantés en retrait des limites séparatives ;

- la demande de permis de construire portait également demande de permis de démolir, et l'arrêté attaqué vaut permis de démolir ;

- le projet est compatible avec l'OAP Morlière dès lors que la zone sur laquelle le projet est implantée a vocation à accueillir un secteur d'habitat diversifié et de favoriser la mixité fonctionnelle ;

- le projet ne méconnaît pas l'article B.2 du PLU en l'absence d'unité architecturale à laquelle le projet porterait atteinte ;

- le projet ne méconnaît pas l'article B.3.1.2 du PLU dès lors que le nombre d'arbres replantés excède celui des arbres abattus ;

- le projet ne méconnaît pas l'article B.4.1 du règlement du PLU dès lors qu'alors que le projet nécessite 33 places de stationnement, 34 ont été prévues, deux de ces places étant dissimulées sous le bâtiment C ;

- le projet ne méconnaît pas l'article B.4.2 du PLU dès lors que les places de stationnement des vélos sont prévues en rez-de-chaussée du bâtiment A et seront ainsi facilement accessibles depuis la voie publique ;

- il ne méconnaît pas l'article C.1.2 du règlement du PLU dès lors que cet article n'a pas pour objet d'imposer que les engins de lutte contre l'incendie puissent accéder directement aux bâtiments implantés en second rideau ;

- il ne méconnaît pas l'article B.1.1.1 du règlement du PLU dès lors que l'article B.1.1.4 prévoit que les saillies, tels les balcons, ne sont pas prises en compte pour le calcul de retrait par rapport à la voie publique lorsque leur profondeur est inférieure à 1,50 mètre, ce qui est le cas pour le seul balcon ne respectant pas la distance d'alignement de 5 mètres ;

- il ne méconnaît pas l'article B.3.1 du règlement du PLU dès lors que le coefficient de biotope par surface de 0,60 est respecté.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 19 avril 2022 sous le numéro 2204918 par laquelle M. I et autres demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme J pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 18 août 2022 à 14 heures :

- le rapport de Mme Martel, juge des référés,

- les observations de Me Diversay, représentant les requérants, en présence de M. I, qui reprend les termes de la requête, et fait notamment valoir que le document graphique produit est incomplet ne représentant que le bâtiment A et ne permet pas de prendre connaissance de l'insertion du projet dans son environnement. Elle soutient que le projet n'est pas compatible avec l'OAP Morlière et méconnaît l'article B2 du PLUm dès lors que le projet est inséré dans une zone pavillonnaire. Elle ajoute que le projet ne respecte pas les dispositions de l'article B.4.2 du PLUm en terme d'accessibilité des stationnements pour les vélos ; qu'en en outre le projet méconnaît l'article C.1.2 dès lors que les dimensions du porche du bâtiment A ne permettent pas un accès aux véhicules de lutte contre l'incendie.

- les observations de Me Léon, représentant la commune d'Orvault, qui fait observer que le permis de construire vaut également autorisation de démolir les bâtiments existant sur les parcelles. Elle souligne que le permis de construire doit être compatible, et non conforme, avec l'OAP, ce qui est le cas, l'objectif premier de l'OAP Morlière étant le renouvellement urbain. Elle précise que le projet prévoit suffisamment de places de stationnement pour les voitures ; que les emplacements de stationnement pour les vélos ont été positionnés sous le bâtiment A soit à proximité de la voie publique ; et que la hauteur du porche rend possible l'accès pour les secours en cas d'incendie.

- les observations de Me Vic, représentant la SAS ATRAXIA PROMOTION qui fait observer qu'en terme de sécurité incendie, l'obligation est de rendre possible l'accès aux lances incendie et non nécessairement aux véhicules, ce qui est respecté en l'espèce. Il ajoute que le secteur ne présentant pas un intérêt patrimonial particulier, il n'y a pas de problème d'insertion du projet dans son environnement. Enfin, il souligne que l'objectif premier de l'OAP Morlière est de permettre le renouvellement urbain.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 27 octobre 2021, le maire de la commune d'Orvault a délivré à la SAS ATARAXIA PROMOTION un permis de construire et de démolir pour la construction de 41 logements et d'un local commercial sur les parcelles cadastrées section CZ n° 117, 118 et 119 situées au 42 avenue de la Paquetais à Orvault. M. I, M. O, M. N, Mme L, M. D, M. T, M. H, Mme U, M. W, Mme A, M. AA, Mme X S, Mme R S et Mme M S, voisins immédiats du projet, demandent au juge des référés la suspension de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Aucun des moyens invoqués par les requérants, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, que les conclusions à fin de suspension présentées par les requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Orvault, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, au titre de ces dispositions de mettre à la charge de M. I, M. O, M. N, Mme L, M. D, M. T, M. H, Mme U, M. W, Mme A, M. AA, Mme X S, Mme R S et Mme M S une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Orvault, ainsi qu'une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la SAS ATARAXIA PROMOTION et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. I est rejetée.

Article 2 : M. I M. O, M. N, Mme L, M. D, M. T, M. H, Mme U, M. W, Mme A, M. AA, Mme X S, Mme R S et Mme M S verseront à la commune d'Orvault, une somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. I M. O, M. N, Mme L, M. D, M. T, M. H, Mme U, M. W, Mme A, M. AA, Mme X S, Mme R S et Mme M S verseront à la SAS ATARAXIA PROMOTION une somme de 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B I, M. V O, M. Q N, Mme Z L, M. E D, M. K T, M. P H, Mme Y U, M. F W, Mme G A, M. C AA, Mme X S, Mme R S et Mme M S, à la commune d'Orvault et à la SAS ATARAXIA PROMOTION.

Fait à Nantes, le 1er septembre 2022.

La juge des référés,

C. JLe greffier,

J-F Merceron

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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