mercredi 7 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2210326 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHAUTEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 3 août 2022 et 6 mars 2023, M. B C, représenté par Me Schauten, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps de ce réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 400 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de séjour :
- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation particulière ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne lui a pas été communiqué et que l'existence du rapport médical visé aux articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de même que l'effectivité de sa transmission au collège de médecins et la date de cette transmission ne sont pas établies ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant estimé en situation de compétence liée ;
- en fondant sa décision sur le 9° de l'article L. 611-3 et sur l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet a commis une erreur de droit ; il a en effet sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'enfant étranger malade, en invoquant le pouvoir discrétionnaire du préfet ; ce dernier a considéré à tort qu'il était saisi d'une demande de protection contre l'éloignement en vertu du 9° de l'article L. 611-3 ;
- le préfet a méconnu l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation ; il est établi que le défaut de prise en charge médicale exposerait son enfant à des conséquences d'une exceptionnelle gravité ; en outre, son enfant ne pourra bénéficier d'aucun suivi en Algérie ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le refus de séjour litigieux entraine nécessairement son retour en Algérie et sa séparation d'avec sa compagne et leurs trois enfants ; il justifie par ailleurs d'une parfaite intégration ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- il est fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois :
- la durée de cette interdiction est à l'évidence excessive eu égard à son insertion dans la société française, à son ancienneté sur le territoire français et au fait qu'il ne représente aucune menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 15 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 21 janvier 1980, est entré en France le 29 janvier 2018 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités consulaires espagnoles. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée le 17 juillet 2020 par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 novembre 2020. En conséquence, le préfet de Maine-et-Loire a prononcé à l'encontre de M. C, par un arrêté du 16 décembre 2020, une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 25 mars 2022, M. C déclare avoir sollicité du préfet de Maine-et-Loire un titre de séjour en se prévalant de sa qualité d'accompagnant de sa fille mineure malade. Par un arrêté du 30 juin 2022, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné l'Algérie comme pays de destination et prononcé à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la nature de la décision prise par le préfet à l'article 1er de l'arrêté attaqué :
2. M. C expose dans sa requête que, dès lors qu'aucune des stipulations de l'accord franco-algérien ne permet au parent d'un enfant dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale de se voir accorder une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent d'accompagnant d'un enfant malade, il a sollicité son admission au séjour, en qualité de parent d'enfant étranger malade, en invoquant le pouvoir discrétionnaire du préfet. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, le 2 décembre 2021, M. C a déposé sur le site " démarches simplifiées.fr ", à la rubrique " aide à la prise de rendez-vous pour une première demande de TS ", une demande de titre pour raison de santé. Il a été invité par la préfecture de Maine-et-Loire à se présenter le 7 janvier 2022 à 16h15 avec son dossier complet. Son dossier ayant été jugé incomplet, M. C, accompagné par l'association Soleils 49, a obtenu un nouveau rendez-vous le 25 mars 2022 avec un dossier complet. A cette date, il a signé un formulaire, versé au dossier par le préfet, sur lequel il a coché la case " demande de protection contre une mesure d'éloignement en application des articles R. 611-1 et R. 611-2 du ceseda ". Ainsi, le requérant doit être regardé comme ayant sollicité une protection contre une mesure d'éloignement et non la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, c'est à bon droit que, par l'article 1er de l'arrêté attaqué, le préfet a " rejeté la demande de M. C de protection contre l'éloignement ". Aussi, les conclusions de la requête tendant à l'annulation d'une décision portant refus de séjour doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision refusant à M. C la protection contre une mesure d'éloignement. La circonstance que le préfet a indiqué, à titre surabondant, dans les motifs de l'arrêté attaqué que le requérant ne remplissait manifestement pas les conditions cumulatives posées par l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade malade est sans incidence à cet égard.
En ce qui concerne la décision portant " refus de séjour " :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. L'arrêté attaqué vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien, notamment son article 6-7, et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment les articles L. 425-10 et L. 611-3, 9°, dont il fait application. Il retrace précisément le parcours de M. C sur le territoire français depuis son arrivée sur le territoire français le 29 janvier 2018. Il indique que l'intéressé, faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, a fait valoir, auprès des services du préfet de Maine-et-Loire, le 2 décembre 2021, une demande de protection contre cette mesure sur le fondement de l'article L. 611-3, 9° dudit code et la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 de ce même code, en qualité d'accompagnant d'enfant malade, en l'occurrence sa fille A, née le 17 juillet 2020 à Angers, qui remplit les conditions de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Il précise que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a estimé dans son avis en date du 5 mai 2022 que l'état de santé de l'enfant A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, par ailleurs, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ajoute que M. C ne peut faire valoir une demande de protection contre l'éloignement puisqu'il ne remplit manifestement pas les conditions cumulatives posées par l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade qui remplit les conditions de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Par suite, l'arrêté attaqué, en tant qu'il rejette la demande de protection contre l'éloignement présentée par M. C, est suffisamment motivé. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé, avant de prendre l'arrêté, à un examen précis et approfondi de la situation personnelle du requérant.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Aux termes de l'article R. 611-1 de ce code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 611-2 du même code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".
6. Il résulte de ces dispositions que l'autorité préfectorale doit solliciter l'avis d'un collège de médecins de l'OFII lorsqu'un étranger est susceptible de bénéficier des dispositions protectrices du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ce cas, conformément à l'article R. 611-2 de ce code, l'avis du collège est émis au vu du seul certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger, à l'exclusion de tout rapport médical établi par un médecin de l'OFII.
