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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2210307

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2210307

lundi 29 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2210307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 18 août 2022, Mme I B H, agissant tant en son nom personnel qu'au nom de son fils mineur N A, et R E B K agissant tant en son nom personnel qu'en sa qualité de représentante légale de ses enfants mineurs M C F et L C F, représentées par Me Blin, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 27 décembre 2021 par laquelle le consul général de France à Pointe Noire (République démocratique du Congo) a implicitement refusé de délivrer un visa de long séjour à l'enfant Prince-Jayden A, ainsi que des décisions du 26 décembre 2021 par lesquelles la même autorité a implicitement refusé de délivrer un visa de long séjour aux enfants M C F et L C F ainsi qu'à Mme E B K ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen des demandes de visas de Prince-Jayden A, de Mme E B K, de M C F et de L C F, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Blin en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour elle de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elles soutiennent :

S'agissant de la situation de Prince-Jayden :

- il y a lieu de statuer dès lors que le visa sollicité n'a pas été délivré ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il est depuis plus de 9 mois séparé de sa mère qui a dû revenir en France, et alors qu'elle a, à de multiples reprises, alerter l'administration de cette situation ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

. elle méconnaît les articles L. 312-4 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

. elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant

S'agissant de la situation de Vanngaspart et de L et de Mme E B K :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'alors qu'ils sont scolarisés en France depuis l'âge de trois ans, ils ont été contraint, depuis septembre 2021, de rester au Congo à raison de l'expiration de leur document de circulation pour étranger mineur ; que Mme B K qui est restée auprès de ses enfants est sur le point de perdre son logement en France et que sa situation financière est obérée ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

. elle méconnaît les articles L. 312-4 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que si elle n'a pas pu revenir en France avant l'expiration de son titre de séjour, c'est en raison du refus d'embarquement opposé à ses enfants ; qu'elle était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dont elle aurait sollicité le renouvellement si elle était revenue en France ;

. elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'ils ont été contraints d'interrompre totalement leur scolarité en France durant l'année scolaire 2021/2022, pays dans lequel ils sont nés et ont toujours été scolarisés,

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2022, le ministre de l'intérieur et de l'outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension de la décision implicite de refus de visa concernant l'enfant Prince-Jayden A dès lors que des instructions ont été données aux fins de délivrance d'un visa de retour ;

- s'agissant de la demande de suspension des autres décisions : la condition d'urgence n'est pas satisfaite et aucun des moyens soulevés par les requérantes n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

Mme I B H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 10 août 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le recours formé devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 19 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Martel, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 août 2022 à 9 heures 30 :

- le rapport de Mme Martel, juge des référés,

- les observations de Me Blin, avocate des requérantes en présence de Mme I B H qui fait notamment valoir que le visa de retour pour l'enfant Prince-Jayden n'ayant toujours pas été délivré, il y a lieu de statuer. Elle insiste sur la situation d'urgence s'agissant de Mme E B K et de ses enfants, lesquels ont toujours vécu en France, et doivent pouvoir y faire leur rentrée scolaire.

- les observations de Mme G, représentant le ministre de l'intérieur qui maintient les termes de ses conclusions.

La clôture de la procédure a été fixée au 19 août 2022 à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E B K, ressortissante congolaise née le 3 juillet 1974, est entrée en France le 24 décembre 2005. Elle était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle expirant le 30 septembre 2021. Ses deux enfants mineurs, M et J, nés le 12 juillet 2010 à Courcouronnes étaient titulaires d'un document de circulation pour enfant mineur valable jusqu'au 22 juin 2021. Mme E B K et ses deux enfants, M et J, sont sortis du territoire français le 24 juin 2021 pour se rendre en République du Congo. Alors qu'ils devaient rentrer en France le 2 septembre 2021, M et L se sont vus opposer un refus d'embarquement dans la mesure où leurs documents de circulation pour enfant mineur étaient expirés. Le 26 octobre 2021, Mme E B K, tant pour elle-même que pour ses deux enfants mineurs, a sollicité la délivrance de visas retour auprès des autorités consulaires françaises à Pointe-Noire, lesquels lui ont été implicitement refusés. Le 3 août 2022, Mme E B K a contesté ces décisions devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par sa requête, elle sollicite la suspension desdécisions implicites nées le 26 décembre 2021 par lesquels les autorités françaises à Pointe Noire ont refusé de lui délivrer des visas retour pour elle-même et pour ses enfants.

2. Mme I B H, fille de Mme B K, ressortissante congolaise née le 6 juin 1994, est entrée en France le 1er juin 2006. Elle est depuis sa majorité titulaire d'un titre de séjour. Elle a donné naissance, le 6 juillet 2020 à Quincy-sous-Sénart, à Prince-Jayden de nationalité congolaise. Mme I B H a quitté le territoire français, avec son fils, le 23 décembre 2020. L'enfant n'étant pas titulaire d'un document de circulation pour enfant mineur, il n'a pu rentrer en France à la date initialement prévue du 15 janvier 2021. Mme I B H a formulé une demande de visa retour pour son fils, laquelle n'a pu être enregistrée l'enfant n'ayant pas de passeport congolais. Après avoir obtenu un passeport congolais pour Prince-Jayden, Mme I B H a, le 27 octobre 2021, sollicité auprès des autorités consulaires françaises à Pointe-Noire un visa retour pour son fils, demande qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Le 3 août 2022, Mme I B H a contesté cette décision devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par sa requête, elle sollicite la suspension de la décision implicite née le 27 décembre 2021 par laquelle les autorités françaises à Pointe Noire ont refusé de délivrer un visa de retour pour Prince-Jayden.

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

En ce qui concerne Prince-Jayden :

3. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la requête, le ministre de l'intérieur a, le 18 août 2022, donné instruction aux autorités consulaires françaises à Pointe-Noire de délivrer le visa retour sollicité pour Prince D. Cette décision rend sans objet les conclusions à fin de suspension présentées par Mme I B H ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

En ce qui concerne Mme E B K et de ses enfants M et L :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Dans le cas où une décision administrative ne peut, comme en l'espèce, être déférée au juge qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable, une requête tendant à la suspension de cette décision peut être présentée au juge des référés dès que ce recours préalable obligatoire a été formé, la mesure ordonnée en ce sens valant, au plus tard, jusqu'à l'intervention de la décision administrative prise sur le recours présenté par l'intéressé. Le requérant doit toutefois démontrer l'urgence particulière qui justifie la saisine du juge des référés avant même que l'administration ait statué sur le recours introduit devant elle.

5. Il résulte de l'instruction qu'alors que Mme E B K a sollicité auprès des autorités consulaires françaises à Pointe-Noire des visas retour tant pour elle que pour ses enfants le 26 octobre 2021, qui lui ont été refusés par décisions implicites nées le 26 décembre 2021, elle n'a formé un recours préalable obligatoire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France que le 3 août 2022. Dans ces conditions, alors que la famille vit en République du Congo depuis plus d'un an, pays où les enfants ont dû être scolarisés au cour de l'année 2021-2022, l'urgence à statuer sur sa demande de suspension, dans l'attente de l'intervention de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, n'est pas établie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'apprécier l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées concernant Mme E B K et de ses enfants M et L, que les conclusions à fin de suspension de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête concernant l'enfant Prince-Jayden A.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B H, à Mme B K, à Me Blin et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Nantes, le 27 août 2022.

La juge des référés,

C. MARTELLe greffier,

J.F. MERCERON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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