7. Si M. C soutient que l'avis du collège de médecins de l'OFII ne lui pas été communiqué, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de communiquer de lui-même l'avis émis par ce collège à un étranger qui sollicite son admission au séjour en qualité de malade. En tout état de cause, le préfet de Maine-et-Loire produit en défense l'avis émis, le 5 mai 2022, par le collège de médecins relatif à l'état de santé de l'enfant du requérant. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, la circonstance que cet avis n'a pas été rendu au vu d'un rapport établi par un médecin rapporteur est sans incidence sur la régularité de la procédure suivie. Par suite, le moyen tiré de ce que l'avis aurait été rendu à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.
8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire, s'il s'est approprié l'avis émis le 5 mai 2022 par le collège de médecins de l'OFII, n'a pris sa décision qu'après s'être livré à un examen attentif de l'ensemble de la situation personnelle du requérant. Dès lors, le moyen tiré de ce que ce préfet aurait commis une erreur de droit en se croyant en situation de compétence liée doit être écarté.
9. En quatrième lieu, comme il a été dit, pour rejeter la demande de protection présentée par M. C, le préfet de Maine-et-Loire, faisant sien l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, a estimé que si l'état de santé de l'enfant A C nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité.
10. Il ressort des pièces médicales versées au dossier que l'enfant A est suivie depuis sa naissance par une cardio-pédiatre car elle présente une malformation cardiaque, à savoir une communication inter auriculaire (CIA) avec dilatation modérée des cavités droites. Cette anomalie est sans gravité et ne nécessite qu'un suivi annuel par échographie. Selon la documentation sur cette pathologie, produite par le requérant, les enfants qui en sont atteints sont rarement symptomatiques mais des complications à long terme, après l'âge de 20 ans, telles que l'hypertension artérielle pulmonaire ou l'insuffisance cardiaque, peuvent apparaître. Les adultes et plus rarement les adolescents peuvent présenter initialement une intolérance à l'exercice, une dyspnée, une fatigue et des troubles du rythme auriculaire. Le traitement consiste en un dispositif de fermeture percutanée par transcatheter ou une réparation chirurgicale. M. C produit un certificat médical du 13 octobre 2022, postérieur de plus de trois mois à l'arrêté attaqué, qui se termine ainsi : " on se revoit dans 6 mois, cette CIA est parfaitement accessible à une fermeture percutanée, au-delà de 20-25 kgs. " Ce même certificat mentionne que l'enfant a fait plusieurs crises d'asthme et qu'un traitement de fond par flixotide a été mis en place, auquel s'ajoute la prise de ventoline en cas de crise. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des termes de ce certificat que ces crises d'asthme seraient liées à la pathologie cardiaque dont souffre l'enfant. Il est ainsi constant qu'à la date de l'arrêté attaqué, l'état de santé de la jeune A ne requérait qu'un simple suivi. Dès lors, en considérant que le défaut de ce suivi ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, / () ".
12. A la date de la décision attaquée, M. C résidait sur le territoire français depuis quatre ans et demi. Il se prévaut de sa relation amoureuse avec une compatriote, mère de sa fille A et de deux autres enfants issus de précédentes relations. Il produit des attestations rédigées par des proches selon lesquelles il est bien inséré socialement, impliqué dans la prise en charge des enfants, participe à des opérations de distribution alimentaire, suit avec assiduité des cours de français et se montre disponible pour apporter de l'aide à l'exécution de travaux de bricolage ou de jardinage. Toutefois, il ne conteste pas que sa concubine se maintient en situation irrégulière sur le territoire français et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 15 septembre 2020. Ainsi, la cellule familiale de l'intéressé a vocation à se reconstituer hors de France. Dans ces conditions, en l'absence de preuve d'une intégration stable, intense et ancienne au sein de la société française, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire, en rejetant sa demande de protection contre une mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 16 décembre 2020, aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
13. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant rejet de la demande de protection, opposée à M. C, ayant été écartés, l'intéressé n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
14. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, mentionne les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui lui servent de fondement légal ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose les raisons pour lesquelles le préfet a estimé que l'éloignement de M. C du territoire français ne porterait pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
15. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 12, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales en l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. L'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation des décisions portant rejet de la demande de protection et obligation de quitter le territoire français, opposées à M. C, ayant été écartés, l'intéressé n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions pour demander, par voie de conséquence, l'annulation de la décision fixant l'Algérie comme pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois :
17. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
18. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au préfet, s'il entend assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai déterminé d'une interdiction de retour sur ce territoire pendant une durée ne pouvant dépasser deux ans, de prendre en considération les quatre critères énumérés par l'article précité que sont la durée de présence sur le territoire de l'intéressé, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et les circonstances, le cas échéant, qu'il ait fait l'objet d'une ou plusieurs précédentes mesures d'éloignement et que sa présence constitue une menace pour l'ordre public.
19. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une circonstance humanitaire s'opposait à ce que le préfet prononçât à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet a pris en compte, pour fixer la durée de cette interdiction, la situation familiale de l'intéressé, sa durée de présence sur le territoire français et la circonstance qu'il n'a pas déféré à une décision le transférant aux autorités espagnoles en 2018 ainsi qu'à une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre en 2020. Dans ces conditions, même s'il est constant que la présence en France de M. C ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Loire-Atlantique, en prononçant une interdiction de retour d'une durée de dix-huit mois, n'a ni méconnu les dispositions citées au point 15, ni commis d'erreur d'appréciation.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 30 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
21. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.
22. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Sigrid Schauten.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.
Le président-rapporteur,
L. MARTINL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
D. LABOUYSSE La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. Malingre
ng
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